Quand la Chine s’éveillera…

par Gérard Leclerc

jeudi 26 octobre 2017

En lisant mes collègues spécialistes de la Chine, qui rendent compte du XIXe congrès du Parti communiste chinois, je n’ai pu m’empêcher d’éprouver un sentiment de crainte, d’appréhension pour le futur proche. N’est-ce pas notre Napoléon qui avait prédit : « Lorsque la Chine s’éveillera, le monde tremblera » ? Alain Peyrefitte, un de nos plus brillants politiques d’après-guerre, qui était aussi un intellectuel, avait repris la formule comme titre de son livre paru en 1973 et qui avait fait grand bruit à l’époque. Peyrefitte avait été en Chine pour rendre compte de l’expérience maoïste, au lendemain de la sanglante révolution culturelle accomplie par le grand timonier Mao Tse-toung, et il avait été malheureusement dupe de la propagande du régime. Relues avec le recul du temps, certaines de ses pages font mal. Au final, n’adressait-il pas un étonnant satisfecit au pire totalitarisme, en saluant cette Chine qui sollicitait notre reconnaissance, je cite « par sa volonté passionnée de créer un univers plus juste et de changer l’homme même, par le courage avec lequel elle supporte des sacrifices qui nous sembleraient intolérables, par l’interpellation qu’elle nous adresse ».

Lorsqu’on a lu en vis-à-vis Les habits neuf du président Mao, le livre terrible de Simon Leys, un tel jugement est insupportable, mais il anticipe sur l’évolution qui s’est produite après la mort de Mao, grâce à son successeur Deng Xiaoping, qui a rompu avec les folies qui avaient fait d’innombrables victimes. Ce n’est pas le régime maoïste qui a propulsé la Chine aux avant-gardes du développement économique et de la puissance. C’est parce que les successeurs ont rompu avec le régime qu’ils ont été capables de prétendre au leadership mondial qu’ils disputent désormais aux États-Unis. Des successeurs qui, il est vrai, demeurent communistes et continuent à tenir, d’une main de fer, un appareil qui ne tolère aucune opposition. Le secrétaire général Xi Jinping s’impose comme l’Empereur rouge, à l’égal de Mao, et se déclare l’ennemi des influences intellectuelles de l’Occident.

On sait la situation précaire du christianisme chinois, qui vit sous surveillance et se trouve souvent persécuté. C’est pourquoi, la prophétie napoléonienne reste d’actualité. Qu’attendre de cette super-puissance pour notre avenir commun ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 octobre 2017.

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