Une Espagne plurielle

par F.X. Esponde, Pax Christi Bayonne

lundi 2 octobre 2017

L’Espagne avait dessiné la carte politique du pays en dix sept provinces autonomes depuis 1978 plus deux villes autonomes Ceuta et Melilla depuis la fin du franquisme et l’avénement de la démocratie.

Mais l’histoire passée se rappelle à la mémoire du temps présent.

Chacun se souvient du sort réservé au comte de Barcelone Juan de Bourbon de Bourbon, par le général Franco qui plaça le fils et non le père à la tête de la monarchie espagnole.

Père du roi Juan Carlos, grand-père du roi Felipe VI d’Espagne gouvernant le royaume aujourd’hui, le comte de Barcelone connut l’exil et la disgrâce et chacun sait les raisons d’une hostilité entre deux hommes qui ne comprenaient pas la gouvernance du pays selon les mêmes principes historiques de la Catalogne et de l’Espagne, attachée à la monarchie royale mais sans cesse en difficulté avec les institutions nationales du pays.

Après 40 ans déjà de gouvernance régionale et autonomique, la Catalogne réclame avec insistance une indépendance comme en d’autres landers, provinces et royaumes européens et le Québec.

L’unité de l’Espagne, la nation espagnole confrontée aux nations du royaume selon les termes des régionalistes, est un défi majeur de la démocratie ibérique.

La royauté dispose sans aucun doute d’une légitimité historique car les institutions politiques actuelles sont récentes et la confrontation entre la capitale Madrid et les têtes provinciales demeure latente.

L‘émulation économique devenue la compétition de facto des provinces entre elles, et des administrations autonomes avec l’administration centrale de l’etat espagnol ont rendu les rapports des institutions difficiles.

Plus d’autonomie tue l’unité nationale, les différences réelles des économies du nord et du sud du pays engendrent des disparités préoccupantes pour les gouvernements régionaux.

La Catalogne citée comme la première économie de l’espagne aspire à l’indépendance de fait mais dans une région divisée entre les partisans et les opposants d’une séparation institutionnelle avec le pays.

Ce premier octobre le référendum déclaré illicite par le Tribunal constitutionnel espagnol eut lieu sous la présence des Mossos, de la Police Nationale et des polices régionales écartées pour désobéissance civile, mais les conditions de la tenue d’une consultation référendaire n’étant pas reconnues licites, le vote s’apparenta à une provocation virtuelle, contestée par le gouvernement espagnol, les juges et les autorités locales.

Une déclaration unilatérale d’indépendance, le soir même de l’élection par le Président du gouvernement catalan Carles Puigdemont, une réponse cinglante du chef du gouvernement Mario Rajoy, des débats enflammés sur les chaines de télévision nationale et régionale, pour justifier et valider pour les uns les résultats, pour les autres la tenue d’une élection sans légitimité, sans contrôle, sans preuve, demeureront pour l’histoire...

L’Espagne a vécu une journée insolite pour une démocratie européenne évoluée, aux yeux du monde extérieur peu habituée à un tel enchainement de faits et gestes pour un référendum somme toute possible en toute nation libre.

Mais le lendemain de cette élection augure déjà des réalités auxquelles le pays sera confronté.

La nécessité du dialogue intérieur et extérieur avec la capitale et les autres provinces autonomes espagnoles.

Le Parlement à Madrid, le gouvernement, l’armée, la justice, n’accepteront pas la sécession d’une province.

La responsabilité effective du parlement de Madrid, des partis politiques représentés, pour promouvoir un dialogue interrompu entre les deux exécutifs pour l’heure devient une urgence démocratique.

La perspective d’élections nationales anticipées de 2019 à 2018 semble se poser.

Mais les partis PP et PSOE, parmi les deux plus importants préfèrent régler la question catalane pour éviter des interférences latentes à venir.

La presse d’élections autonomiques en Catalogne pour corriger les effets dévastateurs d’un référendum avorté, mais réel ayant réuni près de la moitié de la population catalane, devient urgente.

Un large dialogue va désormais donner le change à l’image détériorée ce 1er octobre d’un grand pays européen miné par ses querelles internes.

Parmi les trois provinces les plus autonomes du pays, la Catalogne, les Baléares et l’Euskadi, le modèle acquis dans la province basque semble inspirer les Catalans.

Plus de pouvoirs délégués à la région sur le droit de disposer des recettes de l’impôt, plus de liberté pour la gestion des infrastructures portuaires, les voies de circulation, les transports,

Plus de droits en matière d’éducation et de formation professionnelle et universitaire.

Plus de liberté en matière de santé et de gestion des espaces sanitaires de la province.

