Un vote pas très catholique

par Fabrice de Chanceuil

lundi 28 novembre 2016

François Fillon aura donc remporté l’élection primaire de la droite et du centre, distançant largement son concurrent Alain Juppé que les sondages prédisaient pourtant gagnants depuis de longs mois. Pour certains observateurs, la victoire de l’ancien maire de Sablé-sur-Sarthe est celle des catholiques qui semblent soudain ressurgir dans le paysage politique français après une longue période d’enfouissement consécutif tant à une posture de l’Église de France qu’à une certaine vision de la laïcité. Pourtant, il semble que les commentateurs ne soient pas plus heureux que les sondeurs dans leur analyse.

En quoi François Fillon représenterait-il l’électorat catholique ? En réunissant 66 % des 10 % du corps électoral qui a participé à ce scrutin, il ne saurait incarner les 56 % de Français qui, selon les dernières enquêtes sur le sujet, se revendiquent comme catholiques.

Certes, François Fillon est catholique affirmé mais appartient à cette frange de chrétiens, généralement plus représentée chez les protestants, qui considère que la foi appartient à la seule sphère privée. A ce titre, il considère que les lois de la République s’imposent aux religions. On sait bien qu’une telle formule vise aujourd’hui, en premier lieu, l’islam, mais le caractère général de l’expression vaut aussi pour le catholicisme. Or, depuis plusieurs années, de nombreuses lois ont été votées qui vont à l’encontre du magistère de l’Église.

Ainsi de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse ou plus récemment celle en faveur du mariage homosexuel. S’il n’a pas voté cette dernière, François Fillon a beaucoup insisté, au cours du dernier débat télévisé l’opposant à son concurrent, pour faire taire les insinuations selon lesquelles il pourrait être opposé à l’avortement, comme si cela devait constituer une tâche indélébile sur sa personne. Ne revenant pas sur ses déclarations selon lesquelles il était personnellement hostile, au nom de sa foi, à l’interruption volontaire de grossesse, il a préféré rappeler qu’il avait voté tous les textes en sa faveur, y compris la dernière en date en faisant un droit fondamental. Or, comment une même personne peut-elle croire qu’un acte intimement inacceptable puisse être un bien pour la société ?

Quant au mariage pour tous, François Fillon, à défaut de l’avoir voté, ne veut pas revenir sur la loi ni sur ses effets, promettant seulement de légiférer sur le droit à la filiation, ce qui n’est pas sans intérêt mais un peu court.

Au delà des questions sociétales, le programme de François Fillon ne s’inscrit pas à proprement parler dans la doctrine sociale de l’Église. On peut comprendre son souci de rupture afin de créer un choc salutaire à la fois pour vaincre le chômage et résorber les déficits publics. Mais dans cette volonté louable dans son principe mais brutale dans ses modalités, on cherche en vain l’option préférentielle pour les pauvres. « Non seulement la question de la pauvreté de masse n’est pas "prioritaire" aux yeux de la classe politique, mais la dérive libérale - à gauche et à droite - dissout cette question dans l’idéologie Medef. L’Église catholique voit les choses autrement. Pour que les choses aillent mieux, elle ne pense pas qu’il faille "libérer l’économie de ses blocages français". Elle pense qu’il faut redéfinir le sens de l’activité économique et de la vie en société. » a écrit récemment Patrice de Plunkett, essayiste catholique, sur son blogue. La politique libérale, voire « ultra-libérale » selon la formule consacrée, proposée par François Fillon ne va pas non plus dans le sens des dernières déclarations du pape François et notamment de l’Encyclique Laudato Si’. Bien que se présentant comme un adversaire de la pensée unique, François Fillon vise plus à sauver le système qu’à le transformer. Ignorant déjà l’écologie humaine, il ne s’intéresse pas davantage à l’écologie environnementale et aux menaces qui pèsent sur lui par une croissance fondée sur l’exploitation excessive de ressources limitées. « Le programme de Fillon, plus encore que celui de Juppé, tourne le dos aux critiques du Pape envers le système économique, et contredit ses appels à sortir du néolibéralisme. », écrit encore Patrice de Plunkett.

