Parole du cardinal Vingt-Trois

par Gérard Leclerc

jeudi 13 septembre 2018

Jean-Marie Guénois, responsable de l’actualité religieuse au Figaro, a pris l’heureuse initiative d’aller interroger le cardinal André Vingt-Trois dans sa retraite parisienne. Heureuse idée, car ce cardinal est un sage. Sa proverbiale insensibilité à l’emphase, ses jugements équilibrés et ce que Bergson appelait un bon sens supérieur font de lui une autorité que l’on écoute toujours avec profit. Et dans la situation pénible où se trouve l’Église en ce moment, à cause de la tempête qui secoue la hiérarchie et le peuple catholique aux États-Unis, il nous est précieux d’entendre une telle parole, qui ne se paie pas de mots mais désigne avec justesse l’étiologie du mal.

De cet entretien, on retiendra notamment ce que le cardinal dit de la cause des fautes commises, dont la gravité peut nous accabler : « Je dirais que, dans le domaine de la sexualité nous étions préparés à discerner les comportements sortant de la loi morale, mais nous n’étions pas vraiment préparés à affronter la spécificité de la perversion. Trop souvent, nous avons traité ces cas en termes de fidélité à la loi morale – et donc par des exhortations à corriger les comportements sur le plan moral – sans suffisamment tenir compte de la racine psychologiquement abîmée ou de la faille de la construction personnelle qui était la source de ces comportements. »

J’ajouterai que le cardinal parle pour la France, où les questions de perversion se rapportent le plus souvent à des cas personnels. Mais si l’on se réfère aux États-Unis, par exemple, on dépasse les cas personnels, les déviances individuelles pour une autre échelle, celle des comportements collectifs, qui souvent ont été justifiés à l’époque – dans les années soixante, soixante-dix – par tout un discours permissif. Il est de salut public et ecclésial, de reprendre complètement les dossiers de ces perversions collectives, sans lesquels les révélations actuelles sont incompréhensibles. Ce travail pénible et coûteux d’anamnèse dépasse les enquêtes judiciaires et canoniques. L’Église, en se livrant à cet exercice, rendrait service à la société tout entière, comme l’explique encore l’archevêque émérite de Paris.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 septembre 2018.

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