En Chine, les catholiques sous le régime du bâillon - France Catholique
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Le journal de la semaine

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En Chine, les catholiques sous le régime du bâillon

Malgré le contrôle qu’exerce le Parti, les chrétiens s’efforcent de vivre leur foi dans la Chine de Xi Jinping. Souvent caché, le christianisme n’y a jamais été anéanti.
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© Pascal Deloche / Godong

Il y aurait environ 70 millions de chrétiens en Chine : 4 à 5 % de la population. Dans le livre qu’il leur a consacré, Michel Chambon de Clermont, chercheur à l’université de Singapour, décrit surtout la vie quotidienne des chrétiens de Nanping, à l’est du pays. S’y côtoient les catholiques de l’Église « souterraine » et ceux de l’Église dite « patriotique », placée sous la tutelle du Parti communiste. « Clandestins » et « officiels » suivent le Missel romain à la lettre : ils tiennent à montrer leur rigueur liturgique dans un contexte de défiance, s’accusant mutuellement d’infidélité à la tradition. À Nanping et dans les campagnes, les catholiques ont gardé, encadrant les cérémonies, la récitation du chapelet et de prières qui ont beaucoup aidé en période de persécutions.

« Petites cellules de foi »

L’auteur évoque les congrégations de religieuses – 87 officielles pour 3 170 religieuses, 37 non officielles avec 1 400 religieuses  – et la vie des prêtres dans les campagnes, qui se désertifient.

Les catholiques exilés dans les mégapoles ont du mal à retrouver leurs racines religieuses : les « clandestins » se méfient des églises sous contrôle des communistes et se demandent si les sacrements y sont valides. Ils se retrouvent entre familles pour réciter le Rosaire et créer des « petites cellules de foi de banlieue », très discrètes par peur de la police.

Le catholicisme s’est implanté en Chine bien avant la venue du jésuite Matteo Ricci, au XVIe siècle. À son époque ont lieu de nombreuses conversions mais, très vite, survient la querelle des rites (1635) : jésuites et dominicains s’opposent sur la manière de présenter la foi dans un contexte chinois. L’Empereur en profite pour expulser les missionnaires. Les relations avec Rome ne reprennent qu’en 1946. Mais, dans les années 1950, Mao chasse les prêtres étrangers, ainsi que l’ambassadeur du Pape. Le régime combat toute religion, cherche à enrégimenter les catholiques et organise les premières ordinations d’évêques sans mandat pontifical. D’autres suivront en 2000, 2010…

Avec le pape François, un accord est signé en 2018 – provisoire, secret, renouvelé depuis par trois fois. On sait que le Saint-Siège y reconnaît les évêques nommés par Pékin, ce qui trouble profondément les « clandestins », soumis à de fortes pressions, incluant des arrestations de prêtres et d’évêques, pour rejoindre « l’Église patriotique ». Le cardinal Joseph Zen s’est insurgé contre cet accord, qu’il considère comme une trahison des catholiques fidèles à Rome.

Les Chrétiens dans la Chine de Xi Jinping, Michel Chambon de Clermont, Éd. du Cerf, 2025, 288 pages, 24 €.