Le projet sur la fin de vie, discuté de nouveau à l’Assemblée nationale, n’est pas un simple aménagement des conditions sanitaires propres à améliorer la condition des personnes dans la dernière phase de leur existence. La question est d’ordre métaphysique, car elle met en jeu des principes inhérents à une civilisation. Principes qui impliquent des interdits. Pour ceux qui participent de la culture biblique, le « tu ne tueras pas » du Décalogue constitue un commandement qui émane directement de la volonté divine et s’impose notamment dans le cadre de l’alliance entre Dieu et les hommes comme une charte. Une charte à quoi se rapporte le développement de sociétés.
Mais à ceux qui ne participent pas d’une telle culture, la notion d’interdit n’est pas sans signification. Il s’agit de savoir si toute société repose ou non sur des fondements anthropologiques, dont le refus ou l’oubli portent aux plus graves conséquences. Le plus pernicieux de l’héritage des totalitarismes du XXe siècle est de nous avoir légué la possibilité de briser les interdits. Cette possibilité s’est infiltrée dans la mentalité dite post-moderne avec une efficacité redoutable, relativisant au premier chef le respect de la vie. Respect de la vie, répète inlassablement le Magistère, qui va depuis la conception de la personne jusqu’à sa mort naturelle.
Du point de vue de la philosophie, c’est-à-dire de ce que saint Thomas d’Aquin distingue du donné de la Révélation, la loi et les interdits qui lui correspondent se réfèrent à un ordre supérieur aux régularités statistiques et à toutes les règles procédurales. Un historien-philosophe comme Pierre Legendre, qui ne partageait pas la foi chrétienne, n’a cessé de nous avertir à ce sujet. Les interdits échappent à toute discussion procédurière, même si telle est la règle des institutions démocratiques. La notion de dogme, loin d’être étrangère aux théoriciens du droit, s’impose à eux, relevant d’un domaine qui n’est pas celui de la sociologie, ni même de ce qu’on appelle la science.
Cela ne signifie pas que ce dogme échappe à la raison, mais cette raison est d’un ordre singulier. Pierre Legendre prédisait que l’écrasement de cette raison supérieure ferait le jeu d’un fondamentalisme religieux qui imposerait avec brutalité le retour de la question dogmatique.
Inquiétante logique économique
On dira que ce genre de considération plane bien haut, par rapport aux soucis du quotidien. Précisément, l’expérience des soignants, qui sont au plus près des réalités, rejoint cette réflexion fondamentale. On découvre ainsi que la dérive euthanasique contient aussi une inquiétante logique économique. Comme l’écrit Laurence de Charette dans le Figaro : « La fin de vie pèse lourd, notamment la dernière année sur un système de santé exsangue. […] Dès lors qu’elle est instaurée, la pression financière de l’euthanasie s’impose, et d’abord aux plus faibles, aux plus démunis. »
La gravité de ce débat impose une mobilisation morale et spirituelle. Les évêques français ont lancé un appel à la prière pour que nos élus « orientent notre pays sur les chemins de la vie et que soit toujours reconnue, protégée et respectée la dignité de toute personne ». Et Léon XIV a rappelé, en recevant le 22 juin la Fondation Jérôme-Lejeune, que « jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée » (cf. FC n° 3951).
