« Va-t’en, Satan ! », le testament spirituel du Père Hamel

par Denis Lensel

jeudi 4 août 2016

« Va-t’en, Satan ! » : ce sont les derniers mots que le Père Jacques Hamel, martyr dans sa propre église, a prononcé avant de mourir. Martyr, c’est-à-dire témoin jusqu’à donner sa vie, assassiné à 85 ans par deux jeunes dévoyés de 19 ans basculant dans le Djihad islamiste. Poignardé dans sa paroisse de Saint-Etienne du Rouvray, à deux pas de Rouen. Dans une église qui porte le nom du premier martyr. Ce refus du mal et de la haine, ce prêtre au dévouement total l’a exprimé avec la force morale et spirituelle immense d’un homme sans armes exposé aux coups de couteau de la violence sauvage.

Le Père Hamel est resté fidèle à la logique de toute sa vie d’homme de paix : pendant la guerre d’Algérie, très jeune, il avait décliné la proposition de devenir officier, pour être sûr de pouvoir pratiquer intégralement le commandement divin « Tu ne tueras pas ». Ces dernières années, très âgé, tout en poursuivant son sacerdoce, il s’était impliqué dans des démarches de proximité fraternelle avec des musulmans vivant près de sa paroisse.

Mardi, lors des obsèques solennelles de ce prêtre, à la cathédrale de Rouen, une étole rouge était posée sur une grande croix en bois : « le rouge du sang, le rouge de l’Esprit Saint, le rouge du martyre », a expliqué l’archevêque de la cité normande où autrefois, Jeanne d’Arc a rendu son âme à Dieu, en invoquant le nom de Jésus jusque dans les flammes du supplice. Cette semaine, dans la continuité de l’Eglise souffrante, c’est encore Jésus qu’on a invoqué après la mort du Père Hamel : à l’intention de ceux qui sont tentés par l’aventure criminelle et meurtrière du Djihad, l’archevêque de Rouen, parlant de « violence diabolique », a dit à la cathédrale : « Nous prions pour vous, nous prions Jésus qui guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du mal ». Que chacun trouve en soi la force de dire non à l’esprit de Caïn. Et donc de refuser ce pouvoir destructeur de Satan. Un idéal de vie si simple, et parfois si difficile, dans ce monde malade…

Messages

  • Et bien en un sens, il est dommage, me semble-t-il, que les derniers mots de ce saint prêtre martyr aient été ce "arrière satan !" et non pas les mots d’Étienne, mots du Christ : ne leur compte pas ce crime, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Bien sûr, je ne devrais pas juger, je ne sais pas ce que j’aurais dit à sa place ; mais le "vade retro", Jésus l’adresse à Pierre pour le corriger : il sait bien que Pierre ne finira pas en satan. Face à un jihadiste en herbe qui ne tourne pas bien rond et qui ne sait pas vraiment ce qu’il fait, cette parole a-t-elle le même sens ?

    • Il n’est pas rapporté que les derniers mot du père Jacques Hamel aient été : "Allez-vous-en les démons !" ou "Arrière les assassins !" qui se seraient donc adressés aux deux "djihadistes". Non, ses derniers mots auraient été "Va-t’en, Satan", qu’on peut comprendre comme un ordre au Malin de sortir de ces deux jeunes, une sorte d’exorcisme. D’ailleurs, Mgr Lebrun a bien souligné dans son homélie le refus du destructeur Satan.

      Le cri du père Hamel traduit comme étant son testament spirituel peut prêter, en effet, à confusion. Le titre de l’article Est-il de Denis Lensel ou celui repris dans les media, je n’en sais rien. Quoiqu’il en soit, on aurait pu trouver mieux...

      Sur un autre plan, justement, est-il exact que l’utilisation d’une église après qu’un crime y aurait été commis ne peut avoir lieu avant les prières d’un prêtre exorciste ? Quelqu’un pourrait-il confirmer ou contredire cela ?

      MERCI.

    • L’obscurcissement de la conscience acquis est certainement le fait du démon. Celui-ci poursuit son action dans les actes de la personne concernée consécutifs à cet état de conscience.
      Chercher à éclairer celui qui est dans cet état et à le détourner de ses actes désordonnés est un des aspects de l’évangélisation.

    • @ mr

      L’évangélisation est une chose, l’exorcisme en est une autre.

      C’est un cri d’une grande lucidité - et qui vise juste ! - que le père Jacques a lancé.

