Traduit par Antonina

Un examen de conscience à la sauce moderne

par Marian Crowe

samedi 14 octobre 2017

J’ai récemment résolu d’aller recevoir le sacrement de pénitence – ou plutôt de réconciliation, puisque tel est son nouveau nom. Parce que je ne m’étais pas confessée depuis longtemps, je me suis mise en quête d’un guide pour préparer ma confession. Mais celui que j’ai trouvé contenait un examen de conscience qui semblait terriblement démodé. Et j’ai décidé de composer le mien, en tenant dûment compte de l’interprétation contemporaine de la moralité.

Autrefois, l’idée de péché concernait surtout de mauvaises actions, principalement dans le domaine sexuel : « L’œuvre de chair ne désireras… » (Commandement bien antérieur à la révolution sexuelle qui nous a inculqué une attitude plus saine vis-à-vis de la sexualité). Il y avait quelques péchés par omission, comme manquer la messe du dimanche, mais l’accent était mis sur les péchés par action.

Un autre péché par action concernait l’alimentation : manger de la viande le vendredi ou trop manger. On était censé jeûner pendant le carême. Quelques catholiques renonçaient aussi à certains de leurs aliments favoris (chocolat, alcool, café) durant cette période, en pensant que ces renoncements leur « procuraient » la grâce. Ils avaient l’idée absurde que le sacrifice les aidait à éviter de pécher – un vestige du Moyen-âge, époque à laquelle les pénitents se flagellaient !

A présent, nous avons une conception plus positive de la moralité ; nous privilégions les bonnes actions, comme l’ouverture aux autres et l’éloge de la diversité raciale et sexuelle – mais pas la diversité de pensée parce que nous ne voulons pas imposer aux commun des mortels des idées inaccoutumées.

Un autre élément de mon examen de conscience est qu’il inclut les derniers concepts : reconnaître les odieux péchés de nos ancêtres nous rappelle que nous devons prier pour eux et réaliser que notre propre culpabilité peut résulter de leur mauvaise conduite. Nous comprenons à présent que le péché le plus grave est en réalité le péché social.

J’ai décidé de partager mon examen de conscience ainsi mis à jour avec d’autres catholiques. Si vous ne vous êtes pas confessés depuis longtemps, cette approche vous permettra peut-être de vous sentir plus à l’aise dans le confessionnal – ou plutôt, excusez-moi, l’espace de réconciliation – et d’avoir une expérience spirituelle beaucoup plus satisfaisante. Allons-y…

PRIERE AVANT L’EXAMEN DE CONSCIENCE :

Notre Père,

Ouvrez mon esprit et mon cœur pour que je sois pleinement consciente des péchés de mes parents, grands-parents et ancêtres. Aidez-moi à comprendre à quel point eux, ainsi que d’autres, ont contribué au développement des préjugés, de la pauvreté, du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la discrimination et des troubles sociaux, et à me repentir de leur incapacité à promouvoir la diversité et l’intégration.

Mes ancêtres étaient-ils racistes ?

Omettaient-ils d’utiliser le terme correct pour les identités nationales, comme Latino au lieu de Mexicain, Afro-Américain au lieu de Black ou (Dieu du ciel ! Nègre) ?

Préféraient-ils habiter dans un quartier peuplé de gens ayant les mêmes caractéristiques religieuses et ethniques qu’eux ?

Pensaient-ils que les minorités pouvaient effectivement être plus à l’aise et mieux s’épanouir au milieu de personnes de leur propre race ?

Envoyaient-ils leurs enfants dans une école catholique qui ne comptait pas d’élèves appartenant à des groupes minoritaires ?

Mes ancêtres irlandais commettaient-ils un crime d’appropriation culturelle indue, non seulement parce qu’ils aimaient la cuisine mexicaine, mais aussi parce qu’ils en préparaient à la maison, certains ayant même travaillé dans un restaurant mexicain ? (Notez que le terme mexicain est approprié quand il qualifie une cuisine, mais pas quand il s’agit d’une personne, ce que mes ancêtres n’avaient pas compris).

Ont-ils omis de se déclarer en faveur d’un salaire minimum plus élevé, suffisant pour nourrir une famille, pour tous, y compris les adolescents ?

Utilisaient-ils les mots homme ou hommes quand ils voulaient dire hommes et femmes, au mépris de l’écriture inclusive ?

Approuvaient-ils la politique de l’armée interdisant aux femmes de participer aux combats et limitant ainsi leurs possibilités de promotion ?

Ne trouvaient-ils pas injuste que certaines professions (soudure, bâtiment, plomberie, enseignement et personnel soignant) soient exercées par un sexe au détriment de l’autre ?

Incitaient-ils leurs filles à devenir enseignantes et infirmières et leurs fils à devenir hommes d’affaires et ingénieurs ?

