Traduit par Pierre

Problèmes moraux chez les partisans de l’avortement.

par David Carlin

dimanche 23 octobre 2016

Pour les "humanistes séculiers" — si on peut nommer ainsi les partisans du mouvement anti-chrétien devenant vite dominant dans la culture Américaine — les deux plus importantes valeurs sont la liberté sexuelle et la non-violence. Mais ces deux valeurs sont en conflit — conflit pour le moins évident — quand il s’agit de l’avortement

D’une part, le droit à l’avortement est un besoin virtuel sous un régime de liberté sexuelle, car, sans ce droit comment pourrait-on effacer les "faux-pas" ? D’autre part, l’avortement se révèle être un acte d’une immense violence.
Si vous adhérez à l’humanisme séculier, comment réconciliez-vous ces deux valeurs conflictuelles de liberté sexuelle et de non-violence ? Comment échappez-vous à ce hiatus ?

Vous disposez de nombreux arguments à ce sujet — aucun cependant ne tient bien la route.

En premier lieu vous pouvez dire que la "chose" à supprimer par avortement n’est pas une simple entité ; ce n’est guère qu’un "assemblage de cellules", ou une "masse de tissus". Mais vous constaterez sans doute que ce n’est pas une réponse convaincante. Sauf peut-être pour des filles peu instruites issues de quartiers défavorisés, clientes de cliniques d’avortement, mais certes pas pour des gens instruits — et l’humaniste culturel est très instruit. L’entité qu’on y supprime est d’évidence un "objet" vivant.

Ou bien vous pourriez faire la distinction entre un être vivant et un "être vivant latent". Alors, même si vous admettez la validité d’une telle distinction (ce qui n’est nullement justifié), il vous reste deux questions. Primo où est la frontière entre "être vivant latent" et "être vivant" ? Secundo, même si un "être vivant latent" n’a pas autant d’importance qu’un humain ordinaire, n’en a-t-il pas presque autant ? S’il en est ainsi, comment le mettre à mort pourrait être licite — sauf, peut-être dans des circonstances tout-à-fait exceptionnelles ?

On pourrait objecter que la personnalité n’existe pas dans la nature ; c’est une conception légaliste. Une entité vivante devient une personne , et donc a le droit de vivre, quand la loi la déclare "personne". Mais alors, cela signifie que si la loi le décrète, un chien est une personne, et qu’un bébé n’est une personne qu’à partir de son premier anniversaire — si la loi en décide ainsi. Et Untel, membre de telle ou telle société, n’est une personne que si la loi en décide ainsi.

Pour d’autres, il n’existe pas de valeur objective, une valeur ne peut être que subjective ; ainsi, selon que la mère (ou le père et la mère) lui accorde(nt) ou non de la valeur, l’embryon / fœtus aura ou non de la valeur. Mais si, selon vous, toute valeur est subjective, et non objective, vous êtes incité à déclarer que la musique de Beethoven ne vaut pas mieux que celle de Beyonce. Par ailleurs, même si la valeur est purement subjective, d’autres personnes que les parents ne peuvent-elles attribuer de la valeur à l’enfant à naître ? La grand’mère, par exemple ? Ou un ami des parents ? Ou Mère Teresa ?

L’argument le plus convaincant, et en même temps le moins défendable, se présente ainsi : « Nous, les humanistes séculiers, avons fréquenté les bonnes Facultés, avons de bonnes situations et de confortables revenus ; nous habitons dans des quartiers chics ; nos enfants sont inscrits dans de bonnes écoles ; nous visitons de beaux musées ; nous lisons les meilleurs romans actuels et regardons les meilleurs films étrangers ; nous allons dans les meilleurs restaurants ; nous apprécions les bons vins, la bonne bière, le bon café. Bref, nous faisons partie de l’élite. Vous, Chrétiens pro-vie, êtes en quelque sorte inférieurs — instruction, revenus, lieux de résidence, goûts artistiques, qualité de vos menus favoris de spaghetti au restaurant. Vous aimez le café soluble, le vin ordinaire, et vous croyez "faire chic" en buvant de la Budweiser [N. d. T. : marque de bière populaire aux U.S.A.]. Vos enfants sont généralement à votre image de pauvres gens mal adaptés. Par conséquent, l’avortement est moralement permissible, et l’hostilité à l’avortement est moralement stupide... »

D’un point de vue logique, ce genre de raisonnement est, bien sûr, absurde. Mais "Ça marche" — il sert à persuader les gens des classes aisées de leur supériorité en tous domaines. Ce qui ne date pas d’aujourd’hui ; et qui marche en toutes époques et en tous pays.