Dés lors, si l’on ne peut qu’être d’accord avec le refus de François Fillon de promouvoir une société multi-culturelle, on est en droit d’exiger qu’une société reconnue de culture chrétienne soit mue par des principes chrétiens et par une politique qui en soit la juste application.


http://www.france-catholique.fr/Cheyenne-Marie-Carron-La-chute-des.html

Messages

  • Personnellement, je me réjouit que Francois Fillon soit élu à la primaire. Dès le premier tour j’ai voté pour lui. C’est un homme intègre, qui représente bien tout ce que je veux pour la France et qui est tout à fait honnête de dire que ce qu’il croit en tant que chrétien. C’est autre chose pour diriger un pays tel que la France. Qu’attendez-vous ? Pensez-vous vraiment qu’un homme politique puisse être élu s’il dit qu’il revient sur, l’avortement, le mariage pour tous ? Regardez les résultats de Poisson ! Non, la France est faite d’un peuple divisé, depuis des décennies. Il y a des lois sur lesquelles on ne revient pas. En revanche, avec monsieur Fillon, les sites et autres associations qui parlent des alternatives à l’avortement ne seront plus sensurés et petit à petit, toutes les bonnes volontés de la vie civile, en œuvrant dans le sens de la Vie et de la famille pourront changer la société, pourront éviter la pauvreté, pourront éviter les drames. Oui, en résorbant le chômage, en redonnant du travail il y aura moins d’avortement, moins de divorces, moins de familles dans la détresse et alors petit à petit on ira vers un monde meilleur, on douceur. Soyez réaliste, soyez confiant et ne critiquez pas systématiquement les belles choses qui se passent.

    • Bien dit ! Rien à ajouter. HF

    • Dommage que vous n’ayez pas donné ses chances à Jean-Frédérique Poisson, le seul de cette bande dite "Les Républicains" à avoir nos idées, même s’il avait peu de chance de sortir vainqueur. En pratiquant à outrance le vote utile sur les outsider, les candidats qui ont nos idées se font laminer et peuvent perdre courage.
      En ce qui me concerne, j’ai voté pour mes idées au premier tour et pour le moins mauvais au second tour, mais en me bouchant le nez !

    • Tout à fait d’accord avec Laurence ;
      je pense aussi que les cathos doivent s’engager en politique, de façon plus permanente et non pas tous dans un unique parti, qui représenterait la quintescence du meilleur.

      Rappelons-nous que les choix politiques sont contingents et non pas absolus !...... Abstenons-nous de critiquer les choix différents des notres, mais préparons l’avenir du pays en apprenant à compter en poltique.

    • Je suis en plein accord avec ce que dit Laurence.
      Permettez néanmoins à l’ancien chef d’entreprise chrétien et économiste que je suis d’ajouter quelques compléments. On a en France une conception du libéralisme qui me parait erronée. On est loin de l’ultra libéralisme décrit par Joseph Stiglitz dans son livre " Le Triomphe de la Cupidité " ou de " la main invisible " sensée réguler le marché selon Adam Smith. Traiter F.Fillon d’ultra libéral ou même de libéral me fait bien rire. A ceux qui le pensent, je conseille de lire ou relire ce qu’a écrit Saint Jean-Paul II sur le capitalisme dans Centesimus Annus Chapitre IV paragraphe 42. Il y parle de façon positive de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique, de la libre créativité humaine dans le secteur économique. Bien évidemment tout ceci doit être " encadré par un contexte juridique ferme." Je n’ ai pas le sentiment que le programme économique de F.Fillon contredise ces paroles de Saint Jean-Paul II. Le Pape François dans Evangelii Gaudium reconnaît que " la vocation d’entrepreneur est un noble travail " au même titre que la vocation politique " une des formes les plus précieuses de la charité. "Il y a aussi beaucoup de charité dans l’acte d’entreprendre, plus qu’on le croit et ce n’est pas parce qu’il y a des capitalistes cupides ou des salaires de dirigeants excessifs qu’il faut généraliser. Plutôt que de libéralisme ne faudrait-il pas parler " d’économie libre" comme le propose Saint Jean-Paul II à propos du capitalisme. On éviterait ainsi des controverses stériles.
      Je crois qu’il est urgent de libérer notre économie de tous ses blocages, notamment ceux des corporatismes qui l’asphyxient. Il y aurait par exemple beaucoup à dire sur certains syndicats qui confondent, au nom d’une idéologie dépassée, politique et défense des travailleurs. Nous avons besoin de corps intermédiaires responsables pour rendre notre économie libre.
      L’alternance politique pointe à l’horizon à condition que tout le monde s’y mette. Nous avons la chance d’avoir un nouveau leader de la droite et du centre qui n’a pas peur d’afficher des convictions que nous catholiques pouvons partager. Impliquons nous, par différents moyens, non pas au nom d’une nouvelle croisade , mais pour le Bien Commun de la France. C’est ainsi que nous retrouverons le sens du politique comme nous le suggèrent nos évêques.