      Merci à Denis Lensel pour ce très bel article, cet hommage éclairant au prêtre martyr. Il n’y a rien à ajouter...

    • L’article est bon mais désolé de maintenir que le titre ne l’est pas vraiment. Appréciation basée sur plusieurs réflexions, en dehors du forum, dont l’une représentative de toutes les autres est, je cite : "Ce titre détourne de l’envie de lire le billet parce que la réflexion du Père Hamel est elle aussi violente"...

      A la suite de discussions pour arriver à mieux comprendre cet article, il a été admis que si le titre avait été, par exemple : "Le testament spirituel du Père Hamel" avec son cri : "Va-t’en, Satan !" inséré au cœur du texte celui-ci aurait été compris et donc apprécié. D’où ma réponse tardive au premier message.

      La discussion s’est déroulée entre huit personnes dont cinq jeunes filles et jeunes gens âgés de 16 à 18 ans.

      Juste comme partage d’information.

      MERCI.

    • Bonjour cher Gemayel,

      Merci de votre témoignage. Il est intéressant en ce qu’il met, une fois encore, l’accent sur les difficultés et les aléas de la communication.

      Pour ma part, le titre était évident et sans connotation de quelconque nature. Que ces jeunes aient réagi différemment (dans les termes que vous nous rapporter) éclaire, s’il en était encore besoin, sur les différences de perception, au sein d’un même groupe, au sein d’une même Eglise (j’ai fait l’hypothèse que ces jeunes gens en faisaient partie...).

      Je n’ai pas participé à votre discussion donc de nombreux points m’échappent.

      Cependant, peut-être faudrait-il s’arrêter sur la question de la violence.
      Quelles sont les images qui y sont associées (sûrement différentes selon les individus, leur histoire personnelle et leur histoire collective) et qui naissent dès que ce mot est prononcé ?

      Est-ce que la « violence » est systématiquement malfaisante et à rejeter ? D’ailleurs, qu’appelle-t-on violence ? Est-il légitime de nommer violence toutes les actions ou les faits que l’on nomme violence ?

      La non-violence est, assez unanimement, considérée comme une valeur positive. Est-ce que ça ne brouille pas, en réaction, la perception de ce qui est qualifié « violence » (1) ?

      On a l’habitude de citer l’épisode de Jésus et les marchands du Temple (parfois pour tenter de justifier de bien mauvais procédés).

      C’était quelque chose de violent, incontestablement (on imagine aisément les réactions sur place et dans les médias si un quidam s’avisait aujourd’hui de chasser de quelconques commerçants (à Lourdes, par exemple...) à coups de lanières...

      Pourtant, l’épisode est au cœur de notre Evangile et il ne viendrait l’idée à personne (du moins je l’espère) de l’expurger au nom de la « non-violence ». Il y a donc quelque chose qu’il faut s’efforcer de distinguer et de saisir.

      En effet, si l’on creuse un peu on constate rapidement que l’on met sous le vocable “violence” des situations très différentes, tant en terme d’intensité que de nature (*).

      Ainsi, pour en revenir à la situation qui nous occupe, peut-on mettre sur le même plan la violence - incontestable - d’un égorgement et la “violence” du cri de celui qui est en train d’être égorgé ?

      Je l’ai dit dans un précédent commentaire, je suis admiratif et même ému par cette ultime parole du père Jacques. Elle semble sûrement moins iconique qu’un « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font ». Elle est cependant parfaitement appropriée à la situation, au-delà même de ce qui se déroulait à cet instant en l’église de Saint Etienne du Rouvray (**).

      Plus que violence, il me semble qu’il s’agissait, en l’occurrence, de cette vertu de force (qui est l’un des sept charismes dispensés par l’Esprit Saint) qui, seule, permet d’affronter le mal, sans employer soi-même les moyens du Mal (et du Malin).

      Voilà, en partie, ce que j’aurais été amené à répondre à ces jeunes.

      * La définition du dictionnaire - « abus de la force ; agir sur qqn ou le faire agir contre sa volonté en employant la force ou l’intimidation » -, nous fait vite entrevoir que nombre de situations qualifiées de “violence” ne cadrent pas nécessairement pleinement avec cette définition, en particulier sur l’aspect « abusif » (il y a notamment souvent confusion entre “abusif” et “excessif”).
      On n’aurait garde de négliger l’influence du vocabulaire, et de ses connotations, sur la perception des situations qu’il décrit (ce que les spécialistes du marketing savent depuis longtemps ).

