Traduit par Isabelle

Quand les Cardinaux font du grabuge

par le père Gerald Murray

mercredi 22 février 2017

Il était facile de prédire qu’ Amoris Laetitia (surtout la note en pied de page 351) provoquerait des assauts discordants dans l’unité doctrinale de l’Eglise – même de la part de certains des propres pasteurs de l’Eglise. Le Cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, vient de rejoindre les rangs des prélats qui disent que le pape François a autorisé de donner la sainte communion à ceux qui vivent un second « mariage » adultère.

Coccopalmerio, dans sa brochure récemment publiée, Le huitième chapitre de l’exhortation apostolique post synodale Amoris laetitia, (que certains considèrent comme faisant autorité puisqu’elle émane de la maison d’édition même du Vatican, la Libreria Editrice Vaticana), étend aussi cette permission à d’autres qui vivent une relation sexuelle hors mariage .

Coccopalmerio écrit :

Les divorcés remariés, les couples de fait, ceux qui cohabitent, ne sont certainement pas des modèles d’unions en harmonie avec la doctrine catholique, mais l’Eglise ne peut pas se boucher les yeux. Aussi les sacrements de Réconciliation et de Communion doivent également être donnés aux familles dites blessées, et à ceux, même nombreux, qui, bien que vivant des situations qui ne sont pas dans la ligne des canons matrimoniaux traditionnels , expriment le désir sincère d’approcher les sacrements, après une période de discernement appropriée….c’est un geste d’ouverture et de profonde miséricorde de la part de notre mère l’Eglise, qui ne laisse en arrière aucun de ses enfants, consciente que la perfection absolue est un cadeau précieux, mais qui ne peut pas être atteinte par tout le monde.

Que trouvons-nous ici ? Des slogans et des euphémismes. Un slogan a pour but de faire cesser la discussion. Un euphémisme écarte intentionnellement le lecteur d’une description précise et exacte de la réalité. Un de mes professeurs de séminaire notait que la mécanique verbale précède toujours la mécanique sociale. Ici il s’agit de mécanique doctrinale.

Des slogans tels que « se boucher les yeux » et « ne laisse en arrière aucun de ses enfants » , et des euphémismes tels que « des familles dites blessées » et « des situations qui ne sont pas dans la ligne des canons matrimoniaux traditionnels » montrent une décision de ne pas présenter une défense soigneusement motivée et précise de ce qu’on appuie. Coccopalmerio essaie plutôt d’entrainer le lecteur dans de mauvaises directions avec des appels à l’émotion.

« Ne pas se boucher les yeux » signifie que l’Eglise devrait ignorer purement et simplement l’état de péché de certains comportements. Dans le cas des unions comportant adultère et fornication, la question n’est pas de guérir « des familles dites blessées », mais de prévenir les pécheurs que leur conduite offense Dieu gravement.

Quand il dit que l’Eglise ne « devrait laisser en arrière aucun de ses enfants », il veut dire que le refus de donner la communion à ceux qui vivent publiquement une vie de péché grave serait un abandon injuste. Les unions adultères ne sont plus maintenant que des « situations qui ne sont pas dans la ligne des canons matrimoniaux traditionnels ». La loi de Dieu sur l’indissolubilité du mariage et sur l’immoralité de l’adultère n’est plus qu’ « une tradition » incorporée dans un canon. Violer cette loi n’est qu’une « situation qui n’est pas dans la ligne » de ce canon, lequel a été écrit quelque part, un certain jour, par quelqu’un. Quelle est l’importance d’un canon en comparaison des personnes vivantes qui « expriment le désir sincère d’approcher les sacrements après une période appropriée de discernement » ?

Coccopalmerio décrit l’observation du sixième sacrement comme « la perfection absolue (qui) est un bien précieux, mais qui ne peut pas être atteint par tout le monde ». Mais l’Eglise n’a jamais enseigné que d’observer le sixième commandement était un état de « perfection absolue », dépassant les capacités d’aucun de ses fils et de ses filles. C’est une erreur de considérer que la fidélité conjugale est un idéal inatteignable pour beaucoup de chrétiens. La grâce du sacrement de mariage est donnée par Dieu pour conforter les personnes mariées dans l’accomplissement de leur obligation conjugale de fidélité. L’infidélité est un choix contraire à nos obligations envers Dieu et notre conjoint. Ce n’est pas une alternative autorisée pour ceux qui ne « peuvent pas » atteindre « la perfection absolue ».

Coccopalmerio déclare plus loin : « L’Eglise pourrait admettre à la Pénitence et à l’Eucharistie les fidèles qui se trouvent dans une union illégitime et qui veulent changer cette situation mais ne peuvent pas agir selon leur désir ».

