Traduit par Charlotte

Politique tronquée, personnes tronquées ?

Par Hadley Arkes

dimanche 27 mai 2012

Voici un échantillon des nouvelles de la semaine : nos amis de l’université franciscaine de Steubenville [Ohio] annoncent qu’il devront cesser d’offrir une assurance médicale à leurs étudiants, pour la raison que, s’ils continuaient, il leur faudrait, selon les règles promulguées par la loi Obamacare, couvrir les frais des contraceptifs et des avortements ou payer une amende rédhibitoire.

Un pasteur noir du Maryland, membre démocrate de la législature, s’est opposé activement au mariage homosexuel. Le soutien que le président Obama apporte maintenant au mariage homosexuel, a provoqué son indignation. Mais cela n’a pas changé sa détermination de voter encore pour un homme qui est prêt à utiliser tous les leviers dont il dispose pour faire passer une loi que ce pasteur regarde comme absolument destructrice.

Jamie Dimon, qui est à la tête de la banque J.P. Morgan, a été profondément embarrassé par la perte de deux milliards de dollars dans des arbitrages de génie qui ont mal tourné. Il se plaint que de nouvelles régulations sous la loi Dodd-Frank suffoquent les affaires.

Ces mesures ont été présentées par un Congrès démocrate, encouragées par un président démocrate, et l’on sait que Dimon est extrêmement généreux envers le Parti démocrate. Son expérience brisera-t-elle son attachement pour ce parti, ou pouvons-nous parier qu’il continuera à tenir à ce parti pour les raisons « culturelles » qui ont attaché les membres de son cercle au parti dit libéral ?

Partout, on entend dire que c’est principalement l’économie qui déterminera le vote dans les élections présidentielles cette année. Mais là encore, n’avons-nous pas entendu le même refrain la dernière fois, et en 2004, 2000, 1996, et 1992 (« c’est l’économie, idiot ») ? Il est très possible que ce soit vrai, mais c’est vite devenu un mantra qui a oblitéré tous les bruits contraires.

Le très lent redressement de l’économie sous le mandat de Monsieur Obama a fait souffrir les noirs encore plus sévèrement que les autres, et pourtant, on pense qu’il va de soi que les noirs voteront tout de même pour lui à des niveaux de 90 pour cent ou plus. Un phénomène semblable semble se produire pour les hispaniques qui s’éloignent des républicains, à tort ou à raison. Les tensions ethniques ont toujours fait partie du mélange dans la politique américaine, et la fidélité peut tenir bon même à travers les hauts et les bas de l’économie.

Nous sommes continuellement mis devant l’évidence que les gens se soucient profondément des causes autres que l’état de l’économie, même quand le chômage reste élevé. Mais, au début de l’année, on considérait le problème de l’économie comme faisant partie d’un problème bien plus profond, s’approchant de l’ordre constitutionnel.

Le problème de l’Obamacare était le souci du gouvernement cherchant à monopoliser le contrôle des soins médicaux. Il promettait une vaste augmentation du pouvoir du gouvernement, le gouvernement voulant maintenant :

- nationaliser une partie de l’industrie de l’automobile et de la banque ;
favoriser les syndicats publics plutôt que les emplois privés ;

- investir l’argent du contribuable dans des affaires liées à la politique ;

- rendre de plus en plus de citoyens dépendants du soutien du gouvernement ;

- exiger que les agences d’adoption catholiques ferment leurs portes si elles n’acceptaient pas de confier des enfants à la garde de ménages homosexuels ;

- et maintenant forcer les institutions catholiques à accepter la contraception et à la payer.

Pendant un moment, ce printemps, nous avons eu le sentiment que la classe politique regardait ces questions comme importantes à discuter. Elles tenaient à cœur plus profondément que l’état de l’économie parce qu’il était question de ce que nous avions l’habitude d’appeler « les termes de principe » par lesquels un peuple vit.

Je soulève ce sujet maintenant, avec une certaine inquiétude, parce que depuis longtemps, l’idée que nous ne pouvons plus parler de ces questions dans notre politique s’installe peu à peu. Le cliché s’est établi que les gens se soucient avant tout de l’économie, et que certaines personnes ne veulent absolument pas entendre les politiciens parler d’autre chose que de l’économie. Si vous parlez de mariage ou d’avortement, on vous prend pour un fanatique, un trouble-fête.

La semaine dernière, M. Romney a mis l’accent sur le déficit. C’est sans doute une question importante, mais elle est aussi abstraite, et il commettrait une erreur s’il laissait passer le sentiment, qui s’est installé plus tôt cette année, que cette élection est réellement le moment de juger selon ces « termes de principe » par lesquels nous vivons.

A un certain point, ne conviendrait-il pas qu’un candidat conservateur demande : Sommes-nous vraiment le genre de gens qui préfèreraient voir des docteurs et des infirmières abandonner leurs vocations parce qu’ils ne veulent pas faire des avortements ? Voulons-nous vraiment un gouvernement qui obligerait une université catholique privée à renoncer à son assurance médicale parce qu’elle ne veut pas approuver la contraception ? Est-ce que nous voulons être ce genre de gens, est-ce que c’est cela que nous sommes devenus ?

Parmi les leçons enseignées par Lincoln, il y a celle qui dit qu’un homme politique trouve le moyen de mener les gens à parler des choses vraiment essentielles même s’ils ne souhaitent pas en parler. Mon souci est que nous avons présenté un discours tronqué sur la politique dans ce pays, et montré une forte répugnance à parler des sujets de conséquence morale dont, en fait, les gens se soucient.

Et si nous nous installons plus fermement encore dans la routine de ce genre de politique, la question se pose, devenons-nous le genre de personnes tronquées qui va avec ce monde politique tronqué ?

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Hadley Arkes est le professeur de jurisprudence de l’université d’Amherst titulaire de la chaire Ney et le directeur du centre de Claremont pour la jurisprudence de la loi naturelle à Washington, D.C. Son livre le plus récent est Constitutional Illusions & Anchoring Truths : The Touchstone of the Natural Law.

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http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/persons.html

Photo : Barack Obama et Joe Biden.

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