Prédateurs, justice, démagogues et boucs émissaires

par Denis Lensel

lundi 1er avril 2019

L’horrible scandale de ladite « pédophilie » - c’est-à-dire la pédocriminalité ou pédérastie violente - dans l’Église, volet totalement sacrilège de la dépravation généralisée de la société occidentale, révolte à juste titre l’opinion. A commencer par les fidèles qui se sentent trahis par certains de leurs pasteurs, même si ce n’est qu’une petite minorité qui est réellement coupable. La mise hors d’état de nuire et le châtiment approprié des prédateurs d’une part, et d’autre part les soins et les compensations à tenter d’apporter aux victimes sont des priorités absolues qu’on ne saurait éluder. Et pour l’avenir, il est évidemment nécessaire de réfléchir aux façons d’éviter le plus possible que de tels drames ne se reproduisent.

Mais il importe tout autant de réfléchir objectivement aux causes qui ont permis ces scandales dans l’Église et dans la société.

La dilution progressive des notions de bien et de mal et un relativisme envahissant qui a prétendu effacer les critères du vrai et du faux, ces deux phénomènes déjà anciens ont provoqué une érosion redoutable du sens du péché jusque chez les croyants. Cette dégradation de la conscience morale a déjà été dénoncée dès le milieu du XXe siècle : elle a eu pour conséquence directe le déclin de la pratique du sacrement de pénitence-réconciliation, et la dévaluation de celle de l’eucharistie…

Ici, on doit constater l’effet délétère d’une démagogie qui a envahi la société, le monde des médias et même l’Eglise, dès les années 60 et 70 : des médias qui, en Allemagne, ont commencé à faire acte de repentance pour leur laxisme passé, mais qui, en France ou ailleurs, continuent souvent à se poser en donneurs universels de leçons, non sans une certaine tartufferie…

On avait imposé des thèmes comme celui de la « société permissive » ou « libérale avancée » dans la France des années 70 gagnée à un premier raz-de-marée pornographique, en aval de l’esprit de Mai 68. S’en est suivie la suppression de tous les « tabous » en matière morale : des apprentis-sorciers ont longtemps prôné « la transgression » dans de nombreux domaines. Avec pour conséquence la banalisation de nombreuses dérives en matière de sexualité, notamment la banalisation progressive de l’homosexualité, jusqu’à l’instauration récente par une loi d’un prétendu « mariage homosexuel », un abus de langage de nature à cautionner d’autres abus en amont et en aval…

Dans ce genre de crise, quand les scandales éclatent comme des abcès qui crèvent, grande est la tentation de chercher des boucs émissaires. Comme pour se débarrasser une fois pour toutes d’un problème qui concerne aujourd’hui toute la société, dans sa décadence globale. C’est ce phénomène honteux du bouc émissaire qui frappe le Cardinal Barbarin à Lyon : accusé de ne pas avoir réagi à temps à un drame qui s’est produit… bien avant qu’il n’arrive dans ce diocèse, il est désigné à la vindicte publique (jusque dans un film qui le met en cause à partir de l’interprétation d’une parole maladroite) au sujet d’une série d’actes pédophiles dont le coupable, un prêtre, n’a quant à lui pas même encore été jugé. Et il est traîné à deux reprises devant les tribunaux, malgré une relaxe, et ceci à la place des vrais responsables ecclésiastiques, ses prédécesseurs, des évêques aujourd’hui défunts. Il y a là comme un certain acharnement à l’encontre de Mgr Barbarin, qui, faut-il le rappeler, avait eu le courage de manifester publiquement son opposition à la loi Taubira sur le « mariage homosexuel », ce qui avait contrarié les dirigeants sectaires et démagogues de l’heure sinistre où nous vivons.

On parle aujourd’hui de « réparer l’Église », en cherchant à établir en son sein de nouveaux rapports, plus transparents, protecteurs et plus directs, et on a bien raison. Mais ceux qui croient pouvoir commencer cette réforme par des lynchages médiatiques et judiciaires se trompent lourdement de méthode : ils ne font qu’ajouter une grave injustice à un terrible mal.

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