« Ces 21 martyrs ont profondément marqué la communauté copte » - France Catholique
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« Ces 21 martyrs ont profondément marqué la communauté copte »

Il y a 11 ans, le 15 février 2015, 21 chrétiens, pour la majorité égyptiens, sont assassinés sur une plage de Libye par des djihadistes. Entretien avec Benjamin Blanchard, directeur général de SOS Chrétiens d’Orient
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Icône des 21 martyrs coptes, dans l'église « des martyrs de la foi », à Al-Our, Égypte. ONT size="2pt">© F松照庵 / CC by-sa

Que s’est-il passé sur cette plage de Libye le 15 février 2015 et dans quel contexte ?

Nous sommes alors au début de l’année 2015. L’organisation État islamique est à son apogée, notamment en Syrie et en Irak. De nombreux groupes jihadistes, partout dans le monde et principalement en Afrique, ont fait allégeance à l’organisation terroriste. C’est notamment le cas en Libye. Depuis la chute de Kadhafi, le pays est largement en proie à l’anarchie et à la guerre civile.

Le 15 février 2015, sur une plage de Libye, vingt-et-un hommes, vêtus de combinaison orange – en référence aux combinaisons que portaient les prisonniers de Guantanamo, en marchent la tête baissée, sur une plage déserte de la côte méditerranéenne, non loin de la ville de Syrte. Chacun d’entre eux est tenu par deux gardiens, des jihadistes, masqués et vêtus de noir. Qui sont-ils ? Ce sont vingt-et-un chrétiens, vingt ouvriers égyptiens coptes et un travailleur ghanéen, enlevés, par les jihadistes tout au long de l’année précédente. Tous se trouvaient en Libye pour travailler, gagner de l’argent avant de rentrer au pays. Finalement, les vingt-et-un martyrs sont mis à genoux dans le sable. Ils finissent égorgés par leurs bourreaux.

La scène est filmée pour les besoins de la propagande jihadiste. Les images feront le tour du monde. Elles sont extrêmement touchantes, parce qu’aucune peur ne se lit sur les visages des vingt-et-une victimes. Ils attendent, en paix, leur martyr. Seules leurs lèvres murmurent une ultime prière : « Mon Seigneur Jésus » !

Ils sont aujourd’hui considérés comme martyrs tant chez les orthodoxes que les catholiques. Comment sont-ils vénérés dans l’Église ?

Effectivement, ils ont été canonisés par l’Église copte le 21 février 2015, donc quelques jours seulement après leur mort. Et très vite, une vraie dévotion à leur égard se répand en Égypte. Ainsi, des icônes, des statues des vingt-et-un martyrs sont diffusées. Trois ans plus tard, une immense église – appelée église « des martyrs de la foi » – est inaugurée dans le village d’Al-Our, dans la province de Minya, au centre du pays, d’où provenait certains martyrs. Un imposant monument représentant les vingt-et-un, en combinaison orange, accueille le visiteur. C’est le gouvernement égyptien qui a construit, à ses frais, cette église ! Le président Abdel Fattah al-Sissi avait d’ailleurs décrété sept jours de deuil national. Il s’était lui-même déplacé jusqu’au Patriarcat copte orthodoxe, pour présenter ses condoléances au pape Théodore II. Les familles des vingt-un martyrs sont d’ailleurs soutenues financièrement par l’État. En mai 2018, les dépouilles, qui avaient été retrouvées, ont été ramenées en Égypte. Les vingt-et-un martyrs de Libye sont ajoutés au martyrologe romain de l’Église catholique par le pape François en mai 2023.

Ce martyre des vingt-et-un a donc profondément marqué la communauté copte, mais pas au sens où les jihadistes l’espéraient.

Quelle est la situation de l’Église copte en Égypte ?

L’histoire des chrétiens en Égypte est très ancienne. Elle est profondément ancrée dans le patrimoine national. Les chrétiens étaient d’ailleurs majoritaires avant l’islamisation du pays au VIIe siècle. Aujourd’hui, les Coptes représentent aujourd’hui entre 15 % et 20 % de la population égyptiennes, soit environ 20 millions d’Égyptiens, un chiffre qui est en constante augmentation. L’immense majorité d’entre eux sont coptes orthodoxes.

En 2011, 2012, l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir a suscité des craintes. La constitution d’alors faisait référence à la Charia, la loi islamique, et les chrétiens étaient victimes d’attaques ciblées contre leurs églises, de persécutions accrues et de répressions sévères quand ils manifestaient. Lorsque le maréchal Abdel Fattah al-Sissi arrive au pouvoir en 2013, il promet de protéger toutes les communautés religieuses. Mais, les attentats ne s’arrêtent pas, notamment en 2016 et 2017.

Aujourd’hui, le culte est protégé et les chrétiens peuvent construire de nouvelles églises. L’Église copte ne s’en prive d’ailleurs pas.. Pour autant, l’avenir reste incertain et requiert une vigilance constante. Ils sont cependant souvent considérés comme des citoyens de seconde zone. L’accès à certains métiers, à certaines fonctions officielles leurs sont extrêmement difficiles, voire impossibles, même si, par exemple, c’est un magistrat chrétien qui préside la Cour constitutionnelle suprême. La communauté copte est souvent très pauvre. Beaucoup de fidèles sont chiffonniers et ramassent les déchets dans les bidonvilles en périphérie des zones urbaines. Pour les aider à sortir du cycle de la pauvreté, l’Église copte insiste sur l’importance de l’éducation (création d’écoles, soutien scolaire) et encourage de nombreux projets de développement économique (ateliers d’artisanat, agriculture, etc.)