Sur la liberté d’expression

par Gérard Leclerc

mardi 24 février 2015

Le thème de la liberté d’expression domine les esprits en ce moment pour des raisons évidentes. Mais il ne constitue nullement une nouveauté. Je garde le souvenir d’épisodes plus anciens qui donnèrent lieu à des oppositions frontales. Ainsi en 1988, Martin Scorsese blesse gravement la sensibilité chrétienne avec son film intitulé La dernière tentation du Christ. Les protestations émanent alors des rangs catholiques, avec notamment l’intervention des cardinaux Lustiger et Decourtray qui donne lieu elle-même à des répliques. Pour certains, l’intrusion de l’autorité religieuse dans le domaine de l’art est insupportable. Scorsese trouve d’ailleurs des défenseurs même dans la personne d’un évêque catholique, avec des arguments qui frisent souvent le sophisme. Le cardinal Lustiger explique que Jésus n’est pas une figure de la mythologie, qu’il s’agit d’un personnage historique, qui a droit au respect de son intégrité morale et de la véracité de son existence.

C’est une question sérieuse. Dans une société si prompte à défendre les droits des individus et dont la justice est appelée sans cesse à arbitrer sur des atteintes à la dignité personnelle, on devrait quand même être sensible à cette dimension. A-t-on le droit de trafiquer, au nom de l’imaginaire, sur une personnalité historique, au surplus vénérée par toute une population ? Au nom de la création artistique, tout est-il permis, y compris les plus absurdes travestissements de la réalité ? Il semble que quelques-uns s’attribuent tout privilège dans ce domaine, même la protestation est interdite. Celle de l’archevêque de Paris de l’époque est associée, malhonnêtement, à l’acte criminel d’un petit groupe qui a incendié un cinéma du boulevard Saint-Michel.

Je sais bien qu’il est difficile de trouver un juste équilibre. Je suis moi-même opposé à l’idée d’un État répressif et d’une justice vindicative. Mais ce n’est pas une raison pour légitimer une sorte de pouvoir absolu qui serait conféré à quelques-uns pour dominer l’espace public et interdire la légitime indignation des offensés et des humiliés, piétinés par les sarcasmes de ceux que Philippe Muray appelait parfois « les matons de Panurge ».

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 février 2015.

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