Une liturgie eschatologique

par Gérard Leclerc

lundi 28 avril 2014

En regardant hier la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre, j’ai eu brusquement l’intuition de ce qu’est le temps tout à fait singulier de la liturgie. Il faut peut-être une démonstration de cette ampleur pour prendre conscience des coordonnées supra-terrestres d’une action sacrée qui nous projette dans un espace qui est celui même de la foi. Paradoxalement, mon sentiment s’est encore renforcé en lisant sur quelques sites de discussion les réactions de personnes tout à fait incrédules, qui exprimaient, parfois brutalement, leur incompréhension de cette cérémonie qu’elles considéraient comme inutile. Eh bien, oui, c’est toute la question ! « Pour nous, dit saint Paul, notre cité est dans les cieux ; de là nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ,qui transformera notre corps humilié, en le rendant semblable à son corps glorieux par le pouvoir efficace qu’il a de s’assujettir tout l’univers. » (Phil. 3,20-21)

Bien sûr, la plus humble messe quotidienne nous établit dans une situation eschatologique, elle nous fait sortir du temps, en nous faisant participer à la grande action rédemptrice qui transforme toute chose. Mais cette liturgie extraordinaire sur la place Saint-Pierre, avec cette foule qui déborde au-delà du Tibre et dans toute la ville, c’est l’actualisation sensible, visible de l’immense assemblée du ciel. Qui plus est, les deux saints proclamés signifient leur présence auprès de Dieu, ils vivent déjà de la vie qui nous est promise !

C’est bien pour cela que la liturgie est vitale pour nous, qu’elle est indispensable, qu’il n’y aurait pas de christianisme effectif sans elle. Elle manifeste concrètement que nous sommes déjà dans l’eschatologie, que le Christ, par sa résurrection, a fait exploser les limites du temps et de l’espace. L’intercession des saints, saint Jean XXIII et saint Jean-Paul II nous rend encore plus évidente cette dimension anticipatrice, qui est le suprême secret de la joie prodigieuse d’être sauvés.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 28 avril 2014.

Messages

  • Cher Gérard Leclerc,
    C’est bien évident que la dimension eschatologique doit être présente dans la liturgie, comme elle l’est dans le Dogme et dans la Communion des saints, comme vous le notez justement pour cette belle Messe extraordinairement ordinaire.
    Seulement, "canoniser", n’est-il pas donner un statut catholique universel et pérenne, aboutissement d’une démarche eschatologique elle aussi, car seul le surnaturel est éternel. Peut-on "canoniser" un athlète charismatique planétaire ? un moralisateur héroïque ? un communicateur des lois naturelles (celles de la Grèce antique ou celles dites "noachiques" par le Judaisme talmudique...) ? etc... ainsi que fut postulée la cause de Jean-Paul II ? Ajoutons ici qu’une preuve justement de cette dimension surnaturelle fut désespérément recherchée : les deux miracles.

    Or l’Eglise des saints c’est l’Epouse surnaturelle du Christ qui seule a les promesses de la vie éternelle et donc qui finira aussi nécessairement par triompher ! Que je sache, le "personnalisme" de Maritain, les "Droits de l’Homme" imprescriptibles, le libéralisme anti-communiste, le relativisme religieux (comme prier ensemble ou embrasser le Coran), ne sont que des postures à la mode, utiles peut-être à certains moments, certes héroïques parfois, mais non nécessaires et universelles.