Dieu ne permet pas pour ne pas dire qu’il interdit, à quiconque de commettre un péché mortel. Et Il n’autorise personne à entrer publiquement dans une union qui soit contraire à sa loi sur le mariage. Une personne qui s’est mise en situation d’union adultère doit, pour le bien de son âme, sortir de cette situation. L’Eglise a le devoir de faire respecter la sainteté de la Sainte Eucharistie. Ceux qui rejettent publiquement le sixième commandement, d’une manière ou d’une autre, ne peuvent pas être admis à recevoir la sainte communion jusqu’à ce qu’ils aient mis un terme à leur état de péché.

Contrairement à tout cela, le cardinal Robert Sarah a publié une deuxième interview longue comme un livre, avec le journaliste français Nicolas Diat. Celle-ci va bientôt paraître en anglais : Le pouvoir du silence, contre la dictature du bruit. Dans ce dialogue profond sur le besoin qu’ont les croyants de retrouver l’amour du silence dans notre monde agité, le cardinal Sarah s’attaque aux questions brûlantes soulevées par le chapitre six d’Amoris Laetitia.

Le Christ est certainement affligé de voir et d’entendre des prêtres et des évêques qui devraient protéger l’intégrité de l’enseignement de l’Evangile et de la doctrine, multiplier les paroles et les écrits qui diluent la rigueur de l’Evangile par leurs affirmations volontairement ambigües et confuses. A ces prêtres et à ces prélats qui donnent l’impression de prendre le contrepied exact de l’enseignement traditionnel de l’Eglise en matière de doctrine et de morale, il n’est pas déplacé de rappeler les paroles sévères du Christ : « C’est pourquoi je vous le dis, chaque péché et blasphème sera pardonné à l’homme, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Et quiconque dit une parole contre le Fils de l’Homme sera pardonné ; mais quiconque parle contre le Saint Esprit ne sera pas pardonné, ni dans cet âge, ni dans l’autre ».

« Il est coupable d’un péché éternel » ajoute Marc. (Ma traduction)
La rigueur de l’Evangile est ce qui sauvera les âmes. La dilution de cette rigueur par quiconque au nom d’une fausse compassion fait beaucoup de mal en transformant l’Evangile en quelque chose qu’il n’est pas.

https://www.thecatholicthing.org/2017/02/16/when-cardinals-clash/

Messages

  • Une telle lecture des textes me fait penser au. Pharisiens...
    Là loi est faite pour l’homme et non l’inverse !
    Que celui qui n’a jamais péché lance la première pierre

  • Evidemment, c’est le machin américain.

    Là, il faut vraiment avoir la foi, l’espérance et la charité. Une vraie épreuve de Carême, ces articles.

    FC va nous en mettre un par jour jusqu’à Pâques...

    • cf. : 24 février 19:14 : L’article en question a donné à "gb" à penser aux pharisiens. Dommage ! Juste aussi pour rappeler que "gb" aura oublié de mettre entre guillemets les deux phrases suivantes de son message et/ou mentionner que c’est Jésus-Christ Lui-même qui en est l’auteur. Sur la loi : JC donnait la définition du sabbat n’est-ce pas (Lc 14,1-6), suit la référence à "la femme adultère" (Mc 2, 27).

      cf. : 25 février 11:50 : L’évidence n’est même pas à signaler que le bref (heureusement !) message démontre une fois de plus que l’opportunisme est le recours le plus facile sur lequel on se jette pour se donner l’illusion d’avoir raison et que TCT est à jeter aux orties. Les sillons du CD sont fêlés et et s’arrêtent donc sur la même note. Sottement agressif et inintéressant.

      Le 22 février 2016 est publié l’article du père G. Murray et, comme une coïncidence, le 24 février 2016 c’est l’évangile selon St Marc 10, 1-12 qui rapporte les paroles de Jésus à l’adresse des pharisiens dont la conclusion est "...Ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas...Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère". Une méditation de Guy Gilbert
      (le curé des loubards) : "Quelle est la plus belle aventure de la vie, si ce n’est l’amour ? C’est la plus grande, la plus belle, la plus noble, la plus ancienne et la plus neuve. La culture de la patience est devenue une contre-culture. Vouloir être patient en amour aujourd’hui c’est vivre à contre-courant. Avez-vous essayé de tirer sur l’herbe pour qu’elle pousse plus vite ? Vous savez que la croissance d’une plante nécessite un temps, et que rien n’y changera...En amour c’est pareil...". Confondre : "amour" et uniquement le sexe est devenu monnaie courante. ( Et Guy Gilbert semble avoir oublié que de nos jours pour faire pousser plus vite fruits et légumes et même hors-saison l’homme a inventé les fertilisants synthétiques... Nous connaissons aussi le goût de la tomate qui ressemble à celui du concombre qui ressemble à celui de la pomme qui ressemble à celui de la courge qui ressemble... Récemment on est revenu au "bio" pour trouver ou retrouver qualité et saveur... Cela coûte aussi plus cher)...

