Une France bloquée

par Gérard Leclerc

mercredi 28 novembre 2018

Comment surmonter un tel défi social, qui ne dépend pas seulement d’une mauvaise conjoncture, d’une décision ou d’une réforme impopulaire, mais s’enracine profondément dans le tissu de notre pays ? Par une seule intervention, qu’il avait sûrement travaillée avec le plus grand soin, lui et ses collaborateurs, le président Macron avait-il seulement la possibilité de changer la donne, modifier le climat, disposer d’un minimum d’attention de la part de ceux qui le contestent si violemment ? On pouvait avoir le sentiment que la tâche était démesurée. Le président y croyait-il lui-même ? Sans doute pas. Son objectif n’était pas de convaincre ses opposants, mais de prendre de la distance afin d’exposer les enjeux capitaux du devenir écologique du pays, de la hauteur de vue d’un politique investi d’une responsabilité écrasante. S’il avait voulu convaincre, il se serait directement et uniquement adressé aux gilets jaunes, pour leur faire sentir toute la sincérité de son empathie, sa volonté farouche de leur tendre la main, quitte à se livrer à un exercice presque pathétique.

Cela n’a pas été le cas. Ce n’est probablement pas dans le tempérament d’Emmanuel Macron, qui, pourtant, a esquissé quelques gestes de compréhension, insuffisants pour ébranler une opinion complètement crispée. Dès lors, que peut-il résulter de tout cela ? Est-il vrai que cela ne peut aller que de mal en pis ? Si l’on en croit ce redoutable porte-parole de la contestation qu’est François Ruffin, de la France insoumise, c’est le pire qui nous attend. Dans Libération, il adressait hier une philippique terrible au président. C’était, il est vrai, pour réitérer une première apostrophe publiée pendant la campagne présidentielle : « Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï. Je vous le martèle parce que, avec votre cour, avec votre campagne, avec la bourgeoisie qui vous entoure, vous êtes frappé de surdité sociale (…). C’est un fossé de classe, qui, face à vous, se creuse. »

On peut aussi détester la hargne de François Ruffin, estimer qu’elle nous coince dans une impasse dangereuse. On ne peut l’ignorer, avec l’écho qu’elle a dans le pays, et les conséquences qu’elle entraîne, politiquement. Car il semble bien que l’espace du président s’est considérablement rétréci. Et qu’il n’a plus la possibilité de l’élargir à nouveau. Dès lors, c’est le quinquennat qui est compromis, avec son projet néolibéral de réforme générale et d’expansion économique dans les flux de la mondialisation. Les gilets jaunes ne sont pas un épisode, ils sont le symptôme d’une France bloquée.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 novembre 2018.

Messages

  • Enfin, si ma mémoire est bonne, la semaine dernière j’ai lu dans la France Catholique le mot "relocalisation" ou "reterritorialisation" et surtout, Thomas Legrand sur France inter a évoqué ce matin que depuis 40 ans nous sommes victimes de multiples délocalisations : les usines, les services publics, les commerces, les services de santé, scolaire etc., etc., bref, une multitude d’obligation d’avoir recours à cette "fumeuse" mobilité.
    On peut comparer cela au simplet qui au lieu de boucher la fuite s’agrandissant de son tonneau, courre de plus en plus vite le remplir............
    Il me semble qu’au lieu de prendre les français pour des simplets en les leurrant sur le remède par la "mobilité", il faudrait les convaincre d’une volonté de ne plus les obliger y avoir recours .
    Une politique de réaménagement de notre territoire me semble plus crédible .

