Toujours l’immigration

par Gérard Leclerc

jeudi 7 septembre 2017

La question de l’immigration est un des sujets dominant du moment, elle n’est pas prête de s’effacer de notre actualité. Elle ne se traite pas à coup de polémiques, stigmatisant le racisme des uns et l’angélisme des autres, même si elle ne manque pas de produire des divisions et des invectives. On peut admettre que les mouvements migratoires sont une donnée incontournable de la géopolitique présente, il est pour le moins irresponsable de ne pas en prendre la mesure, de ne pas supputer les conséquences sérieuses qu’elle impose aux pays récepteurs, en fait de mœurs, d’équilibres sociaux, d’exigences économiques. Non, les choses ne se passent pas naturellement, ne se règlent pas automatiquement comme sous l’effet d’une main invisible qui régulerait le phénomène selon les lois de la physique, un peu comme le veut un certain libéralisme.

C’est le message que j’ai notamment retenu de Stéphane Perrier, qui publie ces jours-ci La France au miroir de l’immigration chez Gallimard, dans la collection « Débat » dirigée par Marcel Gauchet. Ce nom de Marcel Gauchet, à lui seul, garantit le sérieux et la pertinence d’une recherche. Et Dieu sait si elle s’impose dans ce domaine si sensible. Que nous dit Stéphane Perrier ? D’abord qu’il convient d’aborder cette question de l’immigration dans son intégralité, en n’évacuant aucun aspect, éventuellement désagréable. Il faut prendre une vue générale et complète d’un dossier dont on ne peut évaluer le contenu en fonction de sa seule générosité personnelle ou de ses craintes.

Mais il convient de citer Stéphane Perrier exactement pour comprendre le fond de sa réflexion : « Réguler l’immigration, c’est un effort, tandis qu’il est si facile de s’ouvrir aux quatre vents. Assimiler ou intégrer des immigrés c’est un effort, tandis qu’il est si facile de s’en remettre aux communautés. Être une nation, c’est un effort, tandis qu’il est si facile de n’être qu’une société d’individus. Être une République, c’est un effort, tandis qu’il est si facile de n’être qu’une juxtaposition d’intérêts… » J’interromps là ma citation, certain qu’elle a le mérite de transposer le débat dans un climat nouveau, particulièrement nécessaire aujourd’hui.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 7 septembre 2017.

Messages

  • Sur l’immigration, deux choses sont rarement indiquées

    Tout d’abord, des migrants écrivent, et témoignant de leur déception. Je pense aux livres suivants :
    - "Désolé..." de Gloria Yibokou (née à Lomé au Togo, vit à Rennes)
    - "L’Eldorado, c’est le pays d’où je viens", du camerounais Robert Lefort Ndegue, 30 ans, qui vit non loin de Rennes, à Retiers
    - "Je n’ai pas choisi de partir" de Jean-Willy Mbuko-Bayanga, Congolais, qui vit à Rennes

    J’ai rencontré deux des auteurs lors de soirées "bols de riz" à ma paroisse pendant le carême, le troisième est une bonne connaissance.
    Trois livres pour le seul département d’Ille-et-Vilaine !

    Deuxièmement, dans le cas particulier de l’Église catholique, le pape François s’exprime vigoureusement et semble défendre à fond les migrants ; cependant, les Églises locales, les conférences épiscopales du Sud, tentent de décourager l’émigration et disent qu’il faut rester au pays pour le transformer au niveau politique et le développer au niveau économique et social.

  • Il n’y a apparemment pas dissonance ou discordance entre le pape François et les Eglises locales et conférences épiscopales sur la question des migrants et des réfugiés : le pape en appelle à la responsabilité des dirigeants politiques sur la nécessité de respecter la dignité des êtres humains qui tentent de trouver refuge et moyen de survie en pays d’accueil ; les responsables religieux et conférences épiscopales du Sud défendent le droit des habitants des pays en proie aux guerres et autres violences de toutes sortes à rester chez eux. Le Syrien, Mgr Jean-Clément Jeanbart a qualifié l’exode de nombre de ses concitoyens comme ressemblant à une véritable "déportation". Ces mots peuvent déplaire n’empêche qu’ils méritent d’être pris en grande considération

    Un des moyens, sinon le premier, d’arrêter l’hémorragie de peuples d’Afrique et de la région du Moyen-Orient est que cessent enfin les guerres qui s’y déroulent. La possibilité sera ainsi assurée aux populations des pays concernés de rester chez elles et de participer à la reconstruction et avancement de leur terre respective, et le spectre de l’invasion de l’Europe disparaitra. Le continent africain depuis toujours considéré comme riche voit pourtant ses populations fuir la misère. Et à quoi et à qui profiterait un Moyen-Orient parcellisé en une multitude de mini-Etats configurés sur des bases ethniques ou religieuses ou idéologiques...Mieux : les pieds encore englués dans les marécages syrien et irakien et voilà que déjà se profile dans le collimateur l’identité d’un nouvel ennemi...

    Sans verser dans le cynisme tout est donné à croire que faire mourir les uns sous les bombes serait la raison de vivre des autres. Et pourtant...

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