Qu’est-ce que le macronisme ?

par Gérard Leclerc

mercredi 20 septembre 2017

L’incontestable mutation que constitue l’avènement d’Emmanuel Macron dans notre paysage politique, avec la défaite sévère de la droite et de la gauche institutionnelles suscite forcément la réflexion de nos meilleurs intellectuels. De quelle nature est le changement ? Ne dépasse-t-il pas la politique au sens restreint du terme, parce qu’il s’agirait plutôt d’un changement de culture ou même de civilisation ? Les avis peuvent diverger. Pierre-André Taguieff, dans un essai intitulé Macron : miracle ou mirage ? (Éditions de l’Observatoire), pense que notre Président serait plutôt un mirage, qui ne tardera pas à décevoir, même s’il incarne les espoirs de la nouvelle bourgeoisie mondialisée. Régis Debray va plus loin dans un autre essai sur Le nouveau pouvoir (Medium – Éditions du Cerf), où il démontre qu’il y a vraiment du nouveau, car il y a un contenu spécifique à cette nouvelle bourgeoisie. Albert Thibaudet, en son temps, celui de la Troisième République, pouvait parler de République des professeurs, mais elle a laissé, après la guerre, la place à la République des énarques. République aujourd’hui en déclin car le Rastignac contemporain fait plutôt HEC que l’ENA tandis qu’il lance une startup et va en stage aux États-Unis.

Régis Debray poursuit ainsi la démonstration de son précédent essai intitulé Civilisation (Gallimard), où il expliquait « comment nous sommes devenus américains ». Avec Macron, ce serait un fait avéré, contemporain d’une culture « où le smartphone et le réseau ont changé les règles du jeu ». Ce changement de civilisation comporte aussi une dimension religieuse, plus favorable nous dit-il, au protestantisme évangélique qu’au catholicisme. Ce seul point devrait retenir toute notre attention. J’avoue que j’ai beaucoup admiré la façon dont Régis Debray, dans un entretien au Figaro, répond à une question de Vincent Trémolet de Villers sur notre pape François. Non, François ne participerait pas du tout à l’évolution séculariste d’un certain protestantisme. Il ne cesse de dénoncer l’économie liquide et la suprématie de l’argent : « La centralité du pauvre, comme pour Léon Bloy, c’est absolument étranger aux religions de la prospérité et de la réussite. François l’Argentin, le Latin résiste de son mieux à ce moment néo-protestant. »

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 septembre 2017.

Messages

  • Peut-on réellement parler de "défaite" ?
    Le résultat des sénatoriales d’hier montre que la droite et la gauche parlementaires sont toujours vivaces. Ou bien s’agirait-il des derniers soubresauts avant le râle d’agonie ?
    L’avenir le dira mais rien n’est moins sûr.
    Le terme mutation est cependant approprié car ce sont les mêmes (une partie des mêmes) qui, au prix de reptations sournoises, ont constitué le noyau dur du macronisme ; mais la mutation est des plus instable. Cela seul qui a guidé tous ces transfuges de la gauche et de la droite institutionnelles, c’est l’intérêt personnel, l’intérêt de la carrière : le fumet entêtant de la bonne soupe qui mijotait dans les arrières-cuisines politico-électorales.
    D’autres, moins aventureux, tous les "constructifs" de la dextre et de la sénestre, gardent deux fers au feu, au cas où...
    Que surviennent des vents gravement défavorables au fringant mari de Brigitte et tout ce petit monde tournerait casaque en un rien de temps. Le vieux clivage éculé droite-gauche n’a pas que des inconvénients pour les vieux routiers de la politique. Gageons même que quelques uns des petits béjaunes des travées LREM de l’Assemblée nationale, séduits par les plaisirs nouveaux procurés par des mandats électifs, si facilement obtenus, pourraient, en cas de naufrage macronien, abandonner le navire et rejoindre droite et gauche tant décriées.
    Si c’est le seul moyen de péréniser un siège, il n’y a pas de petit sacrifice...!
    Le macronisme, cet ensemble sinistrement vide, cette auberge espagnole en trompe-l’oeil, repose sur un clientélisme attaché à un personnage qui semble béni des dieux de l’Olympe financière et oligarchique.
    Le Jupiter en carton pâte pourrait très facilement se prendre le pied dans ses propres pièges et dans sa "complexité" de carnaval. Ce serait alors la chute au royaume d’Hadès.
    C’en serait définitivement fini du macronisme, bulle éphémère qui promettait des printemps mais qui, en réalité, ouvrait la porte à Perséphone, reine des Morts...

  • La réponse qui suit n’épuise pas le sujet ouvert par la question en titre de cet article.

    Le macronisme c’est aussi une offensive mesquine continue à l’encontre du droit d’expression de ses opposants.
    On se souviendra du comportement lourdement grossier, et médiocre, d’un jeune président fraîchement élu lors de la réception officielle à Versailles de son invité, Vladimir Poutine, président de la fédération de Russie.

    Il s’agissait de l’accusation, injuste et totalement infondée, portée contre les journalistes de Sputnik-France et Russia Today accusés d’ingérence grave dans la campagne présidentielle et de propagande au profit de la Russie... Ce qui, selon l’accusateur, justifiait la mise en quarantaine de ces deux médias et le refus de toute accréditation.

    Énième (et sûrement pas ultime) récidive dans ce registre : la fermeture autoritaire et inopinée du blog de l’excellent Jacques Sapir ! (*)

    Le justificatif étonnant du censeur :
    http://russeurope.hypotheses.org/6303

    Quelques décryptages éclairants communiqués par un blogueur :
    https://gaideclin.blogspot.fr/2017/09/liberte-dexpression-le-blog-de-jacques.html?m=1

    Cet état d’esprit de censure digne d’une dictature ou d’une république bananière augure mal de la suite du quinquennat. Quand la parole est muselée, il ne faut pas être surpris si la rue prend le relais à un moment ou un autre et montre les crocs...

    (*) qui a le défaut aux yeux du mesquin locataire de l’Élysée d’être un opposant brillant et sans concession au système Macron, d’animer des émissions et des chroniques sur la chaîne Sputnik et, enfin, de ne pas être russophobe...

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