    Carl Edouin

  • Cher Monsieur,
    Non, je ne crois pas que la France soit "bloquée". Ce qui se passe n’est pas la faute de "la France", mais entièrement la faute d’un pouvoir malhonnête. Il n’est pas le seul responsable (la France est très mal gouvernée depuis 40 ans), mais on sait bien qu’Emmanuel Macron a été "élu" suite à une sorte de "coup d’état médiatique", par une minorité d’électeurs abusés par une incroyable propagande des. grands médias, avec une abstention et un nombre de votes nuls record. On sait bien qu’il n’est pas là pour aider et défendre la France et les Français, comme l’exigerait son mandat. Il est commandité par la finance mondialiste, qui veut faire disparaître les états, en tout cas ceux d’Europe occidentale, car il ne fera pas disparaître par exemple la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis n’est-ce pas ?
    Il ne changera pas de politique. Mais cette fois, une majorité de Français le rejette clairement, lui et sa clique mondialiste et "écolo", qui prétend "sauver la planète" en faisant payer les Français alors que la France est probablement le pays développé qui pollue le moins (voir les chiffres de l’Agence Internationale de l’Energie (site en Anglais : Key World Energy Statistics), que au Quatar, grand ami de la France, on construit des stades de foot-ball en plein air CLIMATISES ! etc.
    De plus, ce mouvement cristallise tous les mécontentements : l’abus insupportable des prélèvements obligatoires qui ne cessent d’augmenter, les réformes sociétales qu’une forte majorité refuse malgré un incroyable pilonnage médiatique, l’incapacité à relancer l’industrie française pour réduire le chômage, la volonté évidente de favoriser et même d’augmenter l’invasion migratoire sous de pitoyables prétextes charitables, etc. etc.
    Je crains que tout cela finisse mal mais la responsabilité en incombe totalement à notre gouvernement et à notre classe dirigeante égoïste et prisonnière de ses marottes. incapable de s’intéresser au bien commun de notre pays, que souvent ils méprisent.

  • Et si encore les projets de « transition écologique » par exemple, étaient fondés, sûrs...
    Or de plus en plus, les choix sont contestés...
    Voiture électrique ? Quand chaque hiver, dès que le froid s’installe EDF lance un avis prévenant que l’on risque de manquer d’électricite Parce que sa consommation dêpasse l’énergie disponible ? Quand déjà les batteries de téléphones et autres ordinateurs posent un problème de fournitures de matière premières rares, de l’esclavage entraîné et de la difficulté pour le moment insurmontable du stockage des batteries usées, et de leur impossible destruction ?
    Quand le coût des batteries dépasse parfois celui des voitures elles-mêmes ?

    L’éolien devient un sujet de dévoilements successifs de scandales...Avec leur coût, les difficultés de réparations, l’entretien d’entreprises chinoises et allemandes (alors que l’Allemagne ne les privilégie pas du tout ; et pourquoi donc ?)

    Par les limites inhérentes à ses sciences comme à leurs applications techniques, l’homme détruit l’agriculture (la seule disparition à 80% des abeilles en Europe rend inéluctables de prochaines famines, en Europe donc, car elles seules fécondent les plants), détruit les agriculteurs (poids des emprunts, poids des banques, matériels et produits fauteurs de stress et de maladies)...Les océans, en plus de transporter comme le Pacifique la radio activité due à la catastrophe de la centrale japonaise (vous mangez du poisson de cet océan ?) sont devenus un cimetière des plastiques surconsommés et non triés par Asie et Afrique. Les poissons en ingurgitent et en meurent, pendant que ceux de nos rivières ne peuvent plus se reproduire du simple fait de l’importance des rejets d’hormones femelles par les humains consommateurs de pilules anticonceptionnelles (rejets que les messieurs ingurgitent aussi tout autant dans l’eau de consommation courante, cuisson et boisson, perdant, et rapidement de leur fertilité. Et aussi de leur virilité ?)
    Les pays pauvres devenus des dépotoirs d’ordures difficiles à détruire...

    Tout ceci ne suffirait-il pas à « baisser d’un ton » sur les exorbitantes prétentions techniques, industrielles et « scientifiques » , ou lorsqu’on se réfère à certains organismes à la philanthropie douteuse qui assènent leurs certitudes avec volonté de puissance, même lorsqu’elles sont contredites par d’autres sphères de scientifiques et par les faits (voir toutes les prophéties sur les changements climatiques d’il y a 15 ans d’organismes pourtant encore « crus » inattaquables) ?

    Les « lendemains qui chantent » promis et par le communisme et par le libéralisme (la société de Loisirs, annoncée il y a 40 ans par des gens aussi bardés de diplômes qu’aujourd’hui leurs successeurs), ces lendemains non seulement ne sont pas venus, mais ne viendront pas.