      ** Je ne voudrais pas avoir l’air d’abuser du qualificatif, mais il y avait quelque chose de prophétique dans cette phrase prononcée sous la lame de l’assassin...

      1) En ce qui concerne les valeur identifiées positives (en particulier le “pacifisme”, associé à la“ non-violence”) et leur versatilité, on peut lire l’ouvrage passionnant de Simon Epstein, “Un paradoxe français” (Albin Michel, 2008) qui démontre comment ces valeurs peuvent s’inverser. Ça rend prudent quand aux modèles...

    • Bonsoir (presque bonne nuit) mon cher Réginalde,

      Votre intervention que j’ai lue avec beaucoup d’intérêt a été signalée à deux jeunes de la tribu, les autres étant sur la route des vacances. Il m’a semblé saisir comme une sorte de fierté mêlée de gratitude d’avoir été "reconnu" dans votre message ; pour plus de précision, ces jeunes sont de la famille, du voisinage et autres copains, catholiques pratiquants et de famille idem. Parfois, un "itinérant de la réunion", de culture musulmane, participe à nos "conciliabules". Vous voilà mis dans la confidence.

      Au sujet de l’assassinat du père Hamel et de la violence, quelques réflexions de nos jeunes complices : "mon père dit qu’il existe une "sainte colère" ; "les assassins du père Hamel sont toujours qualifiés de tueurs, djihadistes, radicalisés - on entend tout le temps ce mot - connus de la police, non connus de la police. Vous seul (ma petite personne) avez souligné (dans le forum) qu’Abdel Malik Petitjean n’avait jamais connu son père biologique. Nous on a la chance d’avoir une famille, d’être entourés...". Et, hasard, ou coïncidence ou autre, le passage de l’Evangile que vous mentionnez a été cité par Hassan : "Jésus s’est mis en colère, il a renversé les objets et les tables avec, il a traités de voleurs et de profanateurs les marchands du temple mais il ne leur a pas tapé dessus..."...

      Les messages postés expriment mon sentiment d’après ce que j’ai lu ici. On y reviendra peut-être, je ne rechigne jamais à approfondir mes connaissances. Sauf que je ne peux me résoudre à admettre le fait de "quantifier" la violence par les comparaisons que j’ai lues, au risque de la justifier chez les uns comme recevable et admissible etc... Cela relève, à mon avis, d’une sérieuse sinon grave vue de l’esprit. Un "vrai" mensonge et ce qu’on appelle un "pieux mensonge" on sait ce que ça veut dire, mais cela n’ôte pas le fait que ça reste un mensonge. Et même le "pieux" mensonge c’est comme l’alcool, il ne faut pas en abuser.

      MERCI.

    • L’islam LA RELIGION DU DIABLE (IBLIS)

  • Le dernier cri du père Hamel, d’une totale lucidité, ne fait que confirmer l’évidence : les djihadistes sont des possédés agissant sous une influence satanique ; nous n’avons pas encore les moyens d’exorciser l’esprit mauvais qui les habite en l’envoyant dans les porcs et les porcs à la mer.

    Voilà qui redonne tout son sens à la prière pour la paix.

    Après on pourra disserter pour déterminer si c’est à cause de l’islam ou en dépit de l’islam. Pour moi, la réponse est claire. Ces hommes sont égarés par un faux prophétisme.

    Très belle homélie de Mgr Dominique Lebrun qui a su trouver les mots inspirés de l’Esprit saint à la hauteur de ce martyre.

  • Le Père Hamel dans son sacrifice rejoint une longue lignée de martyrs, dont certains méconnus.
    Qu’il me soit donc permis de rappeler le nom d’un prêtre, aumônier de scouts, ayant servi en Afrique du Nord , dont j’ai découvert fortuitement l’existence par la mention commémorative ouvrant un vieux roman scout de Paul Henrys, « Le Portail des Sabres » écrit en 1954 :
    « A la mémoire de l’ Abbé COSTA,
    Ancien Aumônier des 2e et 3e Tunis,
    Curé de Kairouan,
    Assassiné dans son église, après l’Angelus du soir,
    Le lundi 29 mars 1954... »
    Tunis, Juin 54
    Paul Henrys
    Bien des années après les faits cette mort m’a touché. En faire mémoire dans les circonstances actuelles peut aussi éclairer les consciences.

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