On ne peut visiter cette exposition sans un pincement au cœur, sans une pensée émue pour les bijoux dérobés au Louvre l’an dernier – un vol vécu douloureusement par tous les Français. Parce que ces joyaux, si mal protégés, faisaient partie de notre patrimoine. Parce qu’ils ont été portés par des souveraines qui ont régné sur les cœurs en leur temps : la reine Marie-Amélie, l’impératrice Eugénie… C’est bien l’âme de la France que les cambrioleurs ont bafouée en leur infligeant un impardonnable affront.
Organisée par la Collection Al Thani dans l’écrin de l’hôtel de la Marine, à Paris, l’exposition des « Joyaux dynastiques » ne dissipera pas tout à fait notre chagrin. Quelle splendeur, pourtant, que ces parures étincelantes portées, elles aussi, par des femmes dont l’histoire est devenue légende : l’impératrice Joséphine, la reine Victoria, Catherine II de Russie…
Quel que soit son titre, une femme ne pouvait paraître à la cour sans un diadème, un collier, des bracelets, des broches… Plus de 140 bijoux rappellent que « les joyaux ne sont pas que des parures, mais des attributs de pouvoir, explique Marie Lavandier, qui préside le Centre des monuments nationaux. Sertis dans les couronnes, disséminés sur les vêtements, intégrés aux regalia [insignes royaux dont on se servait pour la cérémonie du couronnement, NDLR], ils incarnent l’autorité souveraine, la légitimité dynastique, la stabilité du trône »… même si l’histoire renverse les puissants ! Et l’on pourra méditer sur la fragilité des entreprises humaines en admirant l’épée d’apparat que porta Napoléon Ier lors de son sacre à Notre-Dame de Paris, en 1804…
Plusieurs de ces trésors ont été prêtés par le Victoria and Albert Museum, dont la couronnette de saphirs et de diamants conçue par le prince Albert pour la reine Victoria, en 1840. D’une virtuosité éblouissante, cette pièce d’un éclat resplendissant « reflète à la fois la vision esthétique commune aux époux royaux et l’affection profonde qui les unissait », note le directeur de ce musée, Tristram Hunt.
La réputation des joailliers français
Les joailliers français ont eux aussi conçu des pièces de toute beauté. En témoigne la rose de diamants appartenant à la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III qui tenait sous le Second Empire l’un des salons les plus courus de Paris. Ce bijou est l’œuvre du joaillier Mellerio dits Meller, maison fondée à Paris… en 1613 ! Les Français ne cesseront de cultiver ce savoir-faire pour une clientèle dont le cercle s’élargira bientôt. Dès la fin du XIXe siècle, les riches héritières des dynasties industrielles, puis les stars et les « icônes » de la mode emprunteront aux maisons royales les insignes de leur puissance, les révolutions ayant triomphé des fastes princiers…
Joyaux dynastiques
Hôtel de la Marine, 2, place de la Concorde – 75008 Paris. Jusqu’au 6 avril.
www.hotel-de-la-marine.paris
