Traduit par Bernadette Cosyn

Sermon de Pâques sur les sacrements

par Augustin d’Hippone

lundi 2 avril 2018

Je n’ai pas oublié ma promesse. J’ai promis à ceux d’entre vous qui venaient d’être baptisés un sermon pour leur expliquer le sacrement de la table du Seigneur, que vous pouvez voir maintenant, et auquel vous avez participé la nuit dernière. Vous devez savoir ce que vous avez reçu, ce que vous êtes sur le point de recevoir, ce que vous devriez recevoir chaque jour.

Ce pain que vous pouvez voir sur l’autel, sanctifié par la parole de Dieu, est le Corps du Christ. Cette coupe, ou plutôt ce que la coupe contient, sanctifié par la parole de Dieu, est le Sang du Christ. C’est au moyen de ces choses que le Christ Seigneur souhaitait nous remettre son Corps et son Sang, qu’Il a perdus pour notre salut et le pardon de nos péchés.

Si vous les recevez convenablement, vous êtes vous-mêmes ce que vous recevez. Voyez, l’Apôtre dit : « nous qui sommes plusieurs, formons un seul pain, un seul corps. »(1 Corinthiens 10:17) C’est ainsi qu’il explique le sacrement de la table du Seigneur ; un pain, un corps, c’est ce que nous sommes ensemble, quoique nombreux.

Dans cette miche de pain, il vous est donné clairement à comprendre combien vous devriez aimer l’unité. Je veux dire, ce pain est-il formé d’un seul grain ? Est-ce qu’il n’y a pas de nombreux grains de froment ? Mais avant qu’ils ne forment le pain, ils étaient tous séparés ; ils ont été réunis au moyen de l’eau, après avoir été moulus. Tant que le blé n’a pas été moulu et humecté d’eau, il ne peut absolument pas prendre cette forme qu’on appelle pain.

De même, vous aussi vous avez été moulus par l’humiliation du jeune et le sacrement de l’exorcisme. Alors est venu le baptême, et vous avez été, si l’on peut parler ainsi, humectés d’eau en vue d’être façonnés en pain. Mais ce n’est pas encore du pain sans un feu pour le cuire. Alors que représente le feu ? C’est le saint chrême, l’onction. L’huile, qui nourrit le feu, est le sacrement de l’Esprit-Saint.

Remarquez donc quand on lit les Actes des Apôtres : la lecture de ce livre commence maintenant. Aujourd’hui commence le livre intitulé Actes des Apôtres. Quiconque souhaite progresser a les moyens de le faire.

Quand vous vous assemblez à l’église, laissez de côté les histoires idiotes et concentrez-vous sur les Ecritures. Nous sommes vos livres, alors soyez attentifs et voyez comment l’Esprit-Saint va venir à la Pentecôte. Et voici comment il viendra : il se montrera sous forme de langues de feu.

Vous voyez, il insuffle en nous la charité, qui devrait nous enflammer pour Dieu, faire que nous pensions peu au monde, brûler notre paille et purger et raffiner nos cœurs comme de l’or. Donc l’Esprit-Saint vient, le feu après l’eau, et vous êtes cuits en un pain qui est le Corps du Christ, et c’est ainsi que l’unité est signifiée.

Maintenant vous avez les sacrements dans l’ordre où ils arrivent. D’abord, après la prière, vous êtes incités à élever vos cœurs ; ce n’est que juste pour les membres du Christ. Après tout, si vous êtes devenus les membres du Christ, où est votre tête ? Les membres ont une tête. Si la tête ne se met pas en chemin, les membres ne vont pas suivre.

Où est allée notre tête ? Qu’avez-vous restitué dans le Credo ? « Le troisième jour il est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite du Père. » Donc notre tête est dans les cieux. C’est pourquoi, après les mots « élevez votre cœur » vous répondez « nous le tournons vers le Seigneur ».

Et vous ne devriez pas l’attribuer à vos propres capacités, à vos propres mérites, à vos propres efforts, cette élévation de votre cœur vers le Seigneur, parce que c’est un don de Dieu si vous êtes en mesure de le faire.

C’est pourquoi l’évêque ou le prêtre qui célèbre, continue de parler ainsi, quand l’assemblée a répondu « nous le tournons vers le Seigneur ». Il dit « rendons grâce au Seigneur notre Dieu » parce que nous avons élevé nos cœurs. Rendons-Lui grâce, parce que tant qu’Il ne nous a pas rendu capables d’élever nos cœurs, nous garderions nos cœurs en bas, vers les choses de la terre. Et vous signifiez votre accord en répondant « cela est juste et bon » de rendre grâce à Celui qui nous fait lever notre cœur vers notre tête.

Puis, après la consécration du sacrifice de Dieu, parce qu’Il nous veut devenir nous-mêmes Son sacrifice, ce qui est indiqué par l’endroit où ce sacrifice a pris place la première fois, il y a le signe de ce que nous sommes, c’est pourquoi, après la consécration, nous disons la prière du Seigneur, que nous avons reçue et que nous perpétuons.

Après cela vient le vœu [de paix], « la Paix soit avec vous », et les chrétiens échangent un saint baiser. C’est un signe de paix ; ce qui est exprimé par les lèvres devrait atteindre notre conscience ; c’est-à-dire que quand nos lèvres approchent nos frères et nos sœurs, notre cœur ne devrait pas être séparé du leur.

Ce sont de grands sacrements et signes, vraiment de sérieux et importants sacrements. Voulez-vous savoir comment leur sérieux est imprimé en nous ? L’apôtre dit « quiconque mange le Corps du Christ ou boit le Sang du Christ indignement est coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur. » 1 Corinthiens 11:27)

Qu’est-ce que recevoir indignement ? Recevoir avec mépris, recevoir avec dérision. Ne vous laissez pas aller à penser que ce que vous voyez n’est d’aucune valeur. Ce que vous pouvez voir passera, mais la réalité invisible signifiée par là ne passera pas, mais elle demeurera pour toujours.

Regardez, cela est reçu, mangé, consumé. Le Corps du Christ est-il consumé ? L’Eglise du Christ est-elle consumée ? Les membres du Christ sont-ils consumés ? Que périsse cette pensée ! Ici ils sont purifiés, ils seront couronnés des lauriers de la victoire.

Ainsi ce qui est signifié demeurera éternellement, tandis que la chose qui signifie semble passer.

Donc, recevez les sacrement de telle sorte que vous pensiez à vous-mêmes, que vous gardiez l’unité dans vos cœurs, que vous éleviez vos cœurs. Ne placez pas votre espérance sur la terre mais dans le ciel. Gardez en Dieu une foi ferme, qu’elle soit agréable à Ses yeux.

Parce que ce que vous ne voyez pas maintenant, mais que vous croyez, vous le verrez, là où vous vous réjouirez sans fin.


Saint Augustin (354-430) est né à Thagaste (dans l’Algérie actuelle). Après avoir mené une jeunesse désordonnée, il est devenu un fervent chrétien, sous l’influence de sa mère, Sainte Monique, et de son professeur, Saint Ambroise de Milan. Deux de ses lives, « Confessions » et « La cité de Dieu » sont considérés comme faisant partie des plus grands travaux d’apologétique.

Illustration : « Les saintes femmes au tombeau » par William-Adolphe Bouguereau, 1876 [musée royal des Beaux-Arts d’Anvers]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/04/01/easter-sermon-on-the-sacraments/

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