Traduit par Isabelle

Perdu dans le Cosmos

par Clifford Staples

vendredi 4 novembre 2016

Les quelques générations occidentales les plus récentes de tiennent pour acquis que la vie est une occasion de « se trouver soi-même » et de « faire quelque chose « de soi. Peu de gens se demandent si ces projets sont intelligibles ; ils ont du sens parce qu’ils semblent reposer sur des hypothèses plausibles concernant notre expérience de la vie.

Ces hypothèses sont en un sens données pour acquises, ou prises comme telles. Mais elles posent des problèmes que nous avons-nous-mêmes créés. Pour que « se trouver soi-même » ait un sens, il faut que nous commencions par nous trouver perdus. Pourquoi partir à la recherche de quelque chose, à moins de ne pas encore le posséder ?

De même, « faire quelque chose de soi » implique que, à défaut, l’homme ou la femme moderne n’est rien jusqu’à ce qu’il ou elle devienne quelqu’un.
Cette situation existentielle est le résultat direct du rejet de la tradition judéo-chrétienne. Quand saint Augustin a écrit à la première page des Confessions « Tu nous as faits pour toi, O Seigneur, et nos cœurs sont sans repos tant qu’ils ne demeurent en toi », il a rendu clair le fait qu’il en avait fini de la recherche de soi – il savait qui il était et qui l’avait créé – et il n’avait aucun besoin de « faire quelque chose de soi » parce qu’il comprenait qu’il était déjà fait.

Même les athées contemporains doivent admettre que l’homme ne se crée pas (pas encore) lui-même, et que, quoique nous fassions nous ne pourrons que re-crééer ce qui a déjà été créé. Nous pourrions décider de nous traiter comme du matériel brut qu’il faut améliorer via la science, la technologie et la politique, mais il est clair que nous n’avons pas créé le matériel brut.

Cependant, qu’en est-il de cette « absence de repos » ? Si l’homme moderne doit se sentir chez lui, s’il doit se « reposer », il ne pense pas que ce sera en Dieu, mais dans la société et dans l’histoire. Le seul « chez soi » qu’il aura jamais, se trouve parmi les autres hommes. Quels que soient ses besoins, il lui faudra comprendre qu’ils sont susceptibles d’être satisfaits dans ce monde. S’il se trouve toujours insatisfait, toujours sans repos dans ce monde, il ne considérera pas, comme le conseillait C.S. Lewis, la possibilité qu’il ait pu être créé pour un autre. Cette option a été forclose. Il ne lui reste qu’à s’habituer au manque de repos – ou à le tranquilliser.

Ailleurs dans les confessions, Saint Augustin reconnaît que Dieu le connaît mieux qu’il ne s’est jamais connu lui-même, ce qui fait que l’amour de Dieu pour Augustin va bien au-delà de tout ce qu’il pourrait éprouver luui-même, et au-delà de tout amour dont il pourrait faire l’expérience de la part de quelqu’un. Pour paraphraser Saint Anselme, l’amour de Dieu par définition, est tel qu’aucun amour plus grand ne peut s’imaginer.

On n’a pas besoin d’être un saint, ou même un croyant, pour admettre que comme Augustin, nous voulons tous être aimés pour ce que nous sommes vraiment. Les gens disent exactement cela, mais découvrent habituellement qu’aucune autre personne, si aimante soit-elle, ne les aime assez. A ce point, bien des gens se tournent vers un autre amour, dans la conviction erronée que tout le problème est de trouver la bonne personne.

« L’amour vrai » se trouve au-delà du romantisme, bien que les romantiques aient essayé de se l’approprier. Un amour qui est vrai est un amour qui est basé sur la connaissance de qui nous sommes vraiment. Et qui peut le savoir ? L’homme moderne a besoin d’être aimé ainsi, tout autant qu’Augustin, mais sans le Dieu d’Augustin, il aura du mal à trouver cet amour.

L’amour du monde ne sera pas l’amour vrai parce que le monde ne nous connaîtra jamais vraiment. Quelles sont les chances qu’une autre personne nous connaisse mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes ? Même si une telle personne existe, qui a assez de chance de le ou la trouver ? De plus, si nous ne savons pas qui nous sommes vraiment, si nous sommes vraiment perdus, nous ne serions peut-être même pas capables de reconnaître que nous sommes vraiment aimés.

Par ailleurs, si au point de départ, nous ne sommes personne, notre effort pour devenir quelqu’un est en partie un effort pour devenir quelqu’un qui mérite d’être aimé, c’est-à-dire quelqu’un d’aimable . Nous le faisons en essayant de devenir ce à quoi nous et d’autres – c’est-à-dire la société – donne de la valeur et trouve louable. Et très clairement, ce que nous apprenons dans la vie, c’est que ce n’est pas tout le monde, pas même la majorité des gens, qui ont de l’importance. Tout le monde ne mérite pas l’attention, l’adoration, le respect, l’admiration ou l’amour.

Pour autant que le monde soit concerné, certains d’entre nous n’existent même pas. Comme nous le disent les manuels de sociologie, nous sommes le résultat, ou le produit d’interactions sociales. En bref, nous ne pouvons nous connaître que tels que la société nous connaît, et si la société ne nous trouve pas aimable, nous trouve indigne d’être aimé, c’est que nous le sommes. Nous pouvons peut-être chercher un groupe, tenter une stratégie qui manipule l’impression que nous faisons aux autres pour au moins apparaître comme le genre de personne que la société trouve valable. Mais au bout du compte, nous ne pouvons nous connaître que comme les autres nous connaissent, comme la société nous voit.

Saint Augustin était au repos, même en ce monde parce qu’il se souciait fort peu des soucis de ce monde. Qu’est-ce que cela peut lui faire, ce que la société pense de lui ? L’opinion de Dieu est tout ce qui lui importe, et Dieu l’aime même dans son péché et quand il est le pire, parce que Dieu l’a créé, le soutient et l’a racheté.

Saint Augustin peut avoir résidé temporairement dans la cité de l’Homme, mais il repose en paix dans la Cité de Dieu. Et c’est en partie ce qui fait de lui un saint.

https://www.thecatholicthing.org/2016/10/27/lost-in-the-cosmos-2/

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