      On pourrait se référer à la question de l’union entre un homme et une femme dans Matt. 19-5 et 7, Mc 10:9 et aux épitres de Paul aux Romains, Corinthiens, Ephésiens, Hébreux... Le Droit canon dans l’Eglise catholique peut-il être compris comme précisant des repères pour éclairer la route au lieu des les traduire comme des lois bêtes et inexorables imposées par des inquisiteurs ? Nul besoin de commenter le billet de G. Murray, cette fois plus fort que les précédents. C’est en tant que prêtre et exégète qu’il s’exprime et il ne fait que son devoir en rappelant des textes.

      Pour en terminer, que n’a-t-on lu sur "la lettre de quatre cardinaux au pape François" : "une lettre incendiaire envoyée au pape", une "dubia"comme jamais vue jusque-là adressée à François", "la révolte de cardinaux et évêques..." etc. Quand on lit la traduction française de cette "dubia" on constate que le propos s’adresse au Saint-Père et est respectueux, des questions lui sont posées par ordre 1, 2, 3... Le pape François y a-t-il répondu ? J’avoue l’ignorer. De toutes manières, le chapitre VIII d’"Amoris Laetitia" dont les paragraphes 300-305 font poser question à nombre d’évêques ne saurait être discuté dans l’espace limité d’un forum, encore moins entre des personnes non qualifiées, dont je suis.

      The Catholic Thing, dans des billets intéressants dont la traduction en français est publiée ici reflète ce que pensent les uns et d’autres sur le sujet depuis la sortie d’"Amoris Laetitia". Donner sa bénédiction ou insulter les auteurs, être d’accord ou pas avec ce qu’on lit dans TCT, tout cela ne sert franchement à rien sinon qu’à se ridiculiser si on n’est pas spécialiste de la question. Les billets soumis à l’attention du lecteur sont sujets à prise de connaissance, réflexion et, si possible, à des discussions équilibrées, sans a priori, dans le seul but d’échanger, même si entre profanes, en tous cas avec calme et honnêteté. Tout le reste n’est que du vent.

      Inutile d’ajouter que la prière, elle, est à la portée de qui le veut...

  • « Amoris Laetitia » est la goutte qui a fait déborder le vase. Le pape a cru – de bonne foi ...– pouvoir s’appuyer sur le concile et son progressisme. Mais le temps a changé et il se couvre même salement.

    Il y aurait comme un air de retour à la tradition en matière de religion et de retour aux nations en politique. C’est à mon avis, en fait, le même mouvement. L’Église conciliaire représente le progressisme et l’Église de la tradition, le retour vers l’Histoire et une sorte de « patriotisme ecclésial », si j’ose dire.

    Les catholiques suivent ce même mouvement pour un grand nombre et commencent à se détacher du pape actuel. Beaucoup ne le disent pas mais beaucoup le pensent. Le pape le sait bien évidemment et son souci prochain va être, d’éviter un schisme dans l’Église.

    Pour l’heure, il fait comme tous les progressistes : il tente d’écraser la dissidence.

    • Je ne suis pas d’accord avec votre lecture.

      Ce qui a changé, c’est qu’il y a beaucoup de divorcés autour de nous et la communauté chrétienne est aussi touchée. Qu’est-ce que ça signifie en terme d’accueil et de pastorale et d’accueil de ces personnes qui ne sont pas pour autant des pestiférées ?

      Je pense qu’il est injuste de ne pas relever que ces difficultés tiennent d’abord aux insuffisances de la pastorale du mariage dans nos diocèses : on marie à l’église sans toujours assez de discernement et après il faut assumer la casse...Personne n’est à l’abri, pas même les tradis rigides.

      De plus, le problème qui nous occupe n’est pas un problème de "progressisme" versus "conservatisme" : c’est une question de miséricorde.

      Le pape a ouvert des options déjà pratiquées d’ailleurs et qui sont à la disposition des évêques en fonction d’un discernement à effectuer pour chaque cas particulier sans que cela fasse scandale dans les paroisses.

      J’approuve complètement ce qui ne remet pas en cause le sacrement du mariage. Arrêtons cette déconnitude : ce n’est pas parce qu’une personne ayant connu un divorce est admise à la communion que mon propre mariage est remis en cause !

      Que cette question soit l’occasion pour certains cardinaux de faire du "grabuge" parce qu’elle révèle un malaise ou des désaccords sur la façon dont le pape assume sa mission, ça on a bien compris.

      Cela dit mon message voulait clairement signifier : "je sature".

      Il n’y a rien d’intéressant à attendre de ce grabuge. L’article ci-dessus est d’une rigidité effrayante. C’est la Loi telle qu’on l’entendait dans l’orient ancien ou telle qu’on la pratique dans l’islam...Il y manquerait juste la lapidation.

      Une fois de plus, je déplore que FC se fasse le propagateur de ces articles qui ne nous font progresser ni dans la foi ni dans la raison.

      Car je récuse cette division entre conservateurs et progressistes : nous sommes des progressants dans la foi riches d’une tradition vivante et non pas fossilisée.

      La foi et l’idée de l’Eglise que véhicule The catholic thing sont hautement répulsives à mes yeux et je ne me reconnais nullement dans ce catholicisme de pharisiens dont la doctrine ressemble à un rappel au règlement.

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