Traduit par Alice Y.

Un directeur de conscience, pourquoi pas ?

par Russell Shaw

mercredi 1er juillet 2015

En prenant conscience de tous les problèmes auxquels l’Eglise catholique fait face aux Etats-Unis — de la baisse considérable des participants à la Messe, des mariages catholiques et du nombre d’enfants baptisés, à l’empiètement croissant du gouvernement sur les libertés individuelles et institutionnelles religieuses — le manque d’une direction spirituelle pour les laïcs peut sembler une question secondaire.

Je viens vous dire, qu’il n’en est rien.

Le concile œcuménique Vatican II nous a solennellement enseigné : « Tous les chrétiens dans n’importe quel état ou étape de vie sont appelés à la plénitude d’une vie chrétienne et à la perfection de l’amour » Autrement dit, ils sont appelés à la sainteté. (Lumen Gentium 40). Toujours est-il qu’un demi-siècle plus tard, seulement une poignée de femmes et d’hommes laïques ont pu faire appel à cet outil standard de la vie intérieure qu’est la direction de conscience.

C"est, parmi d’autres, le symptôme d’un problème encore plus important qui a
longtemps été une plaie pour le Catholicisme américain et qui s’accentue par une vague croissante d’assimilation culturelle laissant le catholicisme dans un mode culturel laïque radicalement hostile aux croyances et aux pratiques catholiques.

Problème : on manque de profondeur spirituelle.

Aux États-Unis, le catholicisme a toujours eu une activité de bâtisseurs doués pour l’organisation et la construction, mais dont la vie intérieure est à la traîne. Dans Testem Benevolentiae, sa lettre au Cardinal Gubbons de 1899 condamnant l’américanisme, le pape Leon XIII déplore la tendance américaine à « vanter les vertus naturelles » aux dépens du surnaturel ; ce qui, depuis cette époque, a tendance à s’accentuer.

Lorsque la deuxième visite pastorale du pape Jean Paul II aux États-Unis approchait en 1987, j’ai suggéré à mes patrons de la Conférence des Évêques américains, que sa thématique soit centrée sur les sacrements. Après tout, et j’ajoutais, le système sacramentel est une figure distinctive et magnifique de l’Église catholique. Sauf qu’on a insisté sur l’importance des institutions — écoles, établissements de soins, organismes charitables. Peut-être avecs raison. Ces institutions étaient sans doute, et sont encore, un trait dominant du catholicisme Américain.

Peut être vous posez-vous la question : qu’est ce que cela a à voir avec la direction spirituelle envers la laïcité ?

Juste ceci.

Dans Christifideles Laici, son document marquant de 1989 sur la laïcité, le pape Jean Paul II place « le recours à un guide spirituel sage et aimant » — c’est à dire au directeur de conscience — sur sa liste des éléments nécessaires à la formation des laïcs. Dans une autre contribution fondamentale à la discussion, il a clairement expliqué en quoi consiste la formation des laïcs, dont la direction de conscience fait partie  : « l’objectif fondamental... est une découverte toujours plus claire de sa vocation et de la volonté toujours plus grande à vivre de manière à remplir sa mission ». (Christifideles Laici, 58).

Vocation, voici le terme essentiel. Jean Paul II affirme que l’objectif principal de la formation des laïcs est d’aider femmes et hommes à détecter, accepter et faire vivre leur vocation personnelle. Dans cette démarche, la direction de conscience, si elle n’est pas indispensable, est du moins fortement souhaitable.

Tout comme l’absence d’intérêt des laïcs pour la direction spirituelle, l’incapacité à comprendre qu’ils ont une vocation — vocation générale à vivre dans le monde la vie d’un laïc chrétien tout en répondant à une vocation personnelle, appel individuel irremplaçable lancé à chacun à participer à l’œuvre rédemptrice de Dieu — vient de l’héritage du cléricalisme. Il serait grand temps d’y mettre fin.

Il n’est guère moins important de mettre de côté l’idée que détecter une vocation est une activité unique ou en tout cas quelque chose qui se fait rarement (comme choisir une profession, par exemple). Au contraire, comme le déroulement d’une vocation personnelle se passe tout au long de notre vie, la détection doit toujours être permanente et renouvelée.

« Nous ne sommes pas appelés une seule fois, mais souvent ; tout au cours de notre vie le Christ nous appelle » a déclaré [le Cardinal] Newman dans un sermon intitulé "L’appel divin". Mais l’appel du Christ vient généralement des gens et des événements de la vie quotidienne. L’objectif de la direction spirituelle est de nous aider à l’entendre clairement et à répondre fidèlement au jour le jour à ces invitations à suivre le Christ.

En considérant cela comme fondamental, alors, l’objectif de la direction de conscience est d’aider les gens à détecter et à répondre à leurs vocations comme elles leur tombent dessus jour après jour, ce qui est exactement le propos de la direction spirituelle . en quoi consiste-elle ?

En vérité, ce pourrait être n’importe quoi, mais seulement quelques réponses spécifiques se démarquent : établir et maintenir un projet de vie, un programme avec des activités régulières visant à maintenir et approfondir sa relation avec Dieu, reconnaître et prendre des mesures pour éradiquer des défauts personnels profondément enracinés ; lire des œuvres spirituelles ; des éléments concrets de l’apostolat — participer aux missions de l’Église, ce qui répond, bien entendu, à des questions spécifiques concernant la foi et la morale quand elles se posent.

La direction spirituelle c’est l’aide, l’assistance. Elle ne remplace pas le libre arbitre. Un directeur de conscience peut faire des suggestions et indiquer des options, mais ceux qui reçoivent ses instructions ont le droit de décider et leur choix doit toujours être respecté. En ce sens, la direction spirituelle est un complément, pas un substitut, pour exercer librement ses responsabilités et son autonomie.

Je ne suis pas assez naïf pour imaginer qu’il existe une multitude de catholiques Américains ici bas qui aspirent à une direction de conscience et qui sauteraient sur l’occasion qui leur serait offerte. Mais comme le problème aujourd’hui existe, la plupart des gens n’entendent jamais parler de direction de conscience, ils sont encore moins nombreux a avoir reçu des recommandations à ce sujet. Parler de direction spirituelle, proposer des vues plus réalistes pour la percevoir, et indiquer son intérêt aurait sans doute des résultats positifs au fil du temps. Cela vaut la peine d’essayer.

La sagesse commune propose que l’avenir du catholicisme en Amérique soit moins important mais de meilleure qualité. Si en est ainsi, il est faut créer dès à présent un nouveau corps de fidèles laïcs chrétiens attachés à l’idéal de sainteté proposé par Vatican II, et à l’idée d’une plus petite mais spirituellement plus grande Église du futur. La direction de conscience pour les Laïcs joue un rôle important en ce sens.

25 juin 2015.

Source : http://www.thecatholicthing.org/2015/06/25/why-not-spiritual-direction/

Tableau : L’enfant prodigue vu dans la vie moderne. Le retour. J.J. Tissot vers 1882 - Musée de Nantes.

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