Benoît XVI

«  Ratzinger a été marqué par les totalitarismes  »

propos recueillis par Constantin de Vergennes

vendredi 17 juin 2022

Retraçant la période qui s’étend de sa jeunesse sous le régime nazi à son rôle lors du concile Vatican II, la première partie de la biographie de référence consacrée à Benoît XVI sort en librairie. Rencontre avec son auteur, le journaliste allemand Peter Seewald.

Cette biographie est le fruit de dizaines d’heures d’entretiens avec Benoît XVI, réalisées depuis trente ans… Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre ?

Peter Seewald :
C’était en novembre 1992, à Rome. J’ai immédiatement découvert le contraste entre sa réputation et ce qu’il était vraiment. L’homme n’avait rien à voir avec l’image de dureté, de conservateur, qui lui était attribuée. Celui qui n’était alors que le cardinal Ratzinger ne me donnait pas l’impression d’être un puissant de l’Église. Il m’a serré la main de façon douce et s’est montré très affable. J’ai vite compris qu’il était vain d’essayer de se montrer aussi intelligent que lui quand on l’interviewe. Aussi la première question que je lui ai posée était : «  Éminence, comment allez-vous ?  », ce qui l’a beaucoup surpris ! Nous avons ensuite abordé son enfance. La conversation s’est prolongée, au point que son secrétaire est venu plusieurs fois lui rappeler qu’un nonce patientait dans la salle à côté. Lorsque le secrétaire est entré pour la troisième fois, il lui a dit : «  Occupez-vous du nonce, pour le moment je n’ai pas le temps !  » [rires].

Quel aspect humain vous a le plus marqué ?

C’est un homme qui ne se met pas en avant. Mais le plus impressionnant c’est que, s’appuyant sur la théologie, la sagesse de l’Église et de la Tradition, il est en mesure de donner des réponses toujours pertinentes aux questions de notre temps.

Votre biographie insiste sur le rôle des parents du jeune Joseph Ratzinger…
Cette capacité à tenir ensemble la foi et la raison, Ratzinger la tient de son père, homme simple qui n’avait pas reçu une formation très élevée mais qui ne s’est pas laissé influencer par la pression de l’esprit du temps, et en l’occurrence celle exercée par les nazis. Ratzinger disait de lui qu’il avait osé penser par lui-même. Son père avait aussi à cœur d’éduquer ses enfants dans la foi catholique. La famille, par ailleurs, était très pieuse.

Les caricatures se plaisaient à le dépeindre sous son pontificat comme le «  pape allemand  ». Certains ont même sous-entendu qu’il aurait pu faire preuve d’ambiguïté face au nazisme dans sa jeunesse… C’est au contraire à cette époque qu’il trouve les sources de sa théologie…

Au petit séminaire déjà, comme ses condisciples, il doit subir les humiliations infligées par les Jeunesses hitlériennes qui les considèrent comme des brebis galeuses : on leur explique que lorsque Hitler aura gagné la guerre, il n’y aura plus de place pour eux, ni dans les séminaires, ni dans la société ! Un soldat le prévient même : s’il persiste à devenir prêtre, le «  nouveau monde  » à venir lui réservera la prison et la mort. Ces années, sous le national-socialisme, ont ainsi été pour lui une expérience fondamentale. Pour éviter la catastrophe d’un monde sans Dieu, il comprend que le devoir principal de l’Église est l’annonce de l’Évangile. Il ne sert à rien de sauver ses murs et ses biens, s’il n’y a plus de catholiques vivant avec la conviction que l’Église s’appuie sur Jésus-Christ.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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