Tout l’art politique occidental, et particulièrement l’art politique français, est issu de la philosophie grecque. L’Europe a puisé chez Aristote l’idée que l’action politique consiste à faire d’un ensemble inorganisé une cité harmonieuse. Il y faudra des lois, des méthodes de gouvernement et la connaissance des réalités humaines. Sans être bêtement optimiste, cette philosophie considère qu’un progrès humain est possible par l’action politique. Ce progrès qui consiste dans l’avènement de la justice, de la paix et de la liberté, est à la charge du pouvoir politique, au premier chef du devoir du Prince…
De Platon à saint Augustin
Socrate et Platon ont, eux aussi, considérablement nourri notre réflexion.
Socrate était un sage qui ne nous a laissé aucun écrit mais que nous connaissons au travers des dialogues platoniciens. On retient surtout de lui la célèbre devise : « Connais-toi toi-même » et « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Miracle d’intelligence et de subtilité, le célèbre dialogue de Platon, sur l’amour, Le Banquet (– 380), a formé la pensée philosophique de la Grèce classique, puis de Rome. Il a eu, ensuite, une très grande influence sur saint Augustin pour qui les Anciens, au lieu d’ériger des statues et des temples à leurs dieux imaginaires, auraient mieux fait de célébrer la pensée de Platon.
Platon cherche l’essence des choses et, dans Le Banquet, après que les jeunes gens ont rivalisé d’éloquence sur le thème de l’amour, il fait intervenir Socrate qui ne donne pas sa propre pensée, mais leur livre un propos qu’il a entendu de la bouche d’une femme, « l’étrangère de Mantinée » – double provocation car, à ces jeunes garçons d’Athènes, il livre le message d’une femme, de surcroît étrangère : « L’amour va vers la beauté et grandit de beautés en beautés jusqu’à la beauté idéale. » Saint Augustin dira que cette beauté idéale et parfaite, invisible à nos yeux, est Dieu Lui-même.
Un dernier regard sur la Grèce nous rappelle qu’elle nous a donné non seulement Homère et tous ses modèles mais aussi son théâtre : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane. N’oublions pas que le philosophe contemporain René Girard a construit sa théorie sur la violence et le sacré en méditant sur « L’ » Œdipe roi (entre – 430 et – 420). Nous devons aussi à cet auteur grec le personnage d’Antigone.
La comédie, en France, s’est quant à elle largement inspirée d’Aristophane, qui a écrit la première pièce de théâtre féministe et pacifiste : Lysistrata (– 411), où l’on voit les femmes de Sparte se refuser à leurs maris tant qu’ils n’arrêteront pas de déclencher des guerres inutiles…
