Revue de presse

NOTE à propos de l’audition devant la Commission parlementaire des représentants des grandes religions : un vrai scandale !

par Thierry Blot

vendredi 30 novembre 2012

On ne peut être que consterné – une nouvelle fois – par l’article de « La Croix » (en ne lisant que lui, on pourrait penser qu’il s’est agi d’une rencontre aimable du genre « club d’amitié entre parlementaires et représentants des religions »…) Celui du « Figaro », bien meilleur, montre bien que cette audition n’a été qu’une parodie de « démocratie »… laïcarde. Il suffit de regarder la vidéo que l’on trouve sur KTO.

En réalité, ce fut une « horreur », surtout dans sa deuxième partie… On met en face de la « représentation nationale » les six représentants des religions et, tout en feignant d’être courtois, on leur fait comprendre qu’on leur fait « l’aumône » d’un temps de parole. Les interventions de cinq religions sur six, qui aboutissaient à la même conclusion négative concernant le projet de loi ont été remarquables : celle du Cardinal Vingt-Trois (cf. l’article de « La Croix » la relatant), bien évidemment, qui a dû vivre un moment très dur (déjà, un comité d’accueil l’attendait à son arrivée… et puis ce furent les attaques des députés, du genre : « les chrétiens aux lions du cirque »...), évidemment ; chez le pasteur protestant, une déclaration très claire et de qualité (les idées libérales étaient à peine esquissées…) ; l’évêque orthodoxe a présenté un panorama très complet, au ton mesuré en n’hésitant pas à parler de Dieu, de la prière…(dans ces murs…) avec un argumentaire excellent ; le grand rabbin de France a, lui aussi, été excellent : ton incisif, arguments juridiques montrant que la loi est inutile, puisque la jurisprudence donne déjà un statut aux homosexuels… ; le représentant des musulmans a été clair sur le sujet… et la bouddhiste, lamentable, a rompu cette unanimité en renvoyant chacun à sa conscience, (« avec finesse », dit « La Croix » ?) ; en réalité, elle a révélé le vrai visage du bouddhisme (sous son faux air de tolérance) et les raisons d’un certain succès dans une société marquée par l’individualisme et le relativisme. D’ailleurs, l’ineffable Binet ne s’y est pas trompé puisqu’au début de son intervention, il a loué les propos « équilibrés » de la bouddhiste, qu’il a opposés aux interventions pessimistes des autres religions. De fait, après ces interventions, E. Binet, très représentatif du jeune parlementaire socialiste, très sûr de lui-même, avec un zeste d’impertinence, a posé deux questions… puis, il suffit de lire l’article du « Figaro » - et surtout de regarder la vidéo - pour se rendre compte qu’il s’est agi d’un véritable scandale, puisque, au lieu de donner la parole à leurs interlocuteurs, les députés de gauche se sont succédés au micro… Sur la vidéo, on aperçoit bien Xavier Breton, mais, effectivement, il semble bien qu’il ne se soit pas exprimé ; seuls les députés de gauche, particulièrement virulents, ont parlé. On se serait cru devant les tribunal révolutionnaire de 1793 ! Et puis, plus que des « questions », il s’agissait de véritables interventions, souvent longues, qui étaient des attaques insidieuses, voire frontales contre… l’Eglise catholique. De fait, bien évidemment, c’était surtout elle qui était visée – il est vrai qu’on ne touche pas aux protestants, et encore moins aux juifs et aux musulmans - , ce qui tend à montrer qu’elle est encore assez présente pour provoquer cette haine. Donc, on a assisté au traditionnel règlement de compte des héritiers des fils de Voltaire contre « l’Infâme ». En particulier, on a entendu une femme socialiste lire une déclaration d’un catholique, membre d’une obscure association progressiste, opposé à l’institution et aux évêques… puis ce fut la longue intervention du radical de gauche Alain Touret, député du Calvados, dans la grande « tradition » des accusateurs publics du genre Fouquier-Tinville (un vrai scandale) – son intervention « mérite » d’être vue, car c’est le comble de la haine… - , suivi par un autre député, qui a d’abord feint la courtoisie et la « tolérance », puis a montré son véritable visage en s’exprimant sur un ton de plus en plus véhément. Mais, où étions-nous ? La dernière intervention du Cardinal Vingt-Trois, qui ne disposait que de quelques minutes pour répondre fut lumineuse.

