Préface à Noël : la Visitation de Marie auprès d’Elisabeth

par Dominique Daguet

lundi 21 décembre 2015

Il est une merveille que, depuis longtemps, je voudrais mieux saisir, comprendre : comment le petit Jean – qui plus tard sera nommé le Baptiste –, comment il réussit, depuis le refuge du ventre maternel, à reconnaître Celui qui logeait en celui de la Vierge Marie : au point de se mettre à danser en Élisabeth pour bien faire savoir combien il était heureux de la présence de l’Enfant parfait, de l’Enfant infiniment pur, de l’Enfant que chaque enfant peut reconnaître pour son Ami à jamais.

Car enfin, le futur baptiste n’était encore qu’un enfançon de six mois, un bébé comme les autres alors que Celui qu’il saluait avec cette magnifique ardeur était bien plus que lui. Ne venait-Il pas du fond de l’Univers, et même de plus loin ? Fils de Dieu et Dieu lui-même quoiqu’être humain aussi, mais dépourvu de toute capacité à la mauvaiseté !

La réponse m’a semblé évidente : chacun de nous avons droit à être « Temple de l’Esprit Saint » et donc d’être logeur de cet Esprit d’Amour comme d’être en mesure d’entendre et d’écouter ses messages : mais Lui, l’Enfant Jésus, Il le connaissait de toute éternité cet Amour de Vie infinie partagé entre Lui et le Père en leur éternité. Après tout, Il n’avait qu’à faire savoir à ce Père de toujours qu’Il désirait, à toute force, pouvoir saluer son cousin car, plus part, il lui serait un précieux disciple qui irait même jusqu’à dire de Lui Jésus qu’« il n’était pas digne de délier ses sandales ».

En vérité, le premier à pouvoir se manifester n’était-il pas Jésus lui-même ? Oui, ne pouvait être que Lui ! Comment cela ? Ce bébé de rien du tout n’était conçu que depuis deux jours seulement ! Certainement, mais je maintiens l’affirmation : la personne qu’est Jésus n’est autre que le Verbe éternel, ici incarné afin d’accomplir chez les hommes une mission qui ne peut être accomplie que par « un homme vraiment homme », même si naturellement et à jamais débarrassé de la condition de pécheur. Il faut être athée ou libre penseur pour ne pas trouver cet argument décisif.

J’ajoute : il nous fallait ce signe pour comprendre à jamais que l’être à peine conçu appartient réellement à l’espèce humaine, ce qui est si tragiquement nié de nos jours, jusqu’à dire, avec un absurde et sot aplomb, que cet ‘’embryon’’ ne peut être qu’une infime boule de viande.

J’ajoute encore : par l’intermédiaire de son fils Jean, Élisabeth entre dans une connaissance admirable ; l’enfant de Marie sa cousine est Celui que tous en Judée espèrent pour bientôt. Nombreux sont en Israël ceux qui pressentent que « le temps est proche » de la venue du Messie.

Les conditions qui lui ont permis d’être enceinte du petit Jean ont été pour elle une révélation : surtout en écoutant attentivement Zacharie lui rapporter, en écrivant sur une ardoise, les paroles de l’Ange : « (Ce fils) sera grand aux yeux du Seigneur… ; il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère ; il ramènera de nombreux enfants d’Israël au Seigneur, leur Dieu : lui-même le précèdera avec l’Esprit… ». Surtout et à nouveau lorsque Zacharie chanta l’hymne glorieux qu’il composa lors de cette naissance hors-normes et que notre Église chante chaque matin depuis le début de notre ère et chantera jusqu’à la fin des temps. Par exemple, lisons deux ou trois de ces versets qui parlent, selon moi, très nettement de Celui que nous nommons le Christ : « Il a fait surgir, dans la Maison de David, la force qui nous sauve ! » Aussi, « salut qui nous arrache à l’ennemi », puis « Toi, petit enfant, nommé prophète du Très Haut, tu marcheras devant à la face du Seigneur »… et encore « pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu quand nous visite l’Astre en haut » fut certainement pour elle éclairante.

Plus éclairante encore la lumière dont était enveloppée sa cousine Marie : ne resplendissait-elle pas au dehors d’une beauté toute intérieure et toute pure ? J’ose ajouter l’adjectif angélique. Son sourire était naturellement rayonnant, communicatif, et sa voix, alors qu’elle chantait son cantique de louange à l’Éternel, était la confirmation éclatante de ce que l’Esprit Saint dictait en son cœur et sa raison, la persuadant qu’elle était tout empreinte de l’esprit d’enfance autant que de celui de foi. Comment aurait-elle pu alors ne pas la nommer « la Mère de son Seigneur », ce qui déjà signifiait Mère d’un très proche de Dieu, d’un si proche qu’il n’y en eu jamais qui puisse prétendre l’être à ce point. Paroles toujours à reprendre et qui justifient avec joie les dogmes affirmés plus tard : « Comment en moi un tel bonheur de recevoir, venue jusqu’à moi, la Mère de mon Seigneur ? »

Ce matin, à la messe, après avoir reçu dans ma bouche l’hostie consacrée, j’éprouvais le même et profond étonnement : comme pouvait-Il me permettre de venir jusqu’à Lui afin de Le recevoir, « Nourriture de Vie éternelle » ? Que de fois, dans mes divers passés, j’ai eu l’occasion de me reconnaître vraiment pécheur, de vraiment avoir blessé son « Cœur sacré » comme Il le présente à sainte Marguerite-Marie. Jamais je ne me suis considéré comme ayant mérité, de quelque façon que ce soit, d’une telle faveur, à ce point inouïe qu’elle ne peut venir, dans la Foi évidemment, que du Dieu d’Amour : et même parfois je Lui suggérais, avec insistance, s’Il ne voulait pas que je m’avance vers Lui, s’Il considérait mon indignité comme un obstacle décisif, de m’attacher comme à une barrière, de m’y fixer comme incapable du moindre mouvement au moins le temps du don des hosties. Jamais Il ne m’a empêché de prendre ma place dans la procession afin de « communier » à son amour, de mâcher son corps tel que surgit de sa Croix, celle même du « Seigneur et mon Sauveur », comme le dit en toute humilité l’apôtre Thomas, après avoir douté bienheureusement de sa résurrection.

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