Traduit par Albérique

Sur la vraie et la fausse loyauté

par James H. Toner

dimanche 14 janvier 2018

Loyauté, Fidélité, Confiance et inébranlable Dévotion - ces vertus sont prisées par presque toutes les associations, clubs, ou groupes ; par toutes les entreprises, églises ou organisations militaires ; et par toutes les sociétés dans toutes les périodes historiques. La loyauté est tellement estimée qu’elle est accompagnée d’une suite de qualificatifs. On dit que la loyauté est haute, basse, transversale, partout, avant, après et pendant.

La Bible, aussi, parle régulièrement de l’Alliance entre Dieu et les hommes, nous assurant que Dieu est toujours fidèle (Dt 7:9, Lam 3:22, Tim 2:13, etc..), et nous encourageant à chercher des amis dont nous pourrons être sûrs de la loyauté (Prov 3:3, 20:6, 1 Cor 4:2, etc..).

L’U.S. Army Airborne (l’Armée Américaine Aéroportée) capte cet esprit dans le salut que se donnent les soldats ayant reçu les ailes d’argent. Le simple soldat crie « Airborne » en saluant. L’officier salué rend le salut en disant « jusqu’au bout ». Le corps des Marines U.S. est connu pour employer le latin Semper Fidelis (habituellement exprimé par « Semper Fi) pour exprimer leur dévotion à ce Corps.

Il y a quelques années, alors que l’on m’avait demandé de faire un exposé à de jeunes capitaines de Marines sur l’éthique militaire, j’avais suggéré, -ironiquement - que « Semper Fidelis » devrait avoir un qualificatif, paene, signifiant presque. Les officiers devraient être presque toujours fidèles. Les jeunes officiers furent choqués que « Semper Fi » ait besoin d’un « presque » pour l’isoler d’une erreur éthique.``

Je les ai rassuré que je ne prêchais pas pour une modification d’une devise vénérable. Et moi, un ancien élève de l’école de saut de Fort Benning, Georgie, ne suggérait pas que les parachutistes doivent modifier le « jusqu’au bout ». Vous n’avez pas besoin d’être le philosophe de la loyauté, Josiah Royce ‘1855-1916) pour savoir que la Chrétienté, la loi internationale et le sens commun, nous disent que la loyauté est nécessairement circonstancielle, conditionnelle, contextuelle et contingente. Autrement dit la loyauté est donnée jusqu’à un certain point ; elle est rendue gaiement et généreusement, et totalement jusqu’à ou à moins qu’elle doive être retirée ou récusée pour des motifs moraux impératifs ;

Des ordres immoraux ou illégaux doivent être désobéis, les procès de crimes de guerre à Tokyo, Manille, et Nuremberg l’ont décrété (voir aussi le Catéchisme de l’Eglise Catholique = 2313) . De plus, les devoirs de l’amitié loyale ne s’étendent pas au prêt de votre voiture ou d’un fusil à un ami qui est en état d’ébriété ou qui est dérangé - c’est le bon sens.

Les Saintes Ecritures offrent une bonne instruction à ce sujet. Le verset Romains 13, 1 interpelle beaucoup de lenteurs : « Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu . » Cela semble suggérer que Dieu a créé toutes les autorités, qui par conséquent, méritent notre loyauté. Toutes les autorités ? Romains 13.2 ; cependant ajoute une critique qualificative : Nous devons payer les taxes, les péages, et la loyauté est demandée pour ceux à qui elle est due. Ceci est vraiment comme si St Paul disait jusqu’à et à moins que.

Nous obéissons aux autorités - nous sommes loyaux avec elles - jusqu’à un certain point. L’acte de loyauté est contingent avec le cadre moral dans lequel la loyauté est offerte. Chez les Hébreux, les sage-femmes craignant Dieu désobéirent au roi (Exode 1). Shadrach, Meshach et Abednego refusèrent de se prosterner devant Nabuchodonosor (Dan 3). Eleazar mourut pour avoir refusé l’ordre de manger du porc (2 Macc 6) ; et saint Paul annonce énergiquement que nous devons obéir à Dieu avant qu’aux hommes (Actes des Apôtres 5:29). Tous ces exemples (et beaucoup d’autres) nous disent d’être loyal sous condition aux pouvoirs en place. Nous devons être presque toujours fidèles.

Ainsi qu’ Aristote, St Thomas d’Aquin, et beaucoup d’autres ont cherché à nous l’enseigner, l’absence de ce qui est bon est moralement regrettable ; mais aussi l’excès est l’ennemi du bien. L’inanition est mauvaise. Une appréciation juste de la nourriture est bonne parce que nous mangeons pour vivre bien ; l’excès naturellement est de la gloutonnerie. La même chose est vraie pour la boisson (1 Tim 5 ;23) et de tels exemples sont facilement multipliables.

Il y a, cependant, un principe de pouvoir apparié : suivant lequel un grand bien, comme la loyauté, peut aussi provoquer un grand mal . « Mon honneur est ma loyauté » (Meine Ehre heibt Treue) était la devise des Waffen SS . Mais la loyauté pour les nazis SS était moralement mauvaise. Comparez « le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les directives civiles (ou militaires) des autorités qui sont contraires aux obligations de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou contraires aux enseignements de l’Evangile » (Cath.Eglise Cath. 2242 ; voir aussi 1903).

Au sujet de l’Eglise, aussi, nous pouvons dire qu’il y a une sorte de chemin médian en ce qui concerne la loyauté horizontale, que je considère différente de la fidélité verticale à Dieu, qui elle doit être constante, mais la fidélité aux êtres humains qui doit être à la fois charitable et prudente. L’effroyable scandale du frère Marcial Maciel (1920 -2008) qui inclut des entants illégitimes et des abus sexuels, - a été rendu possible par des serments arrachés aux séminaristes de ne jamais dire du mal (i.e. dire la vérité) de lui.

A n’importe quelle époque, ou dans n’importe quel lieu ce qui se passe derrière des portes fermées (ou comme on le dit dans le langage militaire, « dans la brousse » - signifiant en mission dans la jungle) est supposé rester strictement privé, partagé seulement avec ceux du groupe, devient une sorte de source probable de grands soucis moraux.

Même quand le secret et la discrétion sont légitimement requis dans certaines institutions, le comportement des êtres humains est et doit être sujet à examen, au minimum par des commissions ou des comités de personnes bien éduquées, expérimentées et par des surveillants respectés, ou « gardiens ».

Mais qui gardera les gardiens ? La nécessité persistante d’une éducation solide dans la vertu, qui induit une loyauté mûre et bien fondée de « l’ordre moral, des droits fondamentaux de la personne et de l’enseignement de l’Evangile », plutôt qu’une loyauté immature, flatteuse, devrait être primordiale dans l’esprit de ceux qui préparent les aspirants à des postes de responsabilité à l’époque de confusion éthique où nous vivons.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/01/04/on-true-and-false-loyalty/

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Le diacre James H. Toner, PH.D. est professeur émérite Leadership and Ethics au « U.S. Air War College », et l’auteur de Morals Under the Gun et d’autres livres. Il a aussi enseigné à Notre Dame, Norwich, Auburn, l’académie de la U.S. Air Force, au Collège et séminaire Holy Apostles.

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