Regard vers l’avenir, vers quel monde allons-nous ? avec quelle Europe, avec quelle Eglise ?

par le père F.-X. Esponde

vendredi 17 août 2018

Le colloque organisé le 8 août dernier autour de la personne et en présence du Cardinal Roger Echegaray, en l’église Saint-Laurent de Cambo-les-Bains, fut des plus appréciés du public venu nombreux.

Quatre interventions d’experts, celle de Michel Camdessus, Directeur Honoraire du FMI, ami personnel du Cardinal, de Jean Baptiste de Foucaud ancien Commissaire au Plan, acteur engagé dans la vie associative aujourd’hui, celle encore de Mgr Gérard Defois, qui succéda jadis au père Etchegaray à la Conférence des Evêques de France, et celle encore d’Alain Lamassoure ancien Ministre aux Affaires européennes, Député européen de Paris aujourd’hui ,reçurent la reconnaissance des auditeurs particulièrement comblés des échanges au cours des interventions.

Dans deux autres textes publiés en Baskulture cette année nous fîmes une recension du Livre de Michel Camdessus - Vers 2050, construire l’avenir- qui fut la trame suivie de l’auteur dans son intervention de mercredi passé.

* Impliquons-nous, autre titre d’un livre publié par Jean Baptiste de Foucaud dans le même journal numérique, inspira les propos du conférencier et son engagement aujourd’hui autour du Pacte Civique, ou la citoyenneté active pour une vie sociale aux tenants civiques et civils du service du bien commun pour assurer l’avenir de la société actuelle.

* Mgr Gérard Defois proposa un texte inédit composé pour le jour, introduit par ces propos : “Contribution de l’Eglise Européenne à l’intelligence de l’Europe.” L’auteur rappelle son origine catholique et son souci de lui adresser ce message.

“Les changements ne seront concevables que s’ils s’accompagnent d’un profond changement de nos cultures, porté par un grand élan spirituel . Quelle pourrait être alors la contribution des sagesses et des religions du monde ? Que devons nous attendre des catholiques dans cet immense travail dont ils ne sauraient se dérober ?”

Le paysage mondial des religions est rapporté par le conférencier.

A l’horizon de trente ans, tous les chrétiens réunis dans le monde représenteront 31,4 % de la population, les musulmans 29,7 %. La baisse des chrétiens en Europe y sera sensible, la présence des chrétiens connaîtra dès lors des variations en chiffres et par les transformations qu’imposeront ces nouveaux vecteurs aux Eglises.

Mgr Defois cite en introduction deux papes, deux discours référencés de l’Eglise. Jean Paul II en octobre 1982 sur l’Eglise et l’Europe, rapportant la place des valeurs évangéliques qui sont devenues non seulement l’âme de la civilisation européenne mais aussi le patrimoine de l’humanité. “Les crises de l’européen sont les crises du chrétien. Les crises de la culture européenne sont les crises de la culture européenne”.
Lors de la remise du Prix Charlemagne au pape François en mai 2016 , “redécouvrir l’âme européenne née de la rencontre de civilisations et de peuples” sera le défi du futur du continent...

“Le visage de l’europe ne se distingue pas par l’opposition aux autres, mais par le fait de porter imprimés les traits de diverses cultures et la beauté de vaincre les fermetures entre elles”.. dira Mgr Gérard Defois.

Le cours de la conférence qui suivit reprenait ce sens du propos liminaire en pensant l’europe comme une Communauté de ressources et non un Capital de racines chrétiennes historiquement datées.

Le christianisme prend place dans la société s’il donne sens à l’aujourd’hui de ceux qui le partagent.
Il faut repenser l’europe comme un événement du XXIème siècle, un avènement d’avenir.

L’europe d’aujourd’hui manque de symboles et de rêves, enlisée dans des querelles d’interêts nationaux, ou dans des concurrences de partis exacerbés à qui il manque de la hauteur de vue...

Dans le prolongement de l’exposé l’auteur développe l’argumentaire, penser l’europe comme une itinérance et non une application de thèses essentialistes, autour des valeurs et des hiérarchies qui les commandent.

“Il faut réviser et revisiter nos habituelles pratiques pour adopter une civilisation plurielle où l’apport des autres fait éclore en nous d’autres formes d’expressions et de compréhensions.”

Vouloir penser l’europe est adhérer à une confluence de spiritualités historiques comme le firent d’aucuns avant nous, de Saint Benoît à Charles de Foucaud, de Cyrille et Méthode à ignace de loyola, de Saint Bernard à Mère Teresa,

Les défis prochains, le dialogue avec l’islam, les réflexes rigoristes des laicistes, l’influence philosophico politique des pensées asiatiques furent évoqués comme le travail du Cardinal Tauran dans son dialogue inter religieux mondial d’aujourd’hui.