    Ainsi donc, seule la théoloqie permet de canoniser sûrement et définitivement. Or, à l’interrogation métaphysique de Saint-Michel (Mi-Cha-El ? de l’hébreu "qui comme Dieu" ), je note que le Pape Jean-Paul II n’a cessé, dans tous ses discours de répondre, par une allusion prise dans la Génèse : l’Homme. Je remarque aussi que, à cette même question, Lucifer répondit : Moi !... Comme je ne suis pas théologien pour comparer les concepts d’Homme-fait-Dieu et de Dieu-fait-Homme, je laisse aux théologiens le soin d’examiner s’il y a un lien entre ces deux réponses !
    Bien amicalement à vous,
    Augustin le Numide

    • Habituellement, je n’interviens pas dans les commentaires, laissant liberté entière à nos interlocuteurs de développer leur pensée. Mais à propos de la canonisation de Jean-Paul II, je ne puis me taire face aux graves allégations d’Augustin, qui sont d’ailleurs le plus souvent proches de ce que l’on entend et lit chez ces « tradis » qui, depuis des semaines se sont déchaînés contre la cérémonie de dimanche. Je veux protester du fond de moi-même contre ce que je considère être une entreprise de déformation ou de défiguration d’un pape que l’on voudrait ranger du côté d’un humanisme consensuel, afin de mieux le retrancher de la communion surnaturelle des saints.

      Il est absurde de parler d’un athlète charismatique planétaire, si l’on oublie que Jean-Paul II a voulu annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités du monde, en donnant partout le témoignage d’un homme habité par le mystère de Dieu et sans cesse plongé dans la contemplation eucharistique. Que dire du moralisateur héroïque, si l’on oublie de préciser que sa morale est celle de l’Évangile rappelée à temps et à contre-temps !

      Communicateur des lois naturelles (celles de la Grèce Antique ou celles dites noachiques par le judaïsme talmudique) ? Certes, mais si tel n’avait pas été le cas, Jean-Paul II aurait été hors de la tradition catholique, celle des Pères et de Thomas d’Aquin.

      Non, il n’est pas vrai que c’est pour des motifs extrinsèques que la cause de canonisation fut postulée. C’est en raison même de l’héroïsme surnaturel du serviteur de Dieu. Je précise qu’au procès étrangement partisan s’ajoute une information factuelle erronée. Il y a bien eu miracle nouveau reconnu pour la canonisation, Ce qui n’étonne pas de la part d’un pape thaumaturge déjà de son vivant et dont la sœur Marie-Simon-Pierre a encore révélé récemment une intervention miraculeuse.

      Vais-je me prêter finalement à la triste controverse en conclusion de cette polémique, qui sous-entend clairement que Jean-Paul II aurait déifié l’homme au détriment du Dieu fait homme ? J’y répugne de toute mon âme, car le seul soupçon d’une telle apostasie me remplit d’effroi et de colère. L’image que je garderai pour toujours de saint Jean-Paul II est celle d’un homme plongé dans la prière devant le Saint-sacrement. Un pape aussi filialement marial, « Totus tuus », dont la piété native cherchait la charité du Dieu vivant dans les sources d’eau vive du cœur transpercé. Le pape de Paray-le-Monial et de sainte Faustine !

      Je veux bien discuter tant qu’on voudra droits de l’homme, Maritain etc. Mais pas avant d’avoir rappelé où est le nord magnétique et mystique de l’enfant prédestiné de Wadowice.

      Gérard Leclerc

      P.S. : Je laisse aussi de côté, provisoirement, les griefs « tradis » sur le dialogue interreligieux, inlassablement repris, sans aucune considération de l’équilibre doctrinal d’un pontificat.

    • Autant je me sens traditionnel, au sens de la transmission des valeurs léguées par les apôtres, dans ma démarche chrétienne. Autant je trouve détestables ces procès intentés au nom d’un conservatisme figé qui me rappelle immanquablement ces têtes de veau que l’on voyait sur l’étal des bouchers d’antan, baignant dans une mare de gelée tremblotante et d’où s’exhalait parfois une odeur vaguement cadavérique.

      Comment peut-on se montrer aussi narquois, injurieux et injuste à l’égard d’un pape tel que Jean-Paul II ?

      « seule la théoloqie permet de canoniser sûrement et définitivement » ? Formule qui prise littéralement comporte un certain degré d’absurdité et qui n’apporte en tout cas aucun élément de clarification.
      Attention, à vouloir imprudemment se faire l’avocat du diable, on risque vite de se retrouver à sa table parmi ses commensaux habituels.

