Un avenir incertain

par Gérard Leclerc

lundi 27 mai 2019

Faut-il ajouter aux multiples commentaires d’hier soir pour une analyse politique qui ne serait guère originale ? Pourtant, en prenant un tout petit peu de distance avec l’événement, il nous faut bien tenter de comprendre la situation de notre pays. Certes, l’enjeu du scrutin d’hier était européen, mais c’est bien le rapport de force à l’échelon national qui s’est imposé, et il s’inscrit dans la suite de plusieurs mois de crise sociale. Si deux formations dominent le jeu électoral, elles ne peuvent être dissociées de cette crise. D’une façon ou d’une autre, le Rassemblement national concentre ce qui, dans ce pays, s’oppose au président de la République, à sa politique et à ses choix économiques. On peut regretter que les autres formations soient mises quasiment hors-jeu, eu égard à ce duo. Mais c’est un fait : la gauche et la droite dites classiques ont subi, cette fois encore, un cruel revers, en dépit du talent des deux intellectuels qu’elles avaient choisi de mettre en avant. Raphaël Glucksmann et François-Xavier Bellamy ont pu donner un ton nouveau à la campagne, ils n’ont pas réussi à imposer leurs problématiques.

Les Gilets jaunes qui ont pourtant très longtemps bénéficié d’un large appui de l’opinion publique n’ont pas débouché en terme électoraux. Peut-être ne le pouvaient-ils pas, en raison de leur absence d’organisation structurelle et même de leur manque de formulation idéologique. Marine Le Pen a pris le pas sur Jean-Luc Mélenchon ces derniers mois comme leader d’opposition. Elle a l’avantage d’être à la tête d’une formation aguerrie et de bénéficier d’un courant porteur que l’on définit généralement comme populiste. Il est donc vraisemblable qu’elle continuera à représenter face au pouvoir cette opposition qui a le mérite de la cohérence, sans toutefois être encore parvenue à persuader de sa capacité à gouverner le pays.

Emmanuel Macron joue à fond sur cette faiblesse, qui pourrait lui permettre de viser un nouveau quinquennat. Reste à savoir si la crise sociale va s’éteindre ou rebondir d’une façon ou d’une autre. Auquel cas, l’action du pouvoir pourrait être à nouveau entravée, comme elle l’est depuis qu’Emmanuel Macron a perdu l’état de grâce particulièrement privilégié qui était le sien après son élection. Ce qui rend l’avenir proche bien incertain.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 27 mai 2019.

Messages

  • Votre propos est prudent, pondéré et tourné vers l’avenir inconnu de l’Europe.
    On pressent désormais la diversité réelle des états de l’Union, d’une démocratie fragile car l’abstention est bien tangible.
    Et ces couleurs politiques plurielles qui défendront sans doute leurs identités nationales souveraines et partagées dans un panel du parlement européen élargi.
    Démocratie rythmera avec démographie, développement avec la condition de pauvreté économique encore prégnante dans les ex pays de l’est.
    Ecologie devenu un enjeu politique au cœur d’intérêts comptables qui se disputent le marché du travail et de l’avenir de la terre.
    Cultures et spiritualités si peu mentionnées et qui appartiennent au terreau traditionnel d’un continent qui ne peut être amnésique de son passé.
    Un sentiment amer et aboulique que la Communauté européenne est ainsi définie plus comme un destin qu’un choix délibéré du futur.
    Devons-nous espérer parmi les nouveaux venus un idéal d’Europe partagé du bien commun de ce continent qui est nôtre et se partage par des variations d’humeur et de comportement si peu fiables pour croire en l’avenir.

    Schuman, de Gasperi, jean Monnet, jacques Delors et bien d’autres ne sont-ils que des sujets du passé oublié, ou des pères fondateurs actuels d’une postérité sans complexe et ambitieuse du temps qui viendra.
    La jeunesse se dévoile en vert et de vert dans une aura planétaire et universelle, pour sauver la planète, et garantir une terre mieux assurée.
    Un monde est en changement notable, les sèves de vie en croissance semblent peu perceptibles, on espère en la jeunesse qui monte, qu’a-t-elle en bien propre pour garder le cap européen sans se diluer dans les facilités du marché.
    On la désire forte, courageuse et ambitieuse, persévérons encore pour continuer à y croire, y croire sans cesse, sans décevoir notre propre présence de serviteur sincère qui n’a fait que son devoir !

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.