Article de « La Croix » - 29 novembre 2012

Les responsables religieux auditionnés à l’Assemblée sur le « mariage pour tous »

Ce jeudi 29 novembre, le rapporteur du projet de loi sur le mariage homosexuel, Erwann Binet, a entendu les responsables chrétiens, juif, musulman et bouddhiste.

Trois semaines après les premières auditions, ouvertes le 8 novembre par le socialiste Erwann Binet, rapporteur du projet de loi sur le « mariage pour tous », avec trois sociologues, c’était ce jeudi 29 novembre 2012, le tour des six représentants des principales religions en France.

Premier à prendre la parole, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France (CEF), a commencé par rappeler que l’ouverture du mariage à deux personnes du même sexe serait « un changement profond » qui créerait un « nouveau modèle de société ». Il a également considéré que le législateur n’a pas pour mission « d’élever le cas particulier au rang de cas général ».

Puis, déroulant un argumentaire en sept points, il a tenu à souligner toutes les conséquences qui découleraient d’une telle loi, insistant notamment sur « le droit de tout enfant à connaître ses origines », et sur la nouvelle discrimination qui risquerait d’apparaître entre les enfants issus de couples hétérosexuels, ceux élevés dans des familles homosexuelles mais issus de couples dissociés et ceux issus de couples homosexuels « avec un géniteur réel qui demeurerait caché ».

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Des unions de plus en plus précaires

Le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France (FPF), a d’abord rappelé la déclaration publiée par sa fédération le 13 octobre avant de souligner que le mariage n’est pas « la mise en scène d’un sentiment mais le lieu où se construisent les rapports entre les sexes et les générations ». Regrettant la dévaluation du mariage depuis quelques années au profit d’unions de plus en plus précaires, il a invité à ne pas confondre ce qui est de l’ordre de la discrimination de ce qui est de l’ordre du respect du code social. Pour finir, il a proposé de consolider les conditions juridiques des couples homosexuels plutôt que de remettre en cause le mariage.

Après avoir longuement souligné la nécessité de porter un regard positif sur la différence « sans condamnation ni suspicion », le métropolite Joseph, de la métropole orthodoxe roumaine, a également fait un long exposé sur ce qu’est le mariage pour une société civile. Mettant en garde contre un « totalitarisme de l’égalité », il a invité à trouver des solutions pour une égalité ouverte et plurielle.
Pas un progrès

Le grand rabbin de France Gilles Bernheim, qui a, lui aussi, déjà rendu public un long texte sur ce sujet, a souhaité s’arrêter sur deux points principaux pour battre en brèche les notions de progrès et d’égalité régulièrement avancées par ceux qui défendent le projet de loi. « Au nom de la tolérance et de la lutte contre les discriminations, on ne peut pas donner le mariage à tous ceux qui s’aiment », a-t-il expliqué dans un premier temps.

Quant à la possibilité pour une mère homosexuelle de partager avec sa compagne l’exercice de l’autorité parentale, elle existe déjà selon le grand rabbin qui a rappelé un arrêt de la Cour de cassation du 24 février 2006. « Si je m’oppose à cette loi sur le mariage homosexuel, ce n’est pas parce que je suis opposé au progrès, car le changement de mœurs sociales et juridiques n’est pas un progrès », a conclu le grand rabbin. Avant d’interroger, avec gravité : « Serons-nous capables ensuite d’arrêter la mécanique que nous sommes en train de déclencher ? »

S’attardant plus longuement que ne l’ont fait ses prédécesseurs sur ce que dit sa propre religion – l’islam – sur le mariage dans ses divers aspects (statuts des époux, héritage, filiation…), Mohammed Moussaoui, le président de du Conseil français du culte musulman (CFCM), a considéré lui aussi que la « mission du mariage ne peut être réduite à la volonté de deux personnes de vivre ensemble ». Il a également dit sa ferme condamnation « de tout acte homophobe ».
Faire appel à ses convictions

Quant à la vénérable Marie-Stella Boussemart, présidente de l’Union bouddhiste de France (UBF), elle a d’abord souligné que le bouddhisme est pluriel et qu’il n’a ni instance dirigeante ni doctrine unifiée. Puis elle a mis en évidence, d’une part, qu’aucun pays d’Asie, jusqu’à présent, n’avait jugé bon d’ouvrir le mariage aux personnes du même sexe et, d’autre part, que « Bouddha