Traduit par Pierre

Une leçon d’Histoire catholique sur la guerre de sécession.

par George J. Marlin

mercredi 4 septembre 2013

Début juillet dernier, les États-Unis célébraient le cent-cinquantième anniversaire de la victoire de l’Union à la bataille de Gettysburg. Sommet de la commémoration, plus de dix-mille personnes en costumes d’époque participaient à une reconstitution dans le Parc national de Gettysburg en Pensylvanie.

On s’est peu intéressé, cependant, aux événements tragiques survenus dix jours après que les forces du Générale Meades eurent repoussé en Virginie les troupes du Général Lee : les émeutes des New-Yorkais contre la conscription.

Quand Lincoln signa la Loi de conscription en 1863, de nombreux catholiques exprimèrent la crainte d’être traités inéquitablement par les quotas de recrutement. Ils pensaient aussi que l’artifice de rachat de remplaçants était une forme de discrimination à l’égard des pauvres catholiques. Les riches protestants anglo-saxons pouvaient acheter leur exemption en offrant 300 dollars à de pauvres catholiques. Ainsi, un futur président, Grover Cleveland, et les pères de deux futurs présidents, James Roosevelt (père de Franklin Roosevelt) et Theodore Roosevelt senior bénéficièrent de cette clause légale pour échapper à la conscription.

À New York les Irlandais étaient choqués de voir les Noirs Américains exemptés de service, et selon eux les quotas étaient fixés pour pénaliser le corps électoral catholique pro-Démocrate dans leurs quartiers et d’y baillonner le mouvement syndicaliste. Selon le New York Daily News le but était « de faire partir les Démocrates à l’armée afin que les Républicains remportent les élections. »
À voir les effectifs recrutés dans les circonscriptions électorales de l’État de New York, l’accusation était vraisemblablement fondée. Dans les circonscriptions catholiques de Manhattan et de Brooklyn on relève parmi les recrues une disproportion flagrante avec les circonscriptions à majorité protestante du Nord de l’État.

Dans un violent discours prononcé lors de la fête de l’Indépendance [4 juillet] le Gouverneur Démocrate de l’État de New York Horatio Seymour déclara à ses électeurs :

« Rappelez-vous que la doctrine sanglante, traitresse, révolutionnaire du bien public peut être soutenue tant par la populace que par le gouvernement. »

Horace Greeley, rédacteur en chef du New York Tribune attisa les passions par un éditorial adressé à l’Archevêque J.J. Hugues, lui reprochant : « Vos gens sont une des causes de cette guerre par leur adhésion au Parti Démocrate, leur vote pour Polk [Président des USA 1845-1849] en 1844, leur soutien à la guerre contre le Mexique [1846 - 1848], et le refus de vos prêtres de prêcher pour l’abolition de l’esclavage des noirs. Vos gens — ajoutait-il, hargneux — ont été des années durant, et sont encore, les soutiens des abus contre cette race persécutée. »

Ces discours plus le début des recrutements mirent le feu et le 13 juillet 1863 l’enfer se déchaîna dans la ville de New York. Après le tirage au sort à la Neuvième Circonscription une horde de travailleurs étrangers attaqua le bâtiment. Cet incident fut l’étincelle initiale des émeutes qui feraient rage dans la ville les jours suivants. Des habitations, des bureaux de recrutement, des hotels, des bars, des restaurants furent mis à sac, de riches Républicains des quartiers aisés et des Noirs libres furent agressés.

Horace Greeley, à la vue de la ville en flammes, se tourna vers l’archevêque qu’il venait d’attaquer pour calmer les émeutiers. Mgr. Hughes, agonisant, lança un appel, tout en rappelant à Greeley sa responsabilité :

« Malgré les attaques de M. Greeley contre les Irlandais, face à la grave situation dans notre cité, j’en appelle, non seulement aux Irlandais, mais à tous ceux qui aiment Dieu et révèrent la sainte religion catholique qui est la leur : que chacun rentre chez soi dès que possible et renonce à l’intention apparemment délibérée de perturber la paix et les droits civiques des citoyens de New York. »

Le 15 juillet des troupes arrivèrent de Gettysburg pour mater l’émeute. Ce soir-là l’Archevêque Hugues fit placarder des tracts dans toute la ville :

« Aux hommes de New York que beaucoup de journaux traitent d’émeutiers :

New-Yorkais ! Bloqué par le rhumatisme, je ne peux aller vers vous, mais ce n’est pas une raison pour vous abstenir de me rendre visite, vous qui êtes en pleine santé. Venez à moi demain vendredi, à quatorze heures à ma résidence, .... et avec votre permission, je resterai assis pour vous parler. Ma voix est bien plus forte que mes articulations. Je m’engage personnellement à ce que, venant me rendre visite ou sur le chemin du retour, vous ne serez l’objet d’aucune manifestation de la part de la municipalité ou des forces armées. »

Cinq mille personnes s’assemblèrent devant la résidence archiépiscopale. Trop faible pour se lever, Hugues resta dans son fauteuil pour leur parler. Il rappela à ses ouailles : « Un homme a le droit de défendre sa cabane, s’il ne possède pas mieux, ou sa maison, ou son Église, au péril de sa vie ; mais sa cause doit toujours être juste ; elle doit être portée à la défense, jamais à une attaque. »

Après des acclamations et une bénédiction finale, il invita la foule à rentrer à la maison, et, à l’unisson, tous répondirent « Oui ! »

L’appel de Mgr Hugues fut efficace. Les émeutes cessèrent, mais le mal était fait. Des dégâts évalués à des millions en destruction de biens, et 105 morts — 84 tués par la police ou l’armée, 11 noirs et 10 policiers, par les émeutiers.

Peu après, Boss William Marcy Tweed, protestant, président de "Tammany Hall" [association proche du Parti Démocrate] créa une fondation afin de payer les 300 dollars de rachat de conscription "pour les cas difficiles". La revue protestante influente Harper’s s’éleva contre les propos inacceptables tenus par les semblables de Horace Greeley :

« Rappelons, pour compenser la réprobation que, selon Mgr. Hugues, les émeutes de la semaine dernière ont jetée sur la réputation des Irlandais, alors que dans de nombreux quartiers de la ville les Irlandais se sont comportés comme de solides soutiens de la loi et de l’ordre... que le Clergé catholique romain a porté son influence au service de la loi... il faut rappeler que la leçon à tirer de cette émeute est trop importante pour ranimer les préjugés des Maîtres-ignares. »

Et cependant, deux cent cinquante mille catholiques combattirent courageusement sur les champs de bataille. Dans une Amérique de plus en plus hostile au catholicisme, il est bon de rappeler ces faits et autres événements où les catholiques ont été victimes de discriminations, et où leur contribution considérable à l’essor de la nation a été simplement ignorée.

Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2013/a-catholic-civil-war-history-lesson.html

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NDT : l’expression "guerre de sécession" est typiquement française. Aux États-Unis, on parle de "civil war" (guerre civile) pour désigner ces événements tragiques survenus au cours de la seconde moitié du dix-neuvième siècle — il n’y a pas si longtemps ; et les cicatrices sont encore douloureuses dans les régions où eurent lieu les combats.


Gravure : John Joseph Hugues, premier Archevêque de New York.

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