par Gérard Leclerc

Résister au libéralisme (François Huguenin)

mardi 8 décembre 2009

Y a t-il une pensée chrétienne en politique ? Question incongrue, insupportable à notre époque et en notre monde, qui semblent avoir fait des adieux définitifs à toute régulation théologique du savoir. Déjà le terme de philosophie chrétienne fait problème, a fortiori celui de philosophie politique chrétienne !

Il est vrai que le christianisme a opéré dès l’origine une distinction entre le temporel et le spirituel entre ce qui « appartient à César et ce qui appartient à Dieu ». Cette distinction est même fondatrice en Occident et a permis à l’époque moderne un certain accord sur la notion de laïcité. C’est le pape Pie XII qui parlait d’une saine laïcité de l’Etat, s’accordant ainsi avec une très ancienne tradition. Ce n’est pas l’Eglise qui doit régir la cité. Et la cité de Dieu dont parlait Saint Augustin ne saurait s’identifier à la cité d’ici bas. Il y a une spécificité de l’autorité spirituelle qui ne s’identifie pas à une autorité temporelle.

Cela, pourtant, ne signifie pas qu’il n’existe pas un regard chrétien sur la politique. Un penseur contemporain comme Pierre Manent explique, par exemple, que si l’autorité ecclésiale a renoncé à gérer la politique pratique, de même, où elle est inhabile et parfois incompétente. Elle n’en garde pas moins la force de l’enseignement magistériel, celui qui rappelle les fins de l’homme. Il faut dire que sur le sujet, sa position est singulière car s’il se reconnaît dans le libéralisme moderne dont les acquis lui semblent imparables, il n’en laisse pas moins un espace considérable au spirituel. Ce que la plupart de ses collègues ne sont nullement disposés à admettre.

Pourtant une nouvelle radicalité apparaît aujourd’hui dans les milieux intellectuels chrétiens. Radicalité au demeurant parfaitement raisonnable, et qui sauvent même la raison politique de bien des tentations. C’est d’elle que François Huguenin est le témoin. Pourquoi parler de radicalité ? Parce qu’il s’agit de revenir à la racine (la radix), en contestant quelques uns des fondements de la philosophie politique, telle qu’elle s’est développée depuis le XVIe siècle. Elle a abouti non pas à la distinction des domaines mais à leurs ruptures, leur mise à distance, au point de les rendre étrangers. Ce fut le cas notamment avec Nicolas Machiavel. L’audace des penseurs que François Huguenin met en valeur dans son dernier essai, consiste à prendre de front un certain amoralisme libéral, en revenant à des notions aussi centrales que la vérité, le bien, et le bien commun. Mais, nous explique t-il, l’audace d’un jeune théologien laïc comme William Cavanaugh est plus grande encore, puisqu’il conteste les définitions et les prétentions de l’Etat moderne. Ainsi se permet-il de déconstruire la légende de cet Etat fondant sa légitimité sur la rupture d’avec une religion productrice de violence ? Je pense que François Huguenin sera d’accord avec moi pour dire que Cavanaugh accomplit ainsi un véritable coup d’Etat philosophique. Un coup d’Etat qu’il faudrait élargir.

Depuis Maritain, les chrétiens ont renoncé à affronter les fondements du politique. Trop souvent les grands mots de démocratie, de droits de l’homme, de laïcité, sont brandis comme des fétiches, alors qu’il faudrait les retravailler, les déconstruire pour les reconstruire. François Huguenin montre que c’est possible et que de nouveaux courants ne craignent pas de repenser la politique en cohérence avec leur foi.

http://www.radionotredame.net/rnd_player_plus.php?date=2009-12-08&url=http://www.radionotredame.net/audio/legrandtemoin/legrandtemoin_20091208.mp3&title=Le%20Grand%20T%C3%A9moin

Dîner débat le 10 décembre avec F. Huguenin
http://paris.novopress.info/4684/diner-debat-des-manants-du-roi/

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