      Le seul qui canonise, c’est le Saint-Esprit !

      Quiconque se prétend catholique devrait rendre grâce d’avoir eu un tel homme à la tête de l’Eglise ! Oui, sa vigueur déterminée, sa foi inébranlable et entrainante, son intelligence - brillante et humble à la fois -, son charisme aux reflets célestes (déjà) sont un cadeau dont la Providence nous a fait grâce durant quelques années cruciales.

      « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures ? »

    • Lundi 6 mai, fête de Saint Pie V.

      Protester du "fond de vous-même" contre une véritable "entreprise de désinformation pour retrancher Jean-Paul II de la communion des saints", c’est accorder une bien trop grande considération aux simples commentaires d’ Augustin-le-Numide, dont on verra plus loin les raisons profondes de sa réflexion. Quant aux "allégations" : is fecit qui prodest, mais passons !.

      Admirer "le nord magnétique et mystique de l’enfant prédestiné de Wadowice" ne dispense pas en effet d’examiner posément l’équilibre doctrinal d’un pontificat sur lequel le chorus des ennemis de l’Eglise laisse planer un doute sérieux...

      Si Augustin a commencé par qualifier le saint Père "d’athlète charismatique", c’est pour faire écho à l’admirable livre de Téqui, qui eu un grand succès : "l’Athlète de Dieu". Il y a là deux dimensions que vous avez préféré amalgamer, alors qu’il les a analysé séparément.
      Sa carrure physique et médiatique est évidente, d’où son immense succès. Autre est de savoir s’en servir pour ouvrir l’église au Monde, prêchant une charité de Dieu illustrée par un Concile "pastoral" qui décentre le celui de Trente ("vrai Dieu et vrai Homme), Autre est de bousculer le Monde et ses courtisans pour le convertir et l’appeler à la Foi en Dieu seul, mettre sa fougue ardente d’Inquisiteur au service de l’Eglise de Dieu, et non à celui d’un clergé mollasson, comme le fit le jeune Ghisliéri (que l’on fête aujourd’hui) qui propulsa le dogme toujours actuel du Concile de Trente, son Credo, sa Sainte Messe (dite de Saint Pie V en son honneur), lança la croisade du Rosaire pour Lépante (dont il eut la révélation de la victoire au moment même où l’armada turque fuyait), croisade qui revigora un Occident chrétien moribond, à l’image de la France toujours infidèle qui refusa d’y participer !
      Donc athlète de la morale catholique, dans un Monde déboussolé ? oui. Mais athlète du Royaume du Dieu Trinitaire ? à voir !

      A l’engouement médiatique pour l’aspect contemplatif spectaculaire de ses apparitions publiques, engendrant forcément des sentiments subjectifs (allant de l’admiration extatique à l’effroi, colère, apostasie...) il faut préférer ici la lecture attentive des homélies, interviews, livres, encycliques publiés et signés. Qu’y lit-on ? Selon Augustin un vague theillardisme rafraîchi :

      A Frossard déclare-t-il pas : "...il serait d’ailleurs difficle de nous identifier avec le monde d’autrefois... (cf Evangiles et l’Histoire de Jésus)...nous aurions du mal à vivre dans un monde d’avant Copernic, d’avant Einstein...et même d’avant Kant ?. Tous ses écrits de jeunesse en témoignent : théâtre, danse, poésie, hymmes à l’amour lui servent à diviniser l’Homme, alimentant par la suite ses "méditations transcendantales" à la gloire de l’Homme, de sa culture, de sa sagesse....
      Au théocentrisme catholique il substitue un théosophisme steinérien, voire un anthropocentrisme theillardien. Sa foi en Dieu égale toujours celle en l’Homme. Pour lui, Jésus serait venu sur terre uniquement pour rendre témoignage à la transcendance et à la dignité royale de l’Homme.
      Sa théologie est toute nouvelle : ne dit-il pas (dans "N’ayez pas peur") que "la foi ne contraint pas l’intelligence, elle ne l’assujettit pas à un système de "vérités toutes faites".... que le "Concile a rempli sa tâche un montrant un visage de la Foi chrétienne à la mesure du monde d’aujourd’hui" ?... "Quid des vérités révélées, de l’orthodoxie du dépôt de la foi, chères à St Vincent de Lérins ???

