Chaque lundi du mois de juin, des rassemblements se tiennent devant le ministère de la Justice et les tribunaux des grandes villes de France. De nombreux citoyens crient ainsi leur indignation trop longtemps contenue, et ravivée par la mort de Lyhanna et le scandale des agressions sexuelles sur de jeunes enfants dans le périscolaire à Paris. Par ailleurs une pétition pour durcir la législation a déjà rassemblé plus de 150 000 signatures. Le gouvernement propose d’intégrer des mesures supplémentaires dans la loi sur la protection des mineurs, déjà présentée fin mai en conseil des ministres, et qui sera examinée au Parlement à partir du 15 juillet. Il est ainsi question de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs et de prévoir un délai maximal de trois mois pour les actes d’enquête concernant les crimes sur enfants.
Si ces mesures vont dans le bon sens, elles seront loin d’être suffisantes tant la justice mais aussi la société semblent à bout de souffle. Dans Le Figaro (12/6), Laurence de Charette estime que la justice est « peu disposée à faire son examen de conscience, encore moins à rendre des comptes ». L’éditorialiste interpelle : « Une société capable de repousser l’audition d’un violeur d’enfant aux calendes grecques (…) accorde-t-elle encore à l’enfant la place qui lui revient ? Et comment ne pas voir un lien entre la dénatalité, cette rupture anthropologique majeure, cet anéantissement de l’élan de transmission et de don, et le naufrage de la protection de l’enfance ? »
Protéger les citoyens, à commencer par les plus plus vulnérables, doit être la raison d’être de l’État et les Français ont bien compris qu’il ne s’agissait pas d’une politique que l’on peut ajuster au gré des budgets, d’où le malaise ressenti dans la population. Maud Brégeon, la porte-parole du gouvernement, a affirmé sur Sud Radio (12/06) que « face à l’ampleur du phénomène des violences sexuelles contre des enfants, il y a une révolution sociale à opérer. Dans le cas présent, ce ne sont pas des dispositions législatives supplémentaires qui auraient évité des erreurs. »
Nommer le mal
Quel visage pourrait prendre cette révolution ? N’y a-t-il pas urgence à nommer le mal qui ronge notre société, c’est-à-dire l’aveuglement à voir le mal pour ce qu’il est ? Dans une chronique au Figaro (10/06), Eugénie Bastié évoque le livre de Théodore Dalrymple, Culture du vide (Carmin), dans lequel le psychiatre britannique fustige la façon dont les « élites » ont méthodiquement sapé tous les repères moraux et civilisationnels. Il évoque « la frivolité du mal » : « le fait de privilégier systématiquement la pulsion, le plaisir immédiat, la satisfaction éphémère, au détriment du devoir à long terme ». « Lorsqu’on lâche la bride du mal, il prospère » dit-il.
Du mal peut-il sortir un bien ? La philosophe Chantal Delsol veut le croire. Elle note dans Le Figaro (15/06) l’avènement d’une morale postmoderne : « Que s’est-il passé pour qu’à présent on somme nos gouvernants de punir gravement des prédateurs qu’il y a si peu d’années on aurait facilement excusés ? Il s’est passé ceci : l’« autre » concret est devenu l’unique objet de respect avant les institutions de toutes natures. […] Quand il s’agit pour commencer de la protection des plus faibles, c’est une nouveauté magnifique ».