Le nombre de baptêmes d’adultes augmente en France. Comment comprenez-vous ce signe ?
Don Paul Préaux : On a parlé de l’influence des réseaux sociaux. Soit. Mais allons plus loin. Nous vivons dans une société qui est un peu à bout de souffle, qui a perdu l’espérance. Pourtant, dans le cœur de tout homme, demeure un désir de vérité. Un désir de Dieu. Le matérialisme avait promis le bonheur sur terre : il a échoué. Il y a une désillusion. L’homme cherche encore la lumière, la vérité, l’amour en vérité. Cette quête ne peut pas être éteinte.
Vous évoquez aussi la prière…
J’ai la conviction que la prière joue un rôle immense dans ce renouveau. La prière des moines, des moniales, du monde contemplatif qu’on ne voit pas, produit un fruit que l’on ne soupçonne pas. Voyez aussi dans les églises tous ces gens qui prient, qui persévèrent : cette fidélité touche le cœur de Dieu. Et l’on oublie souvent la prière des malades. Quelqu’un qui traverse un cancer et qui offre sa souffrance… Combien de mères, de pères, de grands-parents portent ainsi l’Église ! Je pense à cette vérité du Corps mystique : nous croyons parfois être seuls, mais nous dépendons les uns des autres. Une âme cachée peut être à l’origine d’un surcroît d’espérance ou de vitalité spirituelle pour beaucoup. L’Esprit Saint est sans cesse à l’œuvre. Cette parole de Jésus me revient souvent : « Mon Père est à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre. » Nous nous agitons, mais Dieu agit. Les baptêmes d’adultes en sont un signe. Une source insoupçonnée resurgit, et cela nous réjouit.
Parmi ces baptisés, certains se destinent au sacerdoce. Comment accueillir ces demandes ?
D’abord avec joie ! Une vocation est une œuvre de Dieu. Puis avec sagesse. L’Église pose une règle : il faut au moins trois années de vie chrétienne avant d’être admis en année de propédeutique. Une conversion peut être volcanique. Voyez saint Paul : après sa rencontre sur le chemin de Damas, il se retire dans le désert. Il laisse Dieu agir en profondeur, puis il rencontre les Apôtres. Un des dangers pour les nouveaux baptisés est la solitude. Il faut les aider à découvrir qu’ils ont une famille : l’Église. Une, sainte, catholique et apostolique, avec un enracinement historique, une tradition qu’il faut connaître pour approfondir sa foi.
Faut-il repenser la formation chrétienne ?
La formation est toujours à approfondir. Elle doit être intellectuelle et spirituelle, mais surtout permettre une véritable expérience du Christ. Et elle doit être ecclésiale : apprendre à vivre l’Église dans toutes ses dimensions. Il y a un risque aujourd’hui : celui des petites chapelles. Il faut rester dans la nef, dans la communion, conduits par le Saint-Père et les évêques.
La Communauté Saint-Martin prépare une centaine de séminaristes au sacerdoce et, ces dernières années, environ 10 % des prêtres ordonnés en France en sont issus. Est-ce un motif de fierté ?
Gardons-nous de tout triomphalisme ! Ce serait une récupération des dons de Dieu. Il faut demander au Seigneur l’humilité : reconnaître que c’est un don et non une conquête. Personnellement, j’ai connu la communauté avec 17 séminaristes… Personne ne connaissait Saint-Martin. Aujourd’hui, nous sommes plus nombreux, donc plus visibles. L’arbre doit garder sa sève sans entrer en concurrence avec les autres arbres de la forêt. La communion ecclésiale est vitale. Notre croissance doit nous pousser à la conversion et à la communion.
Pourquoi des jeunes rejoignent-ils la Communauté Saint-Martin ?
Quand on interroge les séminaristes, la première réponse est presque toujours la même : la vie fraternelle au service de la mission. Cette fraternité est un soutien mutuel, un stimulant de sainteté, un lieu d’écoute. Elle est aussi une richesse pastorale. J’aime dire que c’est une « boîte à outils » : chacun apporte son charisme, son expérience, et cela enrichit les autres. Il y a chez nous une vraie diversité : des prêtres très intellectuels, d’autres très pastoraux, d’autres encore très créatifs. Cette diversité est féconde. Nous sommes d’ailleurs présents dans des lieux très divers : une paroisse en banlieue, une zone rurale, un sanctuaire, une mission à l’étranger… La vie communautaire rend cela possible, parce qu’on n’est pas seul. La communauté répond à chaque fois à l’appel d’un évêque, qui lui confie une mission. Ensuite, chaque membre (prêtre ou diacre) est mobile, recevant une charge pastorale « à durée déterminée » avant d’être appelé ailleurs. La communauté et la mobilité font partie de notre charisme : nous sommes un « corps mobile » au service des diocèses.
On reconnaît souvent un prêtre de Saint-Martin à sa soutane et, écrivez-vous, à sa manière de célébrer. Pourquoi cet attachement à la liturgie ?
Il y a sans doute chez nous un sens du respect du mystère eucharistique. L’Eucharistie, c’est le Ciel sur la terre. Nous sommes attachés à la beauté, mais aussi à un certain dépouillement qui rapproche du Christ. Cette inclination pour la beauté se nourrit de la spiritualité bénédictine. Nous chantons le grégorien, nous avons un sens du silence. Je me souviens de ma découverte de la communauté. Je me suis dit, presque avec impertinence : « Pourquoi ne m’a-t-on jamais fait goûter à cette beauté ? » Le grégorien n’est pas un retour en arrière. C’est une fidélité à ce que demande Vatican II. Et surtout, c’est un chant très proche de la Parole de Dieu. Il laisse la place au mystère. Il éduque les sentiments. Il conduit à la transcendance.
Le pape Léon XIV a cité dans ses messages plusieurs saints français. Y a-t-il une spiritualité française ?
Oui, et c’est étonnant : même des étrangers nous le renvoient. Nous avons beaucoup de saints, c’est un trésor pour l’Église universelle. Dans la spiritualité sacerdotale, l’école française se caractérise par un christocentrisme et un théocentrisme très actuels. Elle met au centre le mystère de l’Incarnation : un prêtre incarné, proche des pauvres, proche du peuple, et en même temps homme de Dieu. Le Curé d’Ars en est une figure, saint Jean Eudes aussi… Il y a aussi la dévotion au Sacré-Cœur, qui traverse profondément cette tradition spirituelle. Nous y sommes très attachés.
Vous terminez votre livre par une méditation sur Marie. Quelle place lui donnez-vous ?
Une place essentielle, mais toujours juste. La dévotion mariale n’est pas une dévotion à part. Elle est profondément trinitaire et ecclésiale. Marie est celle qui conduit au Christ. Sa grande parole, c’est : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Elle est notre modèle car elle ne retient rien pour elle. Elle nous apprend à servir. Et c’est cela, au fond, la vocation du prêtre : être un serviteur de la joie du peuple de Dieu.