      Son discours à l’Unesco sur l’Ecce Homo, alpha et oméga de toute la culture humaine est allucinant, digne d’un "illumati" !
      Toutes ses oeuvres et discours témoignent de l’Homme transcendant, conforme au Christ, qu’il doit "découvrir"... et non pas simplement "suivre" (cf les célèbres "Imitation de NSJC" qui ont sanctifiés tant de nos ancêtres). Découvres-moi ou Viens et suis-moi ?
      Voir là une "apostasie, comme vous le dites, répugnante ? Je ne le pense pas. Est-ce simplement nouveau ou prophétique ? On substitue une idéologie, au sens strict, à une apologie classique, comme les prédécesseurs de JPII l’ont toujours fait avant lui. Ne devrait-on pas attendre un "certain temps" avant de sanctifier de telles exhortations mystiques, en en attendant les fruits ? ... Sainte Jeanne d’Arc a bien attendu quasiment 500 ans ! Pourquoi ce "santo subito" très consensuel, planétaire, alors que ce Monde est loin de voir simplement, dans les yeux d’un miséreux le regard du Christ !...Question !

      En réalité Augustin a décelé, dans cette double canonisation, la volonté de "dogmatiser" (imposer) un Concile qui ne fut que pastoral, et donc à re-évaluer comme SS Benoît XVI l’a proposé. Le Français d’Algérie qu’il est tient à dénoncer ce camouflage d’un Concile plus politique que religieux, symbolisé par les 2 papes en question. Relevons en quelques aspects :
      - Le pape Jean XXIII ouvrit délibérément le Vatican aux Kagébistes de Moscou et aux Djihadistes "algériens" (patriotes de l’Oumma et non de l’Algérie, province créée ex nihilo par la France) via l’accord de Metz et le maintien à Alger de son archevêque Louis-Etienne Duval, qui fut récompensé pour ses bons et loyaux services par l’octroi de la pourpre cardinalice après l’éradication des chrétiens d’Algérie qu’il mena au désespoir.
      En effet, après avoir condamné les Pieds-Noirs (PN) qui voulaient défendre leurs terres, il alla jusqu’à interdire aux prêtres d’Alger d’accorder des funérailles chrétiennes aux victimes de la fusillade de la rue d’Isly "puisqu’elles étaient de l’OAS". Or, on savait que celles ci étaient toutes pacifiques et non armées, porteuses simplement de pain et de lait pour les enfants de Bab-el-Oued assiégés depuis 3 jours par les forces de l’ordre gaullistes.

      Malgré l’exode des PN, le massacre des Harkis, l’ethnocide du 5 juillet à Oran (3000 « français » rafflés, égorgés et disparus en quelques heures), puis profanation de la cathédrale d’Alger (le 6 juillet), Mohamed Duval envoya un télégramme au nouveau président algérien, au nom du Souverain Pontife, qui l’assurait de ses souhaits fervents de prospérité, et appelait de ses vœux l’harmonieuse collaboration des diverses communautés, favorisée avec tant de zèle par son Excellence (sic).

      Nulle sollicitude envers les fidèles ne fut manifestée pour secourir les malheureux qui fuyaient le couteau des égorgeurs. Ni Mgr Duval, ni la plupart des évêques français, ni le Pape, ne manifestèrent quelque sympathie (à l’exception notable du Secours catholique de Mgr Rodhain) pour de supposés suppôts de l’OAS qui durent affronter la misère et le désespoir avec l’hostilité de l’opinion publique et de la plupart des médias.