Mgr Defois s’en inspira pour son compte au sujet de l’avenir de l’europe pour nous.

* La quête de sens dans ses défis partagés en Europe conforta l’idée de “vouloir penser l’europe comme un espace de religions appelées à exprimer le salut de l’homme dans son histoire.”

Une initiative innovante partagée en octobre 1986 autour du pape Jean Paul II et du Cardinal Roger Etchegaray.

Selon une question grégaire et bien souvent entendue, en quoi le fait de croire au ciel donne-t-il des idées et des images à ceux qui travaillent sur la terre chaque jour ?

* Le développement suivant interpela la place de l’europe comme un espace de protestation prophétique sur l’actualité internationale.
Les questions de défense donnant au conférencier matière à évoquer le sujet dans son urgente actualité.

* La conclusion et le dernier rappel de la fonction de l’europe eut trait à la formation des jeunes et au transfert des compétences scientifiques entre toutes les générations d’européens au sein de l’Union.

Un enjeu majeur retenu par Gérard Defois, reprenait des propos tenus par Michel Camdessus dans son livre pré-cité.

Le tableau invoqué de la sorte par Mgr Defois conviait à “revisiter l’Europe, non comme un mémorial passé, au risque célébré de façon passéiste mais un véritable défi futur, auquel les politiques, les religions, les cercles philosophiques,les acteurs économiques et associatifs, les universités doivent participer ensemble désormais.”

Il en irait de fixer de telles ambitions pour refonder la vieille europe un tantinet enkylosée dans ses années, mais pressée par le reste du monde à redevenir une âme commune partagée par ses communautés humaines qui ne cessent de la renouveler sur ses terres et dans sa propre histoire !

* Alain Lamassoure salua la qualité remarquable des conférences.
Pour son cas développa une lecture objective de l’état de l’Union qualifiée de Communauté Européenne, dans ses forces et ses faiblesses.

Ses rendez vous manqués comme celui des migrants laissés à l’initiative de chaque pays, sans une vision commune et future de leur accueil sur la terre de l’europe, le sens des valeurs chrétiennes qui habitent les 80 % des textes décisionnels votés par le Parlement, mais aussi le constat avéré que l’Europe doit se ressaisir à nouveau pour appréhender son histoire, l’enseigner et la connaître entre tous les pays, faire rêver et donner une âme à l’europe, un idéal et une force partagée qui subissent un déficit reconnaissable aujourd’hui...

(Prologue du livre - Vers 2050)

“L’espace mondial est politiquement vide ou presque. Là est la difficulté : comment faire habiter cet espace-là, de plus en plus le nôtre, par le politique ?

Il y a un bien commun universel, qu’il s’agit désormais de définir et de servir ...
Question immense, mais question majeure. N’y pas répondre c’est le malheur du monde” Michel Albert.

Fx Esponde

Pax Christi Bayonne

http://www.baskulture.com/regard-vers-l-avenir-vers-quel-monde-allons-nous-avec-quelle-europe-avec-quelle-eglise-114001

Note : le texte complet des interventions de Mgr Gérard Defois et MM. de Foucauld et Camdessus figurent sur notre site www.baskulture.com aux adresses suivantes :

http://www.baskulture.com/colloque-de-cambo-mgr-gerard-defois-113973

http://www.baskulture.com/colloque-de-cambo-jean-baptiste-de-foucauld-113969

http://www.baskulture.com/colloque-de-cambo-michel-camdessus-113967

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Photo © Roger Barbier

Messages

  • Bien compris, je l’espère fortement, que l’important est d’être de bonne foi. Certes. Mais où est la lucidité ??

    Je suis désolé de ce que je dois écrire ci-dessous.

    Il y a longtemps que je me suis détaché de ce qu’on nomme : l’ "Europe". Je dois avouer que je n’y ai jamais cru depuis le début, et avec raison faut-il le préciser. En très résumé, on ne fait pas, ici, une "nation européenne" avec des nations déjà constituées. Car l’Europe (cette fois sans guillemets) préexiste aux nations. Cette "Europe", UE, artificielle ressemble, par image, au phénomène de la vache folle. On a fait manger des aliments carnés à des herbivores... le résultat fut abominable.

    De plus, on retrouve dans cette "Europe" la séparation historique en deux de l’Europe. Au Nord (excepté la Pologne et l’Irelande) l’Europe de souche protestante, au Sud l’Europe de souche catholique y compris la Grèce de souche orthodoxe. Inutile de dire que c’est l’ "Europe" de souche protestante qui domine l’ensemble...

