Défendre la vie : le débat impossible ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Défendre la vie : le débat impossible ?

Tout débat sur des sujets aussi cruciaux que l’avortement – ou l’euthanasie – semble désormais interdit. Les opposants à l’IVG sont sommés de se taire, par tous les moyens.
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© Adobe Stock / guruXOX

Bien que vidée de sa substance au Sénat, la proposition de loi sur « l’aide à mourir » poursuit son chemin au Parlement. En première lecture, les députés s’étaient prononcés pour la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Un projet d’autant plus inquiétant qu’on sait l’extrême difficulté à revenir sur des « lois sociétales ». Elles sont tenues pour un « progrès » irréversible. On le voit bien avec l’IVG : pour beaucoup, le débat sur l’avortement est définitivement clos, et son inscription dans la Constitution, le 8 mars 2024, semblait presque une évidence… Pourtant, depuis 1975 et l’adoption de la loi Veil, aucun argument rationnel décisif n’a été avancé en faveur d’une telle évidence. On se contente ordinairement de mépriser les adversaires comme rétrogrades, aveuglés par des principes religieux ou indifférents au sort des femmes. Mais si l’avortement peut être défendu rationnellement, pourquoi l’idée même de débat serein semble-t-elle impossible ? Pourquoi les « pro-choix » utilisent-ils tant de sophismes ?

Raisonnements biaisés

Les enthymèmes sont omniprésents dans les arguments « pro-choix ». Ce mot barbare désigne simplement le fait de raccourcir une argumentation pour fluidifier le propos. Par exemple, on dira plutôt : « Cet homme va commettre un attentat, il faut l’arrêter » que : « Cet homme va commettre un attentat. Or il faut arrêter ceux qui vont commettre un attentat. Donc il faut l’arrêter. » La deuxième formule serait plus « logique », mais aussi beaucoup plus lourde. Il est naturel d’omettre la phrase du milieu puisqu’elle semble évidente.

Mais ce procédé devient une manipulation lorsqu’il sert à camoufler une idée contestable. En voici un exemple frappant : « Une femme peut librement disposer de son corps, donc elle a le droit d’avorter. » Comme tout le monde admet volontiers la première idée, on devrait également accepter la conclusion. Mais on a caché un élément essentiel du raisonnement que tiennent les partisans de l’avortement : « L’embryon (ou le fœtus) est une partie du corps de la femme. » Or cette idée est totalement fausse scientifiquement. Car l’embryon est distinct du corps de sa mère. La preuve : on pratique des fécondations in vitro, c’est-à-dire qu’un embryon est « créé » en dehors du corps d’une femme. Le slogan « mon corps, mon choix » est donc une manipulation grossière.

On pourrait multiplier les exemples d’enthymèmes dans l’argumentaire « pro-choix ». Ainsi le fameux : « Les femmes sont seules concernées. Les hommes n’ont pas leur mot à dire » suppose : 1 – que les pères ne sont pour rien dans la grossesse ; 2 – que l’enfant n’est pas concerné ; 3 – qu’on doit se taire si on n’est pas directement concerné par un problème. Mais avec un tel raisonnement, l’esclavage existerait toujours. Car la plupart des abolitionnistes n’étaient pas esclaves eux-mêmes et, pourtant, ils se sont sentis concernés !

Autre exemple : « Avant x semaines, l’embryon ne souffre pas et n’est pas conscient, on peut donc moralement l’éliminer. » Sous-entendu : « Tout être qui ne souffre et n’est pas conscient peut être éliminé. » Ceux qui ont un proche dans le coma apprécieront… La liste est longue de ces raisonnements biaisés. Pour aller plus loin, nous ne saurions trop conseiller l’excellent livre de Matthieu Lavagna, La raison est pro-vie (Artège).

Raison et sentiments

En réalité, l’attachement au « droit à l’avortement » est souvent plus affectif que rationnel. Et plus une croyance est irrationnelle, plus elle est défendue avec passion. Pourtant, nous aimerions pouvoir débattre calmement : « Vous êtes pour l’IVG. Soit. Mais pourquoi vous placer aussitôt dans le camp du bien, de la lumière et de la Raison ? Pourquoi considérer vos adversaires avec mépris, les supposant obscurantistes ou égoïstes ? Et si vous envisagiez, ne serait-ce qu’une seconde, d’avoir tort ? Échangeons nos arguments. » C’était le positionnement de Charlie Kirk. Il a été critiqué, caricaturé, attaqué, menacé et finalement assassiné…

Amour et vérité

Il est temps d’arrêter de caricaturer les catholiques comme s’ils étaient ennemis des femmes et de la raison. Qui entend la souffrance de nombreuses femmes ayant avorté, quand celle-ci est si souvent niée ? Qui organise des sessions pour faire le deuil de son enfant non-né ? Qui aide à lutter contre les pressions terribles de l’entourage, du partenaire ou même d’associations subventionnées exercées sur des femmes isolées pour qu’elles avortent – entravant ainsi leur liberté ? Qui crée des structures pour femmes enceintes en détresse, par solidarité ? Et surtout, qui soutient que le pardon et le relèvement sont toujours possibles, que, si les fautes sont regrettées sincèrement, elles peuvent être effacées totalement, radicalement et définitivement ? Que les blessures peuvent être cicatrisées et devenir des sources de lumière ?

L’Église sait parfaitement que les femmes qui avortent sont souvent victimes de l’égoïsme et de la lâcheté des hommes. Elle est bien consciente des conditions économiques et sociales de tant de femmes seules et abandonnées. Mais, soucieuse des plus fragiles, elle refuse d’opposer amour et vérité. Car la vérité identifie le mal et l’amour le guérit. La vérité éveille la conscience et l’amour la fait suivre. La vérité révèle la faute et l’amour répand la miséricorde.