      Jean-Paul II, ne fit guère mieux en 2000, alors que l’église d’Algérie avait quasiment disparu. Le 3 septembre, dans l’homélie qu’il prononça, à l’occasion de la béatification de Jean XXIII, il ne lui fit pas le crédit de s‘être soucié de cette Eglise résiduelle, mais bien d’avoir eu la "merveilleuse intuition prophétique de la nécessité d’un concile écuménique (sic) inaugurant une saison d’espérance pour les chrétiens et pour l’humanité". L’idéologie de la décolonisation faisait fi toujours des malheurs survenus à tous ces petits peuples abandonnés, livrés à leurs atroces querelles tribales,

      Oui, nous pieds-noirs avons quelque chose à dire au sujet de la canonisation de ces 2 papes et l’attitude du Concile vis-à-vis du Communisme assassin, de nos Martyrs et de l’Eglise d’Algérie ! Nous y voyons comme une insulte à notre malheur (cf article de Paul-André Maur dans Journal Présent du 27 février 2010).

      PS : Augustin d’Hippone lis et écrit l’arabe littéraire, depuis sa prime jeunesse algérienne. Si un jour vous veniez le voir (il habite près de Lourdes), il vous ferait une lecture littérale commentée du Coran, et vous ne pourriez plus penser et agir comme les Papes Jean-Paul II et François. A vue humaine, seul le Pape Benoît XVI a adopté à ce sujet, avec douceur et intelligence, une attitude responsable, convenable aux chrétiens et aux musulmans.

    • "Augustin" s’adresse à nous (pluriel de collectivité) à la 3ème personne, mazette !

      d’Hippone se dit-il, de surcroît ! Très lourde similitude et difficile à porter avec le fils de Monique qui est pourtant d’une carrure incomparable.

      Qui prétend se hausser jusqu’au ciel...

      Quant à nous, nous nous inclinons (pluriel de majesté, triplement redondante)...

      PS je connais ("nous" connaissons) d’authentiques pieds-noirs qui ne pensent pas comme "Augustin" en ce qui concerne la double canonisation ; pourtant ils furent résolument "Algérie Française", spoliés comme des centaines de milliers d’autres et scandalisés par le massacre de la rue d’Isly...

    • Cher Gérard Leclerc,

      J’admire votre patience et votre délicatesse.

      Je crains que le commun des catholiques, au nombre desquels je me compte, se soit lassé, quant à lui, de tant de mauvaise foi, de tant de rigidité obstinée, et tout simplement de tant de bêtise. Surtout après les efforts déployés par le magnanime Benoît XVI.

      Le "néo-pélagianisme autoréférentiel et prométhéen" nous intéresse finalement bien peu au regard de l’authentique dynamisme évangélisateur de l’Eglise quel que soit sa provenance (Joie de l’Evangile, point 94)...Car le pire serait de répondre à un sectarisme par un contre-sectarisme surtout en se réclamant de Saint Jean-Paul II, pape de la Miséricorde...

    • Il n’est pas inutile de rappeler qu’Augustin était un berbère et pas un colon romain d’Afrique du nord : tout ce qu’il y a de plus "indigène"...

    • Le "nous" correspond ici soit à un pluriel de majesté (celui qui dit c’est lui qui l’est, disent les enfants), soit à une lecture erronée d’un message qui manifestement ne s’adresse qu’à GL. Signes d’un dysfonctionnement intellectuel ?... Augustin-le-Numide espère qu’ils ne soient ni habituels... ni disons "traditionnels" !

    • Un souci pour Mr de Coucy ?
      Le "nous" correspond ici, soit à un pluriel de majesté (celui qui dit c’est lui qui l’est, disent les enfants), soit à une lecture erronée d’un message qui manifestement ne s’adresse qu’à GL. Signes d’un dysfonctionnement intellectuel ?... Augustin-le-Numide espère qu’ils ne soit ni habituel... ni disons "traditionnel" !

