Raison, foi et avenir

par André Girard

lundi 5 septembre 2016

Au fond, tout repose sur un fait divers. Il s’est déroulé à Jérusalem : le Vendredi 7 Avril de l’an 30, un prêcheur juif nommé Jésus a été crucifié. Des femmes ont affirmé trois jours plus tard que le tombeau était vide et qu’elles l’avaient vu vivant.

Sur la base de témoignages, renouvelés à chaque génération, s’est développée la religion la plus invraisemblable, la plus paradoxale de toutes les religions : l’extrême puissance se révèle dans l’extrême humilité. La Bonne Nouvelle est un projet proposé à la LIBERTE de l’homme : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (St Irénée) parce que « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 8). L’homme est invité à participer à ce processus évolutif.

C’est dans l’espace européen que la civilisation chrétienne s’est développée. La France y joue un grand rôle : en 496, Clovis, le dernier roi barbare devient par le baptême le premier roi chrétien d’Europe, et la France est couramment désignée comme la fille ainée de l’Eglise, récemment appelée « à être plus fidèle » par le pape François.

Guerres, famines, hérésies, confusions intempestives du spirituel et du temporel, n’ont pas empêché la France, et finalement l’Europe entière, de se couvrir « d’un blanc manteau d’églises ». L’élan créatif issu de la Bonne Nouvelle a eu d’immenses conséquences sur tous les plans de l’activité humaine. Des universités se sont installées dès la fin du XIème siècle (Bologne, Paris, Oxford….) où les sciences de la nature et les mathématiques furent enseignées, d’abord sous la houlette généralement bienveillante de la théologie, puis de manière entièrement automne. Ce dynamisme n’a eu aucun équivalent dans les civilisations issues d’autres religions : aucun progrès scientifique significatif n’est venu de Chine, d’Inde ou du monde musulman.

Aucun auteur majeur des révolutions scientifiques qui se sont succédées depuis la Renaissance n’a renié la source judéo-chrétienne de sa culture, ne succombant à aucune des deux tentations fatales : le Dieu Tyran (auquel succombe le fanatisme islamiste) et le Dieu Serpent : « désobéissez, vous serez comme des dieux ».

Mais des philosophes, incompétents dans le domaine des sciences, ont été des adorateurs du dieu serpent. Ils ont pris le pouvoir intellectuel au Siècle dit des « Lumières » : enfin débarrassée de l’obscurantisme, l’humanité allait pouvoir se déployer grâce à sa Raison souveraine.

Pourtant, un siècle plus tôt, Blaise Pascal écrivait : La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la dépasse ; elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à reconnaître cela…

Mais il est vrai que dans les collèges de jésuites fréquentés dans leur jeunesse par nombre de philosophes devenus par la suite solidement ancrés dans l’athéisme, Pascal était sans doute tenu pour infréquentable.

Le totalitarisme de la raison est donc né en France. Bousculant à juste titre un ordre établi injuste, les réformateurs de 1789 auraient pu aboutir à un régime constitutionnel ou à une république raisonnable. Mais il n’en a rien été, et la révolution a basculé dans l’horreur d’une terreur qui a servi explicitement de modèle aux totalitarismes qui se sont succédés au siècle dernier et en ont fait le siècle le plus sanglant de l’histoire de l’humanité.

C’est ainsi qu’à Paris, le 17 juillet 1794, on a pu voir passer les charrettes emmenant du Palais de justice à la Place du Trône Renversé (place de la Nation) seize carmélites accusées de fanatisme, chantant un Te Deum face à la guillotine. Quelques heures plus tôt, jugée de façon expéditive, l’une des sœurs demandant à l’accusateur ce qu’il fallait entendre par « fanatisme » reçut pour réponse : « J’entends par là votre attachement à ces croyances puériles, vos sottes pratiques religieuses ».