    Les économistes et les financiers, etc, socialement catholiques ne paraissent aucunement se rendre compte qu’ils travaillent pour le développement des normes économiques, monétaires et sociales d’inspiration protestantes qui s’imposent dans le monde et en "Europe" (sans s’annoncer est-il besoin de le souligner).

    Au 16ème siècle, la reine d’Angleterre Elisabeth 1ère autorisa le prêt à intérêt. Annulant ainsi l’interdiction de l’Église de prêter avec intérêts. Depuis la fin du 17ème siècle, la création de la Banque d’Angleterre (1694) première banque à créer de la monnaie de crédit (papier monnaie) est devenue durant les trois siècles qui suivirent, jusqu’à aujourd’hui, le modèle mondial de banque pratiquant le crédit bancaire par création de monnaie ex-nihilo (à partir du néant) pratiquant un mode de création monétaire généralisé dont nous périssons aujourd’hui, car contre nature. Combien de professionnels catholiques de l’économie et des finances s’en aperçoivent ?? Se sont-ils vraiment réveillés ??

    J’ai toujours été ulcéré de lire et d’entendre des chrétiens (spécialement des catholiques) opiner du bonnet et acquiescer les poncifs "européens" et l’idéologie de l’ "Europe" qu’on a fait avaler de force (pas à moi tout cas) aux peuples "européens" avec, pour -garantie-, leur ignorance crasse monétaire, bancaire et financière. C’est Henri Ford, vraiment lucide, qui, déjà en son temps, déclara :"si les gens connaissaient les mécanismes bancaires, il y aurait la révolution demain matin !"

    Pour prendre le vrai raccourci. L’ "euro" est un mark allemand qui ne dit pas son nom. L’ "euro", cette monnaie unique, que j’appelle (avec d’autres) monnaie - inique -. L’euro, monnaie unique-inique, — ne reflète — absolument pas — les réalités économiques des pays européens —, tout spécialement de l’Europe du Sud. Les ’concepteurs’ de l’euro se sont fourvoyés et ont fourvoyé les bénis-oui-oui qui les ont cru... L’appauvrissement et le chômage, etc., venant confirmer dramatiquement leurs égarements.

    L’Europe du Sud en général fut une partie essentielle de la source de la civilisation, grecque et latine en particulier.

    Cette "Europe"-là est à l’agonie. Elle devient peu à peu la propriété des fortune de l’ "Europe du Nord". Le cas de la Grèce, berceau de la démocratie authentique, est un cas d’école dramatique !

    Les chrétiens, en premier les catholiques, sont devenus des avaleurs de couleuvres relativement à cette "Europe" et d’autres sujets du monde actuel. Au mois qu’ils lisent l’encyclique Vix Pervenit du Pape Benoît 14. C’est incontournable.

    Comment ne pas voir, après des dizaines et des dizaines d’années de coups tordus et de mensonges les méfaits au quotidien infligés par nos "élites" aux ordres de l’ "Europe". Les votes font changer les visages, mais "on" ne change jamais de politique... Qu’est-ce que ça signifie ?? Exemple entre tant d’autres, rien qu’en France, le vote clair contre l’ "Europe" de mai 2005 fut victime de la forfaiture de nos soit-disant "élites"...! C’est une honte historique ! Les "élans" idéologiques sur l’ "Europe" nous ont chloroformés (pas moi). L’actualité d’abord, mais l’histoire et, plus grave, la géographie, démentent les européistes portés à bout de bras par des média aux mains des plus grandes fortunes nationales et internationales. L’on voit bien que les amères réalités économiques et sociales de la majorité d’entre nous relèvent de cet organigramme "européen" tournés exclusivement vers les profits financiers de la seule sphère financière mondialiste créatrice d’une monnaie — sans contre-partie de création de biens et de services réels et concrets ---.

    Pour prendre une image gustative, l’ "Europe" qu’on veut imposer est comme s’il fallait nous faire avaler un mélange de vin et de bière, beurk !!... à vomir !

    À ce rythme, dans 20 ans, tout le monde parlera anglais en "Europe" et la Méditerranée aura été vendue aux plus riches... C’est ce que recherchent les catholiques ?? On dirait.