Si vous faites partie de la catégorie supérieure — dans la Rome antique, à Paris au XVIIIème siècle ou à Boston au XXIème siècle — vous n’avez pas à tenir compte sérieusement du point de vue des classes sociales inférieures.

Leur infériorité sociale est bien la preuve qu’ils ont presque certainement tort de ne pas être d’accord avec vous. Pas besoin de suivre pas à pas leurs arguments ou leurs récriminations pour les réfuter. Vous n’avez qu’à rejeter ces arguments, parfois avec un ricanement, souvent en riant franchement.

L’ennui, c’est que parfois les classes inférieures se lassent d’être traitées avec mépris, et se rejoignent dans le sillage d’un champion qu’elles considèrent comme l’homme de la situation. Il est parfois l’homme de la situation — Jules César, par exemple, ou Napoléon. Parfois, c’est une pâle imitation — Mussolini, par exemple, ou Juan Peron, ou Donald Trump.

Beaucoup de "pro-vie", y-compris de catholiques pro-vie, ont rallié Donald Trump avec l’illusion qu’il assènera de puissants coups au régime pro-avortement de l’Amérique. S’il est élu président il se peut (c’est possible mais non certain) qu’il nomme des juges anti-avortement à la Cour suprême. Mais s’il échoue (ce qui paraît fort probable alors que j’écris ces lignes), la cause pro-vie souffrira.

Les humanistes séculiers tireront avantage de son échec avec un argument fallacieux de plus : « C’est une nouvelle preuve de l’idiotie des anti-avortement car ils soutenaient cet épouvantable bonhomme Trump. Si vous êtes pro-vie, vous êtes un crypto-fasciste. Il n’y a pas lieu d’y prêter l’oreille. »

21 octobre 2016.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/10/21/the-moral-conflicts-of-abortion-advocates/

Illustration : LIFE (20 Avril 1965) - la célèbre page de couverture par Lennart Nilsson.

Messages

  • Pour avoir des problèmes moraux, encore faut-il accepter l’idée d’une morale, et la fonder sur des principes intangibles. Si les principes sont contingents, ce n’est plus une morale, c’est un ensemble de caprices.
    Et les caprices sont le fait des enfants mal élevés, quel que soit leur âge, leur niveau d’instruction et de revenus.

    Bien sûr, les caprices deviennent ennuyeux lorsqu’ils s’exercent à l’encontre de vies humaines, innocentes de surcroît, mais à partir du moment où l’intention part d’un "bon" sentiment, où est le problème ?
    Il est quand même scandaleux que quelques coincés de la braguette prétendent imposer leurs vues d’un autre âge qui empêchent de profiter des bienfaits de la révolution sexuelle permise par la pharmacopée et, au besoin, le couteau du boucher rebaptisé gynécologue-avorteur !

    Honte à eux qui ont le mauvais goût d’être logiques et réalistes lorsqu’ils disent à la suite du professeur Jérôme Lejeune qu’une fois la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde, un nouvel être vivant unique existe, qui ne sera jamais autre chose qu’un être humain si on veut bien lui permettre de se développer.
    Honte à eux qui s’occupent de fournir soutien, accueil et aide aux femmes qui se posent la question de l’exercice du droit de tuer l’enfant qu’elles portent : c’est un droit légalement reconnu, donc c’est bien de l’exercer et mal de s’interroger sur le contraire.
    Honte à eux qui se dévouent pour accueillir des femmes qui souffrent après avoir avorté et ne parviennent pas à se remettre de ce traumatisme causé par la mort acceptée de leur enfant dans les premiers jours de sa vie : il faut qu’elles assument ce noble choix d’"un enfant si je veux et quand je veux", sinon, comment peuvent-elles être des femmes modernes et indépendantes ? Ces souffrances - prétendues, puisque le ministère de la Santé dit qu’elles n’existent pas - ne sont que billevesées vis à vis de la noble cause du féminisme et de l’abolition de la morale (tiens, on y revient !) sexuelle imposée par une société archaïque prônant la fidélité dans le mariage.

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