    • Il m’est impossible de laisser sans réponse la nouvelle algarade d’« Augustin » à l’encontre de Jean-Paul II. C’est quand même l’honneur de la Sainte Église et son autorité – celle qui lui confère la possibilité de porter un serviteur (ou une servante) de Dieu sur les autels – qui se trouvent gravement atteints par des allégations aussi définitives, et sûres d’elles-mêmes. Il se trouve par ailleurs que j’ai, du fait de mon métier, porté une attention particulière à la pensée de Jean-Paul II et à ses préambules, élaborés dès les années d’étude de Karol Wojtyla. Aussi suis-je particulièrement sensible à une charge d’une pareille violence, qui me meurtrit, parce qu’elle trahit la personnalité profonde et la démarche spirituelle et théologique d’un homme littéralement habité par le mystère divin.

      Les arguments allégués par « Augustin » ne sont pas inédits. Cela fait longtemps qu’il sont brandis – avec des bonheurs d’expression très divers – par des tradis dont je ne doute pas du sincère attachement à l’Église, mais qui, malheureusement, se trouvent objectivement dans une posture sédévacantiste. Mais tâchons de les examiner sur le fond. Si je les résume, d’une formule qu’ils ne peuvent récuser – et « Augustin » lui-même, puisque c’est lui qui l’énonce explicitement – Karol Wojtyla aurait substitué au théocentrisme catholique « un théosophisme steinerien, voire un anthropocentrisme plutôt teilhardien ». Je laisse ici la référence à Teilhard qui me surprend, car je n’ai jamais pu vérifier qu’il y eut une influence directe et profonde de l’auteur du Milieu divin sur le futur pape. Cela ne signifie pas que j’accorde plus de crédit à celle de Rudolph Steiner, qui me semble relever, je m’en excuse, du pur délire. Au moins a-t-elle un semblant de référence, puisque l’on prend prétexte de l’amitié de Karol Wojtyla à l’égard de Mieczyslaw Kotlarczyk, le fondateur du « théâtre rhapsodique » de Cracovie, pour justifier ce prétendu steinerisme. Évidemment, l’usage polémique d’une telle assimilation peut se révéler très efficace. Il n’en est surtout pas moins fallacieux et surtout mensonger. Il aboutit à rendre méconnaissables une pensée et une vie entière, en jetant le soupçon d’un poison vénéneux infiltré, dès l’origine, à l’intime de la pure doctrine évangélique. Une fois encore, je m’insurge de toute mon âme contre cette accusation qui trouble les cœurs et trahit, de la façon la plus tragique, la conviction la plus profonde de saint Jean-Paul II.

      Mais il faudrait m’expliquer trop longuement pour démonter une accusation aussi venimeuse. À dire vrai, j’ai déjà répondu à la tâche, il y a une vingtaine d’année en rédigeant mon Jean-Paul II le résistant (Bartillat 1996). Je m’étais intéressé avec passion aux années de formation du jeune Polonais, en montrant comment il s’était pleinement accompli dans sa vocation sacerdotale, à partir d’une recherche littéraire et artistique, philosophique et mystique. Je sais par divers témoignages, dont celui du cardinal Jean-Marie Lustiger, que le pape s’était reconnu dans cette restitution de son passé intellectuel. Nous sommes aux antipodes d’une gnose steinerienne ! Mais je ne puis résumer ici l’importance de l’enracinement dans la littérature polonaise, la découverte de la phénoménologie, notamment avec Max Scheler, et enfin l’introduction à la mystique du Carmel par la médiation privilégiée de saint Jean de la Croix. Mais c’est cela qui compte d’abord. Il est vrai que le jeune Karol Wojtyla a privilégié alors la voie philosophique et l’interrogation anthropologique. En quoi était-ce illégitime ?