    Les gens encore près du réel, pas complètement entraînés par le virtuel qu’est l’argent, et ses créations actuelles, le savent.
    Non seulement ils ont perdu un certain mode de vie « humain » (même la solidarité devant une vie rude rend plus humain la plupart...), non seulement ils ne peuvent plus espérer se soigner, s’éduquer comme la génération précédente, mais ils savent que le pire est devant, et que leurs successeurs connaîtront encore d’autres appauvrissements de toute nature, concernant et réduisant humanité, société, culture, travail, réponse aux besoins essentiels,,,

  • Après la catastrophe de ce samedi noir sur les champs elysées ; mais surtout avec l’intention, pour certains gilets jaunes, de vouloir recommencer samedi prochain, je ne fais plus partie des 75% de français solidaires de ce mouvement !
    Trop c’est trop ! S’ils veulent nous refaire 1789 ils faut qu’ils le disent clairement. J’aimerais bien connaître la réalité des revenus de ceux qui manifestent et qui crient haut et fort qu’ils ne peuvent s’en sortir. Je propose que l’on prenne au hasard 10 gilets jaunes, d’âges différents, et que l’on épluche honnêtement leurs revenus personnels. Je suis prêt à parier que sur les 10 au moins 5 dépasseraient le seuil des 1300 € mensuels ! ...
    mimov retraité aide comptable, en colère et inquiet !

  • @ Vincent
    Je ne sais pas, cher Monsieur, quel critère, ni quel mode de calcul vous font vous fixer à un seuil de 1300 euros.
    Il se trouve (j’en connais) des gens, certes vraisemblablement pas très nombreux, qui s’en sortent pas mal du tout avec un revenu à peu près équivalent. Sauf que... Sauf qu’il faut prendre en compte la totalité des paramètres.
    Lorsque vous vivez avec une maison et quelque terrain hérités depuis longtemps, que vous avez la chance d’habiter une commune où la taxe foncière et la taxe d’habitation sont modérées, que votre jardin vous approvisionne (moyennant labeur) substantiellement et que vous n’êtes pas contraint à devoir en permanence vous servir d’un véhicule personnel pour toutes les démarches usuelles, vous pourriez presque faire figure de "privilégié".

    En revanche, si votre loyer avoisine déjà les 1000 euros (un tel montant n’autorise pas une superficie exorbitante en beaucoup d’endroits), qu’il vous faut entretenir un véhicule, faire de nombreux km, etc, un salaire de 2000 euros est très loin d’être un luxe insolent.

    Tout ceci pour dire qu’annoncer une somme en l’air (comme le fait souvent le gouvernement) à titre de ligne de démarcation n’a aucun sens. Il faut entrer dans la complexité et le détail des situations individuelles pour effectuer des comparaisons valides et avant de se risquer à d’injustes généralisations.

    Les gens qui manifestent sous gilet vert ont de réelles difficultés. J’en ai rencontré un certain nombre sur quelques points. Ils peuvent être retraités (beaucoup), salariés, chômeurs, commerçants, agriculteurs, chefs de petite entreprise, etc. Tous racontent la dégradation (parfois dramatique) de leur situation et une inquiétante absence de perspective positive.

    Qu’il y ait eu du désordre sur les Champs, c’était inévitable. A Paris, même une manifestation de bonnes soeurs se terminerait par les habituelles violences et provocations des habitués...
    Sans compter qu’il y a des désordres qui arrangent les affaires du pouvoir ; de là à ne pas les déplorer, il y a parfois moins de distance qu’entre Matignon et la place Bauveau...

    Quant à vouloir continuer le mouvement, qui pourrait s’en étonner ? Les gilets jaunes n’ont manifestement (c’est le cas de le dire) pas été entendus. Le discours présidentiel de mardi n’a été qu’une longue diversion filandreuse, l’annonce d’un léger changement de procédé pour des objectifs rigoureusement identiques !
    Que les gilets jaunes soient frustrés (certains n’ont rien compris au charabia technocratique macronien) et renforcés dans leur colère et leur motivation (*) n’a donc rien de surprenant. Le pouvoir ne les prend pas encore au sérieux, se moque d’eux et joue l’usure du temps et de l’énergie.

    * les accusations de peste brune, d’homophobie, etc. proférées par la Macronie à l’encontre des manifestants passe très mal auprès d’eux et ils prennent cela pour un intolérable mépris de la part du pouvoir...

  • Parce qu’avec plus de 1300 € par mois on n’est pas à plaindre ? à condition d’avoir une bonne santé car si le retraité doit aller en maison de retraite soit 2000 à 3000€ mensuels, tant pis pour les enfants et petits enfants qui paieront
    Le gouvernement était solide car pas un fonctionnaire ne faisait défection avec les gilets jaunes. Mais voila, samedi prochain la manifestation continue sur les champs Elysées et ce sont les riverains et la mairie de Paris qui ont forcé le premier ministre à recevoir une délégation de gilets jaunes vendredi. Pour gagner du temps ?

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