S’opposaient-ils à ce que les étudiantes participent à des sports traditionnellement masculins comme le football [américain] et le catch ?

Pensaient-ils qu’il était déplacé de permettre à un être biologiquement masculin qui se sentait féminin de faire partie d’une équipe athlétique féminine ? Sympathisaient-ils avec les filles qui étaient frustrées de perdre quand les ex-garçons réalisaient de meilleures performances, au lieu de comprendre à quel point il est important de respecter le choix de son sexe par chaque personne, y compris du genre du pronom par lequel la personne souhaite être désignée ?

Préféraient-ils des toilettes pour hommes et pour femmes correspondant au sexe biologique des êtres humains ?

Etaient-ils convaincus que le mariage ne devait pas unir des personnes du même sexe ?

Non contents d’approuver les femmes épouses et mères à plein temps, pensaient-ils en plus que c’était l’idéal pour la plupart d’entre elles ?

Croyaient-ils qu’avoir des rapports sexuels en dehors du mariage était un péché très grave, amenant ainsi un grand nombre de personnes à se sentir coupables et gâchant leur première expérience sexuelle ?

S’opposaient-ils aux rapports sexuels avant le mariage, en compromettant ainsi leurs chances d’avoir une vie sexuelle satisfaisante, voire en épousant une personne avec laquelle ils n’étaient pas compatibles sur le plan sexuel ?

Pensaient-ils qu’il était honteux d’avoir un enfant hors mariage ?

Privaient-ils certains enfants de leurs mères parce qu’ils estimaient que les enfants sont dans de meilleures conditions avec une mère et un père, en encourageant de ce fait les mères célibataires à envisager l’adoption ?

Croyaient-ils que l’avortement est un acte extrêmement immoral et devrait être illégal, provoquant ainsi des conflits chez les femmes enceintes en voulant les priver du droit de contrôler leurs propres corps ?

Pensaient-ils que le christianisme était la seule vraie religion, en essayant de convertir les autres à la foi catholique, au mépris de l’œcuménisme ?

PRIERE APRES LA CONFESSION

Je vous remercie, Seigneur, de m’avoir aidée à me souvenir des péchés de mes ancêtres. Je suis sidérée quand je pense à leur sectarisme et à leur incapacité à pratiquer la justice sociale. Je vous remercie de ne pas être l’une de ces personnes immorales et rétrogrades. Je vais à la messe pendant le carême, je verse le denier du culte à ma paroisse et aux Catholic Relief Services…

Un moment, s’il vous plaît. Cela commence à me rappeler quelque chose. Où ai-je déjà entendu une déclaration de ce genre ?


Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/10/04/a-contemporary-examination-of-conscience/

Tableau : La Confession, John Opie, vers 1800 [collection privée]

Marian Crowe a obtenu son doctorat en anglais à l’Université Notre Dame [Indiana]. Elle a enseigné à Notre Dame et à Saint Mary’s College, mais est à présent à la retraite. Elle est l’auteur de Aiming at Heaven, Getting the Earth : The English Catholic Novel Today. Elle réside avec son mari Michael à South Bend (Indiana).

Messages

  • C’est avec un humour-bonbon acidulé que Marian Crowe aborde le sujet ; le pharisaïsme en prend pour son grade sur un ton mordant mais pas trop. Que l’on soit d’accord ou pas du tout le style donne à sourire avec bienveillance. Cependant, si l’article était versé dans un tamis et en secouant bien quelques phrases y seraient retenues.

    Dans un contexte différent, une amie me confiait un souvenir de jeunesse dans un pensionnat : la messe journalière était obligatoire et la confession une fois par semaine. "Que veux-tu qu’une gamine de 7 ans aie à confesser tous les jeudis à part un mensonge, un manquement à la charité, un excès de gourmandise, et je débitais toujours les mêmes choses. Un jour j’ai ouvert mon livre de messe à la page remplie d’une liste de péchés et j’ai fini par en choisir un jamais avoué. Le jeudi suivant je laissais tomber ans l’oreille du prêtre : je m’accuse du péché de luxure. Se tournant vers moi, et à travers la grille : "Mon enfant, savez-vous de quoi vous vous accusez ?" "Oui, mon père, j’aime beaucoup beaucoup le luxe". Dans un soupir de soulagement il m’a infligé le sempiternel "Pour votre pénitence vous réciterez un Pater et un Ave". Sur un rapide signe de croix-chasse-mouche je quittais le confessionnal contente que la luxure ne soit pas un péché mortel. Dès le lendemain matin Mère Marie du Précieux Sang me gratifiait d’une demi-heure de catéchisme privé... Et mon amie d’ajouter : C’est bien plus tard que j’ai appris ce qu’était vraiment le sacrement de réconciliation.

    Comment m’empêcher d’avouer : et moi aussi...

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