      Parce qu’elle aboutirait à l’anthropocentrisme ? Évidemment non, puisque la vocation singulière de l’homme créé à l’image et comme à la ressemblance de Dieu le conduit à la prise de conscience directe de son lien avec le Christ, qui l’appelle intérieurement pour le sauver ! Que l’homme moderne ait à découvrir le Christ, n’est-ce pas un évidence, mais c’est afin de mieux le suivre ! Et puisque « Augustin » se réclame du grand docteur d’Hippone, je me permettrai de lui rappeler que l’itinéraire du docteur de la grâce ressemble étrangement à celui de Jean-Paul II. C’est par une expérience singulière qu’Augustin découvre le « maître intérieur ». Pour l’expliquer, il s’applique à explorer ce qu’il appelle « les immenses palais de la mémoire », ce qui équivaut à établir une relation anthropologique et personnelle avec un Christ de la Révélation, qui nous appelle au plus intime de notre intimité.

      Que Karol Wojtyla ait tracé une voie au sein de la culture contemporaine afin que l’homme d’aujourd’hui retrouve l’appel augustinien, je ne vois pas où est l’erreur ou « l’idéologie » ! Si l’on conteste un tel chemin apologétique, alors il faut refuser toute la tradition catholique depuis les origines, où elle découvre son bien dans sa relation avec la culture antique jusqu’à un Newman qui établit les conditions intérieures de l’accueil de la foi. Il y a un effort continu tout au long de l’histoire de l’Église pour faire entendre la Bonne nouvelle, à travers une confrontation exigeante à l’égard d’une pensée toujours en mouvement.

      Que l’interrogation sur l’homme ait revêtu à l’âge moderne une singulière importance, qui pourrait le nier ? Que l’homme puisse être objet d’admiration et d’étonnement, le christianisme n’a jamais contesté à Sophocle le droit de l’affirmer ! « Nombreuses sont les merveilles du monde, mais la plus grande de ces merveilles reste l’homme. » N’était-ce pas le psalmiste qui de son côté chantait : « À peine le fis-tu moindre qu’un dieu le couronnant de gloire et de splendeur. »

      Nous savons bien que cette splendeur est entamée gravement par la morsure du pêché et qu’Augustin d’Hippone fut le redoutable découvreur de l’abîme qui nous valut un tel Sauveur. Mais tout l’enseignement de Jean-Paul II a été destiné à faire retentir l’appel du Christ Rédempteur, du Père riche en miséricorde et de l’Esprit vivificateur pour restaurer, selon la parole du rite extraordinaire, notre humanité d’une façon plus admirable encore. Comment pouvez-vous, « Augustin », émettre un doute à propos de la centralité trinitaire de ce pape, alors que Jean-Paul II a tout recentré son enseignement précisément sur le mystère trinitaire, dont il voulut qu’il fût médité par toute l’Église durant le Triduum préparatoire au jubilé de l’an 2000 ?

      J’ai sur mon bureau le volume unique rassemblant toutes les encycliques du pontificat, à l’initiative très heureuse de la maison Téqui. Je vous défie, à la relecture d’une telle somme, d’étayer un seul motif de votre réquisitoire, qui se trouve démenti d’un bout à l’autre, avec l’autorité du magistère pétrinien.

      De l’autre partie de votre lettre, je ne dirai rien, sauf que je respecte infiniment la douleur de ceux qui ont gardé au cœur l’agonie de la seconde chrétienté d’Afrique du Nord. Cela s’inscrit aussi dans le mystère d’iniquité, avec toutes les plaies béantes au flanc de notre histoire. Que Dieu, selon sa providence, nous aide à découvrir la grâce rédemptrice méritée par ceux qui ont ainsi souffert pour le Royaume !

  • @ G.L.

    C’est encore, en creux, un des signes de la sainteté de J.P. II que de se voir l’objet d’attaques aussi âcres et pleines de venin au sein même de l’Eglise...

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