France : le grand déclassement ? - France Catholique
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France : le grand déclassement ?

Ce n’était ni un accident, ni un dérapage conjoncturel : pour la troisième année consécutive, le PIB par habitant de la France se situe sous la moyenne européenne. Un phénomène structurel, durable, qui invite à penser différemment l’avenir.
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L’adoption du budget 2026 risque d’aggraver les difficultés. La dette de la France dépasse les 3 400 milliards d’euros.

« La France décroche, lentement mais sûrement. » C’est le constat que fait Le Parisien commentant, le 5 février, les statistiques publiées récemment par Eurostat. Pour la troisième année consécutive, le PIB par habitant de la France en 2024 (39 100 euros) se situe en deçà de la moyenne européenne (39 700 euros), dans un classement dominé par la Finlande, les Pays-Bas, et bien sûr par l’Allemagne. Autrefois distancée, l’Italie a dépassé la France en mai 2025… À noter aussi l’émergence d’un outsider, la Pologne, forte d’une croissance annuelle estimée à 4,7 % pour les quatre prochaines années, qui pourrait afficher un PIB par habitant supérieur à celui de la France en 2034.

Pas assez de production

Certes, il s’agit là d’une contre-performance relative : la France occupe encore la 7e position du classement des PIB mondiaux. Et elle affiche une croissance (faiblement) positive en 2025 : 0,9 % selon une première estimation de l’INSEE. Il n’empêche que « l’Hexagone joue désormais en seconde division, expression footballistique pour éviter de dire la vérité crue : les Français ne cessent de s’appauvrir par rapport au reste du continent depuis une douzaine d’années », comme l’expliquait il y a peu Guillaume de Calignon dans Les Échos (14/01).

Le tassement du PIB par habitant peut s’expliquer de deux manières, distinctes ou combinées. Soit il traduit une baisse de la productivité, soit une baisse du temps de travail. « Nos carrières sont plus courtes et nous partons à la retraite plus tôt. Les Français sont également moins nombreux à travailler, en proportion de la population active », note François Lenglet (RTL, 28/01). Un phénomène ancien. « Il s’agit […] d’une évolution de long terme qu’Emmanuel Macron n’a pas réussi à endiguer. […] In fine, ce qui compte, c’est la production. Or, c’est précisément sur ce point que la France pâtit aujourd’hui : il n’y a pas suffisamment de production, ni de productivité, ni de volume de travail, et donc pas assez de création de richesse par habitant », analyse l’économiste Philippe Crevel sur Atlantico (02/02).

Pour enrayer cette tendance, les remèdes sont connus à défaut d’être simples à mettre en œuvre : assouplissement des 35 heures, report de l’âge du départ à la retraite, soutien massif à l’innovation. Et c’est au travers de ce prisme qu’il est possible de jeter un regard critique à l’encontre du gouvernement, qui a détricoté la seule mesure qui allait dans ce sens – la réforme des retraites – pour permettre l’adoption d’un budget au Parlement. L’exécutif procrastine, remettant à plus tard la résolution des difficultés. « Poursuivre avec une hausse de la pression fiscale, contrepartie de l’absence d’économie sur les dépenses sociales, ne sera plus possible l’an prochain. Il faudra s’attaquer aux tabous qui bloquent toute réforme », résume Patrick Artus (Le Point, 31/01).

Un signe encourageant

Une embellie à souligner pour nuancer ce tableau pessimiste ? La balance commerciale a présenté un excédent de 0,7 % au 4e trimestre 2025, a-t-on appris vendredi. Un chiffre qui n’avait pas été observé depuis le 2e trimestre 2005. Cette performance est portée par le bas cours du pétrole et par une demande intérieure faible, mais elle relève aussi de la vigueur des exportations de biens – aéronautiques et navals notamment – et d’une inflation relativement maîtrisée qui rend les biens et services français compétitifs. Un signe aussi fragile qu’encourageant qui indique que le déclassement français n’est pas une fatalité.