Un Dieu intempestif ?

par Gérard Leclerc

jeudi 19 novembre 2020

Dieu serait-Il de retour ? Par des voies imprévisibles, parfois redoutables comme celle de l’islamisme, mais qui nous obligent à réfléchir à sa véritable nature. Même la revendication pour la messe qui le font envisager par certains comme un intrus. Mais un intrus qui nous réveille pour notre plus grand bien.

Pourrait-on dire que, décidément, Dieu est de retour dans notre bel aujourd’hui ? Malheureusement, pourrait-on ajouter. Que ce soit à cause du terrorisme islamiste n’a rien de rassurant. Qu’est-ce que ce Dieu qui exige la mort de celui qu’on qualifie d’impie ? Les vrais connaisseurs du sujet avancent que, précisément, le propre des islamistes est de ne pas avoir de théologie au sens direct du terme. La théologie consiste en un discours sur Dieu, sur la connaissance que nous pouvons avoir de sa nature et sur ses relations avec nous. Or, pour les islamistes, il est l’inconnu. Sans doute, Dieu est-il le Tout-Autre. Il n’est pas la projection de nous-mêmes au risque que nous l’approprions. Mais ce Tout-Autre est aussi celui qui se révèle à nous. Du moins, c’est ce que nous enseigne la Bible. Et saint Augustin va jusqu’à écrire dans ses Confessions que Dieu est intimior intimo meo, plus intime que ma propre intimité. Paul Claudel a traduit : « Un Dieu qui soit plus moi-même que moi. »

Est-ce vraiment cette figure qui ressort de notre actualité ? On peut aussi envisager la question avec la revendication pour la messe, que certains déclarent injustifiable eu égard au droit commun. D’une certaine façon, oui, c’est Dieu qui s’impose à la République. On peut le trouver dérangeant et incommode. Mais en même temps, ne nous oblige-t-il pas à sortir de nos conformismes pour lever la tête au-delà de l’immédiat ? Dans un excellent papier du Figaro, Benoît Schmitz, montre comment la revendication pour la messe est libératrice : « Le vrai culte libère de l’idolâtrie, il mine la tyrannie plus efficacement qu’une révolution. Par la célébration du culte, César, Pharaon, Créon, Macron sont remis à leur juste place. » Il faut prendre cela avec une dose d’humour bien sûr, mais en pensant que ce Dieu-là pourrait être vraiment notre libérateur.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 novembre 2020.

Messages

  • Il faut avouer malgré soi que la pandémie a mis à rude épreuve l’exercice de toute autorité civile, politique, religieuse, en imposant sa loi contre toute règle conventionnelle du pouvoir en place.
    Peu de croyants oseront affirmer que Dieu dans "son rapport intempestif" aux hommes a voulu les sanctionner de leur conduite..

    Bien que… en certains cercles puritains ou vertueux pour les autres, on ose supposer qu’il n’y a jamais d’effet induit sans quelque cause avouable.

    L’exercice de toute autorité est devenue fragile, indécise, aléatoire..
    Il faut retrouver des conduites vertueuses imposées par les circonstances. La distanciation, le masque, l’isolement, le couvre feu ne sont pas dans la nature innée des humains.

    Le vivre ensemble engage l’amitié sociale si chère au pape François dans des situations parfois ubuesques où la communication se fait par les réseaux sociaux ou le téléphone. Elles doivent demeurer exceptionnelles et ne remplaceront jamais le rapport de chacun à l’autre.

    Personne n’oserait affirmer que la messe TV ou radiophonique pourrait suppléer à la rencontre personnelle des fidèles venus pour célébrer en commun, un moment spirituel de leur vie.

    On eut recours à des gadgets de l’urgence ou de l’utilitaire dans ces semaines écoulées d’isolement et de contraintes sanitaires, qui laissaient peu de place à quelque autre solution supplétive.

    Les plus désobligeants ont parlé "d’une thérapie aérosol" et d’emprisonnement obligatoire.
    Les plus prudents ont pensé à l’évangile des vierges insouciantes et des vierges prévoyantes.
    L’intempestivité divine avait ici un visage plus sanitaire que spirituel pour le cas.

    On crut un instant que l’un pouvait se dispenser de l’autre.
    Mais face aux conséquences psychologiques sur les individus, soma et esprit, se rappelèrent à nos improvisations du moment.
    On ne pouvait penser un instant, sauf par inadvertance ou superficialité qu’il suffirait d’abreuver de "condiments pharmaceutiques "des pans de populations fragiles, de médicaments miraculeux de substitution face à la pandémie.

    On comprit par nécessité le devoir de gérer la propagation pandémique à la fois dans ses volets sanitaires et moraux, psychologiques et physiques.

    Si l’intempestif est dans le détail, le détail des situations individuelles nous apprit à pondérer nos réflexes utilitaires immédiats et reconnaitre à chacun le droit de continuer vivre selon ses codes, ses règles et ses désirs personnels.

    L’épisode de la fermeture des lieux de culte, leur accès confiné, leur demi ouverture contrôlée, la perspective encore de les maintenir sous vigilance, prouvent en effet les hésitations du moment à savoir prendre les mesures justes parmi les injustes, les précautions face aux risques, la disposition à la liberté de la foi face aux allergies parfois primaires de ceux qui dans l’exercice de leur pouvoir régalien et divin, se substitueraient au droit personnel de croire ou de ne pas croire.
    Si Dieu fut intempestif pour les uns, il nous apprit en retour à ne jamais vouloir le reléguer aux marges de la vie civile et religieuse.
    Se rappelant à nous, il nous est permis de croire que ce lien sera reconnu sans délai pour retrouver les marques spirituelles d’une vie véritable, enfin dégagée des contraintes sanitaires de l’urgence.
    Mais l’heure n’est pas encore venue d’y penser !

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