Un procès exemplaire ?

par Gérard Leclerc

lundi 14 janvier 2019

J’avais, personnellement, beaucoup d’appréhension à l’approche du procès de Lyon, où le cardinal Philippe Barbarin était en accusation. Appréhension non pas à la perspective de « la libération de la parole ». Que la vérité s’exprime, qui pourrait ne pas le souhaiter ? Non, ma crainte venait de la possible expression d’une haine à l’égard d’une personne, enfermée dans le rôle du bouc émissaire. Elle était fondée sur la violence exprimée dans les réseaux sociaux et même sur l’animosité de beaucoup d’articles parus dans la presse. Si j’en crois les témoignages, cette crainte a été démentie. Dans La Croix, le père Christian Delorme, présent durant toute la durée du procès, est formel, la haine ne s’est pas exprimée dans l’enceinte du tribunal : « Au contraire, le climat était paisible, sans haine. »

J’ai beaucoup apprécié l’article conclusif de Pascale Robert-Diard dans Le Monde, un quotidien qui avait pourtant pris pour cible le cardinal. Elle parle d’un grand procès, exemplaire par sa solennité et son écoute : « Le moment était venu pour que, sous le regard du public, les visages et les mots des victimes du père Bernard Preynat s’impriment dans la conscience des représentants de l’Église. Seule une enceinte judiciaire, ce lieu organisé, civilisé, qui oblige les prévenus à écouter ceux qui les accusent et impose à leurs accusateurs d’entendre leur défense, pouvait lui donner cette solennité. »

Que la souffrance des victimes s’exprime, c’était l’impératif premier. J’ai de bonnes raisons de croire que le cardinal Barbarin l’avait déjà entendue et en était profondément remué. La réentendre était pour lui une épreuve spirituelle, gravée sur son visage. La dérive aurait consisté dans la volonté de le rendre coupable de ce dont il était innocent. Faire croire que Philippe Barbarin couvrait l’ignominie relève du mensonge. Par ailleurs, que l’Église ait à tirer toutes les conséquences du procès de Lyon, c’est une certitude. Que la hiérarchie ait été inférieure à ses responsabilités dans le passé, c’est malheureusement vrai, même si, en l’espèce, elle n’agissait pas autrement que les autres institutions. Le procès de Lyon aura au moins montré que la justice et la vérité peuvent se délivrer des stigmates de la haine.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 14 janvier 2019.

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