Un désir de reconnaissance institutionnelle hors l’Espagne, auprès de l’Europe et les peuples du monde pour la vieille Catalogne, une entité historique de premier niveau en Espagne.

La royauté espagnole appelée en recours aura désormais une mission première au cœur de ce débat tendu et latent.

Juan Carlos 1er fut le roi de la transition démocratique espagnole, son fils le roi Felipe VI deviendra de toute évidence le monarque de la pacification des provinces du royaume.

Un sujet de débat actuel pour l’Espagne dans sa fierté naturelle, “el orgullo nacional ” qui porte dans ses gènes historiques le défi de la passion pour la vie politique comme un héritage indélébile !

Messages

  • Merci pour cet article qui expose la problématique catalane de façon claire et dépassionnée. Ce qui n’est pas le cas de la sphère médiatique qui, comme à l’accoutumée, obscurcit le débat par ses positions partisanes (c’est devenu ça, le journalisme...) (*). Par exemple, cette petite phrase insidieusement répétée et accompagnant des images de brutalités policières : "les Catalans qui voulaient simplement voter". Tout comme les trains, une réalité peut en masquer une autre...

    Je suis, pour ma part, furieusement pour la liberté des peuples de choisir leur destin. C’est ainsi que je soutiens la liberté de la Crimée à s’affranchir de la tutelle mortifère et criminelle de l’Ukraine de Maïdan et de Tourtchinov. Tout autant je soutiens la lutte pour la souveraineté du peuple Français face à la tutelle confiscatoire de Bruxelles et face à la puissance nord-atlantiste qui aura bientôt achevé son travail de vassalisation.

    Toute la question est cependant de savoir ce qui constitue un peuple et en quoi il est légitimement fondé à vouloir se séparer de l’ensemble plus large - ici, la nation - dont il fait partie.

    Faut-il retenir un critère ethnique ou racial, un critère linguistique ou encore un critère géographique pour définir le contour et les frontières d’un "peuple" ?

    Serait-il légitime et acceptable que la Bretagne exige un référendum pour obtenir son détachement de la tutelle française ou bien que la Vendée le demande au nom des combats historiques menés contre les armées révolutionnaires ? Ou encore que la Savoie réclame son indépendance (elle n’est française que depuis peu...) ?

    Les Catalans constituent-ils un peuple ou ne sont-ils qu’une fraction du peuple espagnol ? Subissent-ils une oppression qui justifie et légitime une sécession ?

    Ne s’agirait-il pas, en l’occurrence, d’une manipulation opérée par une minorité qui instrumentalise les réflexes identitaires d’une population et ses attentes déçues à l’égard du pouvoir central ?

    Ce n’est pas être complotiste non plus que de subodorer des manœuvres "bruxelloises", en coulisses, pour diffuser un séparatisme propre à fissurer l’unité des vieilles nations (donc les souverainetés nationales) au profit de cette chimère oligarchique que le Jupiter-minus Macron nomme ’souveraineté européenne’ ? (**)

    Karine Bechet-Golovko évoque dans son blogue la question du référendum catalan : http://russiepolitics.blogspot.fr/2017/10/billet-dhumeur-quels-90-de-la.html?m=1

    * Et la Crimée ? Bel exemple de deux poids, deux mesures. Les médias (et les politiques) persévèrent dans leur parti-pris unilatéral. Il est vrai qu’on ne saurait offenser la doctrine d’encerclement qui est celle de Washington et de l’Otan, les maîtres à penser de la médiasphère...

    ** Il n’existe pas de peuple européen ! Il existe en revanche des peuples d’Europe... Et les nations correspondent (à quelques détails près) à ces peuples

  • Oui, Reginald...

    Une idée peut-être saugrenue au vu des événements, du tempo, de l’actualité etc... Comme un projet, ici et là et là-bas... Comment décrire... Prenons une image : à la fin d’un banquet voilà des gâteaux sur une table géante, un à droite, un autre gauche, le troisième plus loin... Coûteaux et spatules sont prêts et le partage peut commencer ; ces desserts sont fractionnés en autant de morceaux de façon à ce que chacun ait, c’est le cas de dire, sa part du gâteau, morcellement et parcellisation facilitant, n’est-ce pas, les grignotages.

    Tant pis pour la géopolitique si, entre tiramisù, charlotte et autres vacherin, ce tableau pâtissier faisait un peu tarte ! N’empêche que bien du monde se bouscule autour, la salive au coin des lèvres : un morceau pour toi, un morceau pour moi. Cependant faire gaffe : il y aurait à parier qu’au bout du festin, au lieu de se lécher l’index trempé dans la crème, les trop gourmands convives en viennent plutôt à se mordre les doigts.

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