Un grand journaliste, Philippe Cohen

par Gérard Leclerc

mercredi 23 octobre 2013

Je garde en mémoire la conversation que nous eûmes avec Philippe Cohen, sur la tombe de Philippe Muray, le jour des obsèques de ce dernier. Nous avions accompagné la dépouille de ce grand critique littéraire et social, dont le seul nom de Balzac est digne de définir la stature, depuis l’église Notre-Dame des Champs jusqu’au cimetière Montparnasse. Pour le journaliste Philippe Cohen, l’auteur du Dix-neuvième siècle à travers les âges était un modèle d’indépendance et de jugement. Il est donc naturel pour moi d’associer la mémoire des deux Philippe, à l’heure où mon collègue le journaliste vient de nous quitter. Collègue, dis-je, oui il incarnait les valeurs du journalisme tel que je le conçois : pugnacité, courage et j’ajoute pour reprendre une vieille devise : « vérité quoi qu’il en coûte ».

Philippe Cohen avait des convictions, mais ces convictions il se les était, en quelque sorte, forgées au cours de son existence. Parti de l’extrême gauche trotskiste où il avait, paraît-il, connu un certain Edwy Plenel qu’il recroisera plus tard comme adversaire, il s’était retrouvé compagnon de Jean-Pierre Chevènement au moment de la candidature de ce dernier à la présidence de la République. Sa carrière professionnelle l’avait amené à la rédaction de Marianne, dès sa création en 1996 par Jean-François Kahn. On retiendra aussi le nom de Marc Bloch, grand historien et résistant fusillé par les nazis. C’est sous son patronage qu’il avait créé une fondation politique avec Élisabeth Lévy.

En 2003 il avait publié avec Pierre Péan un ouvrage qui était une véritable bombe, La face cachée du Monde. Oui, il s’agissait bien de notre quotidien dit de référence, sur lequel il tapait à boulets rouges avec son compère, déstabilisant le trio de direction de l’époque Colombani-Plenel-Minc, au point de provoquer leur éviction. Philippe Cohen était un combattant. J’imagine que s’il a cédé à un moment dans son combat contre la maladie, ce fut toujours avec le même courage. Il me plaît de le saluer et de présenter mes condoléances les plus amicales à son épouse et aux siens.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 23 octobre 2013.

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