Ni carton, ni contreplaqué

Anthony Esolen, traduit par Pierre

mercredi 24 juin 2020

Adam et Ève chassés du Paradis – Benjamin West, 1791.
[Institut d’Art de Chicago.]

Au cours de ces dernières semaines je me suis replongé dans la langue Grecque du Nouveau Testament et la langue Hébraïque de l’Ancien Testament. Je ne prétends guère être un expert en cette langue. Je me crois compétent en langue Anglaise, même dans le domaine de la poésie, c’est pourquoi je grince des dents, exaspéré en entendant à la Messe la parole divine entortillée, charcutée, triturée par la Nouvelle Version de la Bible Américaine que nous devons souffrir lors des lectures aux États-Unis

J’ai déjà protesté contre l’usage du pronom indéfini ”on” au lieu de ”il”, même si le genre n’est pas douteux, comme, par exemple, à propos du Père ou du Fils. Pensez à Shakespeare : Un vieillard, nommé Adam, demande à accompagner son jeune et bon maître Orlando, qui s’échappe de sa maison , fuyant son traitreux frère ainé. Adam offre au jeune homme ses propres économies.

Prends ceci, et celui qui nourrit les corbeaux,
En vérité, donne la nourriture providentielle aux moineaux,
Sois le confort de ma vieillesse. Voici de l’or ;
Je te donne tout. Permets que je sois ton serviteur ;
Je semble vieux, et pourtant je suis fort et vigoureux.

Comme tu voudras. Orlando acquiesce de grand cœur et avec fierté : 
« O, bon vieillard, combien se révèle en toi
Le service constant du monde antique
Quand on transpire par devoir et non par désir. »

Ils iront donc, déclare Orlando, à la recherche de quelque humble logement, et Adam répond :

« Va, mon maître, je te suivrai jusqu’au bout en toute loyauté. »

Celui qui assure la nourriture des corbeaux est le Père providentiel, et non pas quelque vague personnage. Jésus déclare : « Considérez les corbeaux ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier ni grenier et pourtant Dieu les nourrit » [Lc, 12:24]. « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux sous ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu ! » [Lc, 12:6]. Lui, Dieu le Père, et nul autre, prend soin des oiseaux du ciel. C’est toujours la manie des gens à présent de considérer comme une complication le soin dispensé par Dieu et de Le réduire à une idée, une divine notion générale, en oubliant que c’est Lui qui veille sur tous ; rappelons-nous Sa question à Caïn « Qu’as-tu fait ? » (Gn, 4:10).

C’est aussi à présent la façon chez l’homme moderne d’échapper à sa responsabilité en faisant appel à une vague mais confortable référence à la condition humaine. Il importe de lui rappeler encore et encore qu’il se nomme Adam. C’est l’homme qui a volé le fruit, mais c’est le Christ qui dût monter à l’arbre. Qui l’a cloué sur la Croix ? C’est Adam, mon nom est Adam. Votre nom, lecteur, lectrice, est Adam ou Ève, si on fait la distinction entre les genres. Saint Paul nous rappelle : « Car la mort étant venue par un homme (Adam), c’est par un homme aussi (le Christ) que vient la résurrection des morts. »[1, Co, 15:21].

Le nom hébraïque ”Adam”était toujours présent dans la bouche de Jésus à chaque occasion qu’il avait de comparer l’homme à Dieu. Songez à la tentation dans le désert, Jésus jeunant quarante jours et quarante nuits, autant que Noé était enfermé dans l’arche, et il souffre de la faim. Le démon vient le soumettre à la question pour lui faire montrer qu’Il est Fils de Dieu par le truc de changer les pierres en pain.

À quoi Jésus cite les Écritures : « Il est écrit ”ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu” [Mt, 4:4]. C’est précisément la traduction du Grec o anthropos, traduction de l’Hébraïque Adam, dans le verset cité par Jésus (Dt, 8:3).

Anthropos signifie homme (être humain) au sens large, hommes, femmes, enfants, alors que pris au singulier à titre individuel, il peut désigner quiconque si le sexe n’est pas précisé : « Un homme avait deux fils. » [Lc, 15:11]. C’est tout le travail fourni par l’Hébreu Adam, et même un peu plus. L’ancienne traduction est du même ordre.

La différence, ce qu’on entend à présent lors des lectures : « On ne vit pas que de pain. » Jésus s’exprime comme une institutrice pointant sa règle sur la tête du diable. Et, quelques versets plus loin, fort en colère, il ajoute : « vas-t’en, Satan ! ».

Mais à part la banalité de la rédaction, les traducteurs ont cherché à éviter l’emploi de ce vilain mot homme comme pour en étouffer le sens. Jésus ne déclare pas simplement que tel ou tel ne vit pas que de pain. Il dit que l’homme — vous, moi, le majordome, la servante, l’enfant, tel ou tel autre, chaque humain, tous les hommes, tout le genre humain, ne vit pas que de pain. Jésus précise bien toujours l’écart entre l’homme et Dieu, ce que les traductions ont tendance à atténuer. À chaque occasion le contraste est bien marqué dans ses déclarations : « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, — déclare Jésus — pour vous faire remarquer d’eux, sinon vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. »[Mt, 6:1]

Les hommes — les traducteurs emploient le terme ”les autres” comme s’il fallait souligner que l’audience était essentiellement constituée ”des autres gens”, nous-mêmes n’en étant qu’un petit élément significatif.

Je pourrais multiplier par cinquante le nombre d’exemples si j’avais le temps et si je disposais d’assez de place. Écoutons la parole de Dieu, qu’elle noue plaise ou non. Et vous, Ses traducteurs, apprenez à répandre la parole de Dieu, et non celle des hommes.

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Citations bibliques : texte Français de la Bible de Jérusalem.


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