Pour les chrétiens du Sud-Liban, le temps de la Passion, qui compte quinze jours jusqu’à Pâques, a déjà commencé. La mort d’un prêtre maronite, le Père Pierre El-Raï, le 9 mars, en est le symbole le plus frappant. Deux jours plus tôt, il avait refusé d’évacuer son village, semblable à ceux qui jouxtent la frontière israélienne et dont la présence remonte à plusieurs siècles. Ses mots résonnent encore : « Nous ne faisons que défendre notre terre (…). Aucun d’entre nous ne porte d’armes. Rien d’autre que (celles) de la paix, de la bonté, de l’amour et de la prière. »
Mais l’amour, aujourd’hui comme hier, n’est pas aimé. La mort du prêtre, qui a ému jusqu’au Pape, plonge une nouvelle fois le Liban dans les affres de la déréliction. Après les années de guerre et de ruine économique, le pays est désormais au bord du chaos. Au point que cette terre biblique où coulaient le lait et le miel – certains situent même les noces de Cana au Sud-Liban – rejoint le psalmiste dans son agonie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (…) Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi » (Ps 21).
Lueur d’espérance
Pour le Liban, ballotté au milieu de nations puissamment armées, il existe cependant une lueur d’espérance. Elle est surnaturelle. Le 25 mars prochain, la grande solennité de l’Annonciation, fête nationale au Liban, rappellera à ce pays qu’il a été consacré au Cœur immaculé de Marie. Certes, ce phare dans la vie des Libanais qu’est la Sainte Vierge, au sanctuaire de Harissa, ressemble davantage aujourd’hui à une Mater dolorosa au pied de la Croix. Mais justement. La force de Marie est d’avoir tenu debout, face à la plus grande épreuve que puisse connaître une mère, et de n’avoir pas perdu la foi en une résurrection promise et annoncée. Tel le combat de la confiance en Dieu, décrit saint François de Sales, lorsque l’âme, « pressée d’afflictions intérieures, à l’imitation du Sauveur, commence à s’attrister d’une tristesse pareille à celle des mourants, dont elle peut bien dire : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». (…) C’est alors qu’il faut témoigner une invincible fidélité envers le Sauveur, le servant purement par amour de sa volonté. »
C’est cette force d’âme indomptable de Marie qui est aujourd’hui, dans ce Carême finissant, un exemple pour tous les Libanais et pour les chrétiens plus généralement. Cela n’empêche pas l’action, qu’elle soit politique, militaire ou humanitaire, mais en gardant en mémoire qu’au-delà des événements de l’actualité, même tragiques, ce qui est en jeu est le salut des âmes, la fidélité pour ne pas perdre la foi. Avec, pour ligne d’horizon, la grande promesse de la Vierge Marie à Fatima : « À la fin, mon Cœur immaculé triomphera. »
De la même manière, lors de son voyage en décembre dernier, le pape Léon XIV avait appelé les jeunes à l’enracinement (FC no 3926) dans l’histoire et la foi de ce pays pour y retrouver la véritable espérance, celle qui « vient d’en haut : le Christ lui-même ».
Même combattu dans les temps présents, le règne du Christ n’est pas une vaine prophétie. Le psaume de lamentation déjà cité s’achève ainsi par la louange de Dieu qui entend la plainte du malheureux : « La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui : Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! »
