Faut-il croire aux prophéties de la Bible ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Faut-il croire aux prophéties de la Bible ?

Parce que le surnaturel nous est devenu étranger, nous ne croyons plus aux prophéties. C’est oublier que Dieu intervient dans l’histoire.
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Le prophète Aggée, cathédrale d'Amiens. © Catherine Leblanc / Godong

La prophétie a longtemps été considérée comme une « raison de crédibilité » particulièrement forte de la foi chrétienne, sur la base du raisonnement suivant : Dieu seul connaît l’avenir libre des hommes ; donc, si un événement est annoncé avec précision et s’accomplit, il porte la marque du sceau divin.

Aujourd’hui, ce thème semble pourtant affaibli, voire suspect. Il est peu présent dans le discours religieux, et même considéré parfois avec méfiance. L’apologétique chrétienne se concentre sur les miracles « scientifiquement » authentifiables, et semble presque gênée par la question des prophéties. Une réflexion structurée permet pourtant d’en redécouvrir la puissance.

La prophétie dans la Bible

Le prophétisme traverse toute l’histoire de l’Israël ancien : il est une quasi-institution, signe et moyen de l’action constante de Dieu au sein du peuple qu’il a élu. Les prophètes sont nombreux, mais tous ne sont pas envoyés par le Seigneur, ce qui conduit même Moïse à formuler un critère de discernement (Dt 18, 22) : l’authenticité d’une prophétie doit être premièrement vérifiée par sa réalisation, mais elle doit en outre être confirmée par sa compatibilité avec l’intégralité de la Révélation divine.

Nourris de cette mentalité et de cette histoire, les évangélistes eux-mêmes présentent l’accomplissement des prophéties comme un argument décisif de la crédibilité de Jésus. L’Évangile selon saint Matthieu est traversé par une formule récurrente : « afin que s’accomplît ce qui avait été dit par le prophète… ». La naissance virginale, la fuite en Égypte, l’entrée à Jérusalem, la Passion : tout est relu à la lumière des Écritures Saintes d’Israël.

De même, saint Jean souligne que les événements de la Passion adviennent « afin que l’Écriture fût accomplie » et ne manque pas une occasion de faire référence aux prophéties anciennes. Il fait apparaître Jésus comme le Messie en qui convergent les lignes prophétiques de l’Ancien Testament.

Cette méthode se retrouve dans les discours missionnaires des Actes des Apôtres, d’abord destinés à des Juifs pour leur prouver la messianité et la divinité de Jésus. Saint Pierre, à la Pentecôte (Ac 2), cite le prophète Joël et les Psaumes pour montrer que la Résurrection était annoncée. Face au Sanhédrin (Ac 6), saint Étienne relit toute l’histoire d’Israël comme une préparation au Christ.

La tradition théologique médiévale a systématisé cette intuition. Saint Thomas d’Aquin distingue deux éléments dans la prophétie : le fait prophétique – un homme ou une femme parlant au nom et par la puissance de Dieu – et le contenu de la prophétie, qui peut être une prédiction, mais aussi un avertissement, un appel… Il voit dans la prophétie prédictive un signe proprement divin, car Dieu seul connaît les futurs contingents, qui dépendent de la liberté humaine. Il montre aussi que l’argument prophétique est renforcé par l’impressionnante convergence des annonces au sujet du Christ : messie, serviteur souffrant, instaurant une alliance nouvelle, éternelle et universelle, envoyant son Esprit…

Pour la théologie classique, la prophétie et les miracles constituent des « raisons de croire » – signes extérieurs qui rendent raisonnable l’acte de foi. Elles ne forcent pas l’adhésion de la volonté mais la soutiennent du côté de l’intelligence, permettent de répondre aux objections des incroyants et montrent aux hésitants que croire n’est pas irrationnel.

La rupture rationaliste

À partir des Lumières, un changement radical s’opère. Sous l’influence d’un rationalisme critique – souvent relayé dans l’exégèse protestante – s’impose le présupposé inverse : le surnaturel est réputé impossible car hors du cadre de la raison humaine, historiquement et scientifiquement invérifiable.

Dès lors, toute prophétie précise et réalisée devient inacceptable comme telle, et doit être expliquée comme postérieure aux faits. Ainsi, l’annonce par Jésus de la destruction de Jérusalem est souvent invoquée comme raison suffisante pour dater les Évangiles après l’an 70 : puisque le Temple a été détruit cette année-là et que Jésus n’a pu l’annoncer à l’avance, le texte serait postérieur !

Or ce raisonnement est circulaire ; il suppose précisément ce qu’il prétend démontrer : que la prophétie véritable est impossible. Ce n’est pas une conclusion historique, mais un choix philosophique préalable, qui postule l’inexistence du surnaturel.

L’apologétique chrétienne renouvelée ne peut donc accepter cette apparence de défaite ni abandonner l’argument prophétique, qui se trouve au cœur des évangiles et constitue donc un motif révélé de crédibilité.

La première étape de la démarche devrait sans doute consister à dénoncer le présupposé comme inopérant, idéologique et insuffisamment fondé.

Il convient ensuite d’élever le regard pour rappeler que la prophétie biblique n’est pas une simple prédiction chronologique mais est une lecture inspirée du dessein de Dieu, dont l’accomplissement se lit par conséquent à plusieurs niveaux. La figure du Serviteur souffrant en Isaïe, par exemple, appliquée autrefois au peuple d’Israël exilé et persécuté, ne prend tout son sens qu’à la lumière de la Passion du Christ. La destruction du Temple, événement historique accompli, préfigure aussi les événements de la fin du monde, dont le Temple était comme une représentation miniature…

Réhabiliter la prophétie est une urgence de l’apologétique chrétienne, un moyen indispensable de reconnaître que la foi chrétienne s’enracine dans l’histoire, qui porte la trace d’un dessein supérieur. Redécouvrir la puissance des prophéties accomplies, c’est retrouver une des raisons les plus fortes de croire : l’histoire du Salut manifeste une intelligence et une miséricorde qui la dépassent infiniment.

Retrouvez cette chronique sur sur claves.org, le site de formation chrétienne de la Fraternité Saint-Pierre.