    Ci-dessous, ce texte (à répercuter et à diffuser) est de 1950. Depuis, l’informatique globalisée et les algorythmes se sont rajoutés sans changer la ’contre nature’ de ce système financier ici enfin dévoilé, le tout fonctionnant désormais à la vitesse de la lumière, ce texte, dis-je, est de plus en plus d’actualité. Il élucide ce qui — domine le monde — ce contre quoi la politique ne peut rien, sinon faire semblant en nous endormant... Tôt ou tard, ce système financier devra disparaître. Les frémissements se rapprochent du dénouement. Mais les sphères financières feront tout pour qu’il n’y ait pas de dénouement...
    La balle est dans notre camps :

    http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=2128

  • Le bruit des faits et méfaits qui font la "Une" des informations actuelles ne peut masquer le message du 21 août 00:28 de Renaud et le contenu du lien proposé. Cette rétrospective, si on peut dire, de par sa longueur et sa densité invite le lecteur à une lecture sérieuse et approfondie. On est alors projeté des décennies en arrière quand les livres d’Histoire nous faisaient découvrir, sauf erreur, (mais Renaud voudra bien, le cas échéant, corriger) John Law, l’argent-papier et le reste. (Pourquoi se priverait-on, dans ce contexte, de penser et de dénoncer, une fois de plus, le retrait d’il y a quelques années des livres d’Histoire des collèges et lycées, remis depuis en circulation... L’Histoire étant quelque part la mémoire des peuples la volonté de l’effacer était évidente pour assujettir le citoyen aux nouveaux concepts d’un totalitarisme économique et financier, et au-delà, à une sorte d’une colonisation nouvelle mouture...).

    Quelle que soit l’opinion personnelle qu’on ait de l’Europe rien ne saurait empêcher la liberté de prendre ou reprendre connaissance du rôle donné à l’argent comme vecteur de, c’est selon, développement contre ou assujettissement de nos sociétés modernes à la civilisation du "veau d’or".

  • Je me sens pleinement européen. Quelques voyages et, surtout, un très grand nombre de contacts avec des ressortissants d’autres continents ont forgé en moi cette conviction.
    Pour autant, je ne me reconnais en rien dans l’Union Européenne et dans ce monde "idyllique" qu’elle prétend m’imposer en le substituant, à vitesse accélérée à tout ce qui faisait mon univers (proche ou éloigné).

    Bien au contraire, l’U.E se livre à un travail de déconstruction de tout ce qui faisait la spécificité de la culture européenne (dans toute sa multiplicité, sa complexité et sa richesse) pour procéder à un insidieux nivellement aligné sur le modèle culturel d’outre-Atlantique nord. En bien des lieux du vieux continent l’American Way of Life s’est substitué aux us et coutumes locaux, jusqu’aux manières de penser, creusant ainsi des fossés irrémédiables entre les générations.

    JB. de Foucaud appelle de ses voeux une démocratie européenne des citoyens, dégagée des barrières nationales. Comment ne voit-il pas que U.E. et démocratie sont profondément antinomiques ?

    Que l’on donne tout de suite la parole aux citoyens, une vraie parole, libre et éclairée, et l’institution bruxelloise sera majoritairement et immédiatement rejetée par ces mêmes citoyens (sauf peut-être quelques confettis - ex-satellites de l’URSS - plutôt dépourvus d’une réflexion politique qui se résume à une mise en remorque derrière le mirage de la puissance militaire US...) !

    C’est clair et évident, l’U.E. est a-démocratique. Cette institution n’a pu se créer et croître que sur la base de contournement répétés de l’avis des peuples.
    Ce sont les oligarchies qui ont pris les décision, substituant la machinerie technocratique au bulletin de vote. Et quand, par mégarde, un peuple osait émettre un avis non conforme aux plans de l’oligarchie, celle-ci refaisait indéfiniment passer le plat jusqu’à absorption complète de la mixture concoctée dans les cuisines bruxelloises !

    Ainsi le vote Irlandais, ainsi le niet de la Hollande, ainsi le référendum de 2005, violé effrontément deux ans plus tard par un Sarkozy qui ne se contentait pas de brader la souveraineté militaire française à l’OTAN... Et tant d’autres mensonges et promesses fallacieuses (comme la campagne du Traité de Maestrich) qui ont petit à petit dépossédé des peuples souverains de leur souveraineté en les asservissant toujours un peu plus à une toute-puissante Commission européenne, démocratiquement irresponsable.

    L’Église n’est pas à l’abri des coups de boutoir de l’oligarchie qui tire les ficelles de l’U.E. Aucun corps intermédiaire ne doit subsister. Surtout s’il se mêle de dénoncer les méfaits du néo-libéralisme (les broncas des néo-cons orchestrées contre François en sont un signe tangible) ou s’il condamne les dérives éthiques du colossal marché des bio-technologies.

    La doctrine sociale de l’Eglise est incompatible avec la doctrine qui sous-tend l’Union européenne.
    Les catholiques seraient bien avisés de raisonner en catholiques lorsqu’ils seront invités (pour combien de temps encore ?) à voter sur la question Europe...

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