Quelques mois plus tôt, le 10 Novembre 1793, une cérémonie en l’honneur de la déesse Raison avait été célébrée à Notre Dame de Paris. Pour faire bonne mesure, il convient d’ajouter deux décisions hautement significatives de la sagesse des adorateurs de la déesse Raison : suppression des Universités (15 Septembre 1793) suppression des Académies (Décembre 1793).
Du passé faisons table rase….

Les outrances de cette période, où l’odieux le dispute au ridicule, sont, bien entendu, unanimement désavouées au siècle suivant, mais l’impérialisme de la raison persiste, sous la forme du scientisme ou religion de la science, sans qu’aucun authentique savant (et c’est là un point essentiel) y prenne la moindre part.

« Nous avons remplacé la croyance par la démonstration » proclame Paul Bert, ministre de l’Instruction Publique et des Cultes en 1882 ; déclaration abrupte et simpliste que son professeur Claude Bernard, agnostique mais opposé à tout sectarisme, aurait certainement désavoué.

C’est dans cette atmosphère de combat idéologique que Charles Péguy a vécu lorsqu’qu’il dénonce la montée en puissance de l’Argent-roi du monde. Le mot magique de « Progrès » a suscité l’espoir d’un imminent bonheur universel, espoir basé sur les découvertes techniques qui, en quelques générations, ont amplifié, au-delà de toute limite prévisible, la puissance d’action de l’humanité sur le monde, sans éthique pour en maîtriser et orienter l’usage.

L’Europe a dominé le monde… et semble avoir perdu son âme. La première guerre mondiale avait refroidi l’enthousiasme naïf des scientistes, sans réveiller l’appétit de transcendance revendiqué par Malraux (et bien d’autres) comme le propre de l’homme. Les totalitarismes du XXème siècle aboutissent à une humanité déboussolée, au bord du gouffre prédit par l’athée Jacques Monod : une société totalement soumise aux appétits suscités par les sous-produits de la connaissance.

La fameuse prédiction prêtée à Malraux, « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas » semble remisée au Panthéon des grandes phrases creuses, peut – être parce qu’au seul mot de religion, un réflexe de dérision se déclenche, écho de la réponse faite à la jeune carmélite envoyée place du Trône Renversé pour y être guillotinée (voir plus haut).

On peut essayer de remplacer le mot religieux de la phrase de Malraux par un autre pas encore totalement dévalorisé :

Le XXIème siècle sera métaphysique ou ne sera pas.

Mais n’est ce pas un fol espoir quand s’ouvre l’ère du numérisable ?

Et pourtant… Même à son insu, même face au déni de ses « élites », la société française reste imprégnée des valeurs chrétiennes qui sont à la base de sa grandeur passée. La dignité de la personne humaine en est le cœur, mais trop de ses responsables refusent d’en reconnaître l’origine. Le message évangélique, dans sa radicale simplicité reste à l’ordre du jour.

https://www.edilivre.com/auteurs/andre-girard-13378.html

Messages

  • Je lis :"le totalitarisme de la raison est né en France en 1789"
    Pourtant Adam Wershaupt, fonda en Bavière les Illuminatti, une secte secrète à former une société régie par le droit de vote qui donne la suprématie aux masses. Le prince de Bavière ayant connaissance de ce document bannit toutes les sociétés secrètes et publia le document fondateur pour avertir toutes les cours d’Europe, cet avertissement fut ignoré en France. Les illuminés se répandirent en Europe. Le marquis de Luchet dans "essai sur la secte des illuminés" affirme que la Franc-maçonnerie fut infiltrée par les illuminés qui firent la révolution par l’intermédiaire des Jacobins. L’abbé Barruel publia les mêmes conclusions. Les illuminés, dans le document de leur fondateur, déclarent les masses aveugles, il faut leur choisir leur président. Un nouveau gouvernement mondial doit apparaître comme le patron et le bienfaiteur des peuples. Si un peuple s’oppose, il faut mobiliser ses voisins et les inciter à une action armée
    Pour faire admettre toutes ces stupidités, on déclare les intellectuels français du 18e siècle inventeurs d’une philosophie des lumières, puisque tout est le résultat de la raison, alors il faut l’admettre

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