Plongée en ex-chrétienté

par Frédéric AIMARD

lundi 14 janvier 2019

On a tous une raison d’aimer la Bretagne. Qu’on y ait une origine familiale, qu’on y ait passé des vacances ou qu’on ait simplement rêvé de cette terre du bout du monde aux fortes traditions, à la suite de quelque lecture suggestive. Mais pour Pierre-Yves Le Priol, l’attachement est atavique, de toutes ses fibres physiques et spirituelles. Il y a deux ans, juste après la mort de son père, alors qu’il termine une carrière bien remplie de journaliste (il a occupé le poste important de secrétaire général de la rédaction du quotidien La Croix) et qu’il vit depuis tant d’années en banlieue parisienne avec femme et enfants, il revient sur ses pas, mène une enquête sur ce qu’est devenue la Bretagne catholique de sa jeunesse, quand il était élève au petit séminaire de Sainte-Anne-d’Auray et que, comme la plupart de ses condisciples, il s’interrogeait gravement sur sa vocation profonde…

Il avait sept ans en 1960, 15 ans en 1968… C’est dire que les choses ne se sont pas passées comme on aurait pu le prédire. Pierre-Yves Le Priol pourrait nous asséner un récit centré sur lui-même, ses déconvenues, ses angoisses, ses réussites… Il pourrait aussi se réfugier derrière des statistiques et cartes – qu’il maîtrise parfaitement – et qui montrent l’effondrement de la présence chrétienne dans ces anciens foyers de chouannerie, d’opposition à la République radicale, puis de démocratie chrétienne et enfin de socialisme bien rose…

Mais ce n’est pas comme cela qu’il va procéder. Comme lors de son précédent récit sur les pas de Péguy, il nous offre une sorte de road movie, en vingt et un tableaux qui présentent autant de lieux du christianisme breton d’aujourd’hui et beaucoup plus de personnages attachants : ses parents, ses frères et sœurs, son oncle prêtre, les voisins de ses parents, et beaucoup de prêtres ou religieuses qu’il a connus et aimés ou dont le passage sur terre a laissé des traces dans la mémoire des anciens, mais aussi des laïcs engagés et de simples passants, individuellement ou en groupe, plus ou moins enracinés dans la terre celte et l’humus chrétien.

Il alterne scènes intimistes et beaux reportages : au festival interceltique de Lorient, au sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray ou à la «  Vallée des Saints  » de Callac où des centaines de statues monumentales sont en cours d’installation, etc.

Celui qui a donné au journaliste breton l’ambition de ce livre est un autre poète dont toute l’œuvre a été écrite en breton vannetais, et que d’aucuns appellent «  le Péguy breton  », sans doute parce qu’il est mort dans la Somme en 1917 : Jean-Pierre Calloc’h. Pierre-Yves Le Priol comprend cette langue et s’en délecte, mais ne sait pas la parler naturellement. Elle nourrit son propre style. D’autres grands auteurs bretons comme Xavier Gall ou Charles Le Quintrec lui ont également montré l’exemple… Ce qui fait de ce recueil de témoignages une œuvre littéraire savoureuse truffée notamment d’observations, de sentences, voire de slogans, plus ou moins traduits du breton, et qui offrent l’occasion de décalages d’un effet comique certain.
Tout ce court essai sur le dernier demi-siècle chrétien en Bretagne joue ainsi une petite musique agréable sur un thème a priori désespérant. Mais le sous-titre de La foi de mes pères n’est pas un banal «  Qu’en restera-t-il ?  » mais un beaucoup plus roboratif «  Ce qui restera de la chrétienté bretonne  ». Encore faut-il le discerner, le deviner, y croire…

Cette lecture nous aura remis en marche, avec douceur, sans nier aucune des difficultés du moment, mais en offrant un chemin de traverse à tous ceux qui se demandent, Bretons ou pas, comment on peut être chrétien, dans la France d’aujourd’hui.

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Pierre-Yves Le Priol,

La foi de mes pères. Ce qui restera de la chrétienté bretonne, préface de Jean-Claude Guillebaud, Salvator, 288 pages, 20 euros.

En route vers Chartres. Dans les pas de Péguy, Le Passeur éditeur,
304 pages, 19,50 euros.

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