Dans un récent article de La Croix, le philosophe Martin Steffens pose la question : « Avons-nous encouragé assez fermement Quentin Deranque à se laisser toucher par le message désarmant et universel de l’Église afin qu’il convertisse ses idéaux identitaires en soin des plus petits ? » Cette façon de s’interroger à propos du cas singulier d’un jeune homme mort dans les conditions que nous savons n’entraîne pas une adhésion spontanée. Car elle repose sur l’oubli des conditions de cette mort, c’est-à-dire le climat particulièrement violent qui caractérise les relations politiques dans une ville comme Lyon, notamment dans le milieu universitaire (cf. FC n° 3935). Que Quentin ait été engagé dans un combat politique qui l’opposait à une extrême gauche virulente ne saurait être mis entre parenthèses, d’autant que cela est caractéristique de la situation et de l’évolution de jeunes gens aux prises avec les réalités de leur temps.
Parmi celles-ci, on pourrait distinguer la question identitaire, c’est-à-dire la recherche par toute une génération de ses racines historiques. Il faut bien parler de phénomène de désaffiliation dans une société qui a perdu tout d’abord ses repères religieux en période de déchristianisation. Alors que la présence de l’islam se fait particulièrement sentir, du fait de l’importance croissante de l’immigration, il y a nécessité de se situer face à une identité bien assumée qui contraste avec l’incertitude actuelle. Incertitude qui ne concerne pas seulement la France. Ce qui se passe en ce moment aux États-Unis se rapporte aussi aux incertitudes intellectuelles et morales imposées par un wokisme qui répudie tout un héritage historique.
L’itinéraire de Quentin Deranque
Dans un tel climat, comment des jeunes gens ne chercheraient-ils pas leur chemin, fût-ce de façon chaotique et même parfois gravement déviante, faute d’éclairage secourable ? Il suffit d’enquêter sur le terrain pour comprendre l’itinéraire d’un Quentin Deranque. Un itinéraire qui aboutit à une conversion au catholicisme. Celle-ci était-elle vraiment aboutie, en termes de correspondance avec les exigences de l’Évangile ? Ceux qui en doutent devraient tout de même prendre garde à leurs intuitions. Ce que l’on a appris de la recherche intellectuelle et spirituelle du jeune homme montre ainsi qu’il était sur une voie de conversion propre à le détourner de certaines errances.
Une attention nouvelle de l’Église
Il est vrai, par ailleurs, que l’Église catholique se trouve actuellement en difficulté par rapport à la demande d’un public nouveau qui ne correspond plus à la culture de type progressiste qui a nourri les générations d’après-guerre, notamment dans l’Action catholique. Qu’il y ait lieu d’opérer un discernement d’un phénomène qui peut paraître déconcertant relève de l’évidence. Encore faut-il qu’il soit nourri par une connaissance approfondie des problèmes posés. Ce n’est pas parce que des jeunes gens – et aussi des jeunes filles comme celles de Némésis – appartiennent à une sensibilité de droite qu’ils doivent être autoritairement jugés, voire condamnés.
L’article de Martin Steffens, dont nous sommes partis, témoigne d’un certain autoritarisme, malgré son intention louable d’inviter les nouveaux convertis à des engagements caritatifs. Il n’est pas sûr non plus que l’auteur soit vraiment averti des courants de pensée qu’il récuse. C’est qu’à situation nouvelle doit correspondre une attention nouvelle, disons même à un véritable débat en Église, auquel soient conviés tous ceux qui sont en mesure d’apporter un éclairage bienvenu.