Réviser la loi de 1905 ?

par Gérard Leclerc

jeudi 22 novembre 2018

À la suite d’une fuite plus ou moins organisée, le quotidien L’Opinion révélait, il y a une dizaine de jours, un avant-projet de réforme de la loi de 1905. On comprend qu’au sommet de l’État, on soit inquiet des répercussions d’une telle initiative. La loi de 1905 semble avoir été comme gravée dans le marbre. François Hollande voulait même la faire entrer dans la Constitution, mais il y a très vite renoncé. C’était inutile. Il existe autour de cette loi un consensus national qui accorde les ennemis d’hier. L’Église catholique n’a pas manqué de célébrer son centenaire, alors qu’au moment de son élaboration et de son vote, le pape Pie X s’y était formellement opposé. Il est vrai que des négociations ultérieures permettront de lever les obstacles à un accord. Quant au Grand Orient de France, il défend cette loi comme la prunelle de ses yeux.

Du côté de l’islam modéré, il semble qu’il y ait une reconnaissance naturelle d’un texte qui, pourtant, à l’origine, ne concernait pas les musulmans. Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, cite ce propos de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris : « La véritable lutte contre la radicalisation ne se fera pas par une circonvolution ni par un bricolage de la loi de 1905 qui est une loi magnifique mais par une application stricte de la laïcité contre les barbus. »

C’est pourtant afin de lutter contre cette radicalisation que le gouvernement entend apporter une modification, certes partielle à la loi. Mais cela ne paraît convaincre personne. Ce n’est pas en donnant un statut nouveau aux associations dites cultuelles que l’on règlera les problèmes posés par le financement étranger du culte musulman, la formation des imams et la propagande extrémiste qui se donne trop souvent libre cours. Pourtant, le projet gouvernemental a dû être soigneusement peaufiné et il devra donner lieu à de longues consultations. Il est infiniment délicat de remettre en cause l’équilibre d’une législation qui est à l’origine d’une pacification indéniable du pays et qui a produit cet improbable consensus entre les ennemis d’hier.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 22 novembre 2018.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Ne soyons pas naïfs : la funeste loi de séparation de 1905 est en réalité une vaste escroquerie de la République, aux ordres des loges, imposée à l’Eglise en France contre la volonté explicite des papes Léon13 puis Pie10.
    On lit volontiers dans la littérature historique et journalistique que les choses se sont arrangées au moment de 1914, d’où le ’consensus national’, mais la vision d’Etienne Gilson me semble plus pertinente : « Qu’est-ce qu’un ministère d’union nationale ? C’est un ministère d’anticléricaux qui fait appel au dévouement des catholiques pour l’aider à tirer la France du péril où l’anticléricalisme l’a mise et, l’en ayant tiré, continuer de la persécuter. »
    Personnellement, je crains fort que le corps épiscopal dans son ensemble n’ait toujours pas compris la question en 2018 ...

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