  • Dans une démocratie, il ne faut pas attendre des élus, et encore moins des candidats à une élection, le passage de lois contraires aux croyances et sentiments de la majorité des électeurs.
    Notre devoir en tant que Catholique est donc de convaincre nos voisins et connaissances pour que la majorité des français change de point de vue ou sortent de l’indifférence sur les sujets qui nous paraissent fondamentaux, et simultanément avoir une stratégie d’influence dans les partis pas trop éloignés de nos convictions (Cf Sens Commun).
    Quand à la pauvreté, ce n’est pas en contraignant les acteurs économiques et en faisant fuir les capitaux que l’on résout réellement le problème : c’est d’ailleurs étonnant que l’on ne veuille pas "idéologiquement" accepter cette réalité historique indéniable que pendant tous le XX ème siècle, pas une seule expérience socialiste ou communiste n’a réussie, quelle que soit la culture et le niveau économique de la société où elle a été mise en oeuvre

  • On peut se réjouir de l’élection de François Fillon pour tout ce qu’elle comporte de positif, mais d’un point de vue catholique, il fallait absolument signaler ses limites (non pas pour condamner François Fillon, mais favoriser une possible évolution) :
    d’abord dans le domaine sociétal, où l’on aura constaté qu’il approuvait tout à fait l’avortement et les dérives votées par la majorité actuelle, sans même oser rappeler que la loi Veil elle-même énonçait dans son article premier la valeur absolue de la vie humaine dès son commencement ;
    sans oser dire que l’embryon était un être humain ayant droit à la vie... Cette prise de position attendue ne signifiant pas pour autant qu’on va revenir sur la loi, mais qu’on va s’efforcer, par une politique familiale qu’il appelle de ses voeux, d’aider et d’accompagner les femmes en difficultés de tous ordres afin qu’elles mènent à bien leur grossesse. (Ceci est d’ailleurs souhaité par une grande proportion de français comme l’a rappelé un sondage pour Alliance Vita). Je signale en outre que la position pro-vie n’est pas d’abord une revendication "catholique", mais une position d’anthropologie naturelle, étant donné ce que nous savons aujourd’hui avec certitude de la nature de l’embryon dès sa conception. Mais peut-être notre candidat n’était-il pas suffisamment préparé pour défendre de telles affirmations. Il aurait dû s’inspirer de Jean-Frédéric Poisson...
    J’approuve d’autre part M. de Chanceuil quand il souligne la distance qui existe entre le programme socio-économique de F.F. et diverses positions de l’Eglise catholique : l’option préférentielle pour les pauvres, des pans entiers de son enseignement dans le domaine dit de "la doctrine sociale", et plus récemment de l’écologie environnementale...

    Ceci nous appelle à une grande vigilance critique. Il ne faudrait pas que les cathos, à l’occasion du surgissement de F.F. et des espoirs fondés qu’il représente en tant qu’ homme d’Etat , ainsi que sur les plans sociétal et national, disons identitaire et culturel pour faire bref, se trouvent rejetés et disqualifiés pour des positions très libérales, socialement et idéologiquement éloignées de la justice évangélique et des révisions drastiques auxquelles nous appelle l’encyclique "Laudato si".

  • "Dés lors, si l’on ne peut qu’être d’accord avec le refus de François Fillon de promouvoir une société multi-culturelle, on est en droit d’exiger qu’une société reconnue de culture chrétienne soit mue par des principes chrétiens et par une politique qui en soit la juste application."

    Vous en demandez trop, parce que la société française, si ses fondements sont chrétiens, n’est plus de "culture chrétienne". Le tournant a été pris vers 1970.

    il est donc irréaliste d’exiger que la politique du prochain président soit "l’application des principes chrétiens, car on ne va pas revenir à l’Etat chrétien sous prétexte que Fillon a sorti Juppé.

    Tout le défi de la candidature de F. Fillon est de savoir jusqu’où il pourra aller dans un changement véritable sans braquer une partie du pays contre l’autre alors que le libertarisme est devenu l’opinion commune à droite comme à gauche. Il suffit de parcourir le Figaro...

    Ce que M. Fillon a dit de l’IVG lors du dernier débat, il est vrai destiné à couper court à la diffamation qu’on entretenait contre lui, n’est pas le signe le plus encourageant.

    Quoiqu’il arrive, les catholiques n’ont pas à donner de chèque en blanc mais devront continuer de se montrer exigeants...

  • Bien dit M. Pouzoulet, et bien dit Laurence. Quant à M. de Chanceuil, il serait bien inspiré de ne pas confondre tache et tâche. Notre belle langue est massacrée de toutes parts : il est temps également de restaurer l’enseignement du français, de l’orthographe, de l’accentuation et de la ponctuation ! Vaste programme !

  • Mieux que de longs discours, voici un avis très avisé au sujet du programme de François Fillon, catho comme ci ou comme ça, ça ne change guère l’étreinte de la dette, de l’euro et de l’ "Eeurope" contre laquelle tout programme va butter forcément. Tourner autour du pot ne sert à rien.
    Vidéo avec Olivier Delamarche du 28 novembre (11 minutes15 secondes)

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/olivier-delamarche-vs-marc-touati-22-le-programme-de-francois-fillon-peut-il-etre-efficace-2811-889397.html

    • cf. : 29 novembre 14:00

      Chacun a sa manière de voir les choses, de les entendre, de les comprendre. Et échanger des points de vue sur tel et tel aspect d’un personnage, de ses idées, de sa démarche est susceptible de faire avancer et d’enrichir le débat.

      Après avoir vu et écouté M. F. Fillon à la Porte de Versailles, il ne serait pas interdit d’en déduire qu’on a eu droit a un discours bien préparé, bien construit et bien délivré. Des points en ont été développés, d’autres moins, bref il est permis d’admettre qu’en quelque deux heures de temps un projet aussi riche, et ambitieux, pourquoi pas, ne pouvait pas être décrit dans les plus infimes détails. Comme il est tout aussi vrai qu’il s’agissait du dernier discours d’un candidat avant la présidentielle ayant également pour objectif de galvaniser l’électeur, ce qui est dans la logique de la situation.

      Parmi les buts à atteindre Fillon a parlé d’une Europe, je cite : "appuyée sur l’euro qui peut devenir un atout entre les mains d’un gouvernement économique européen". "l’euro qui peut devenir un atout entre les mains d’un gouvernement économique européen"... Comment comprendre exactement cette phrase ? Que l’euro pourrait devenir un atout s’il était confié à un gouvernement économique européen ? Donc que l’euro tel qu’il est actuellement n’est pas un atout ? (Hollande avait déjà émis le souhait d’un tel gouvernement. Ou il y a erreur ?).

      François Fillon a, d’autre part, évoqué une France qui ne saurait être tributaire ni des uns ni des autres, et il est parfaitement légitime de vouloir l’indépendance pour son pays. Dès lors, peut-on considérer les pays englobés dans l’Union Européenne comme indépendants ?

      Les points du discours énumérés à la Porte de Versailles : croissance, sécurité, lutte contre le djihadisme etc... sont importants, comme l’est également l’aspect économique, peut-être même celui-là encore plus, justement afin que le reste suive. Et avec l’euro et la zone est-ce possible ? C’est là toute la question.

      Il n’est, peut-être, en rien inutile ni superflu de sensibiliser la compréhension sur ce volet du programme. Non que F. Fillon soit de mauvaise foi, mais parce que la conjoncture exige une vision sur le long terme qui soit à la hauteur des défis.

      P.S.
      N’étant pas habilité à "discuter économie" parce que non spécialiste en la matière, c’est au titre de simple lecteur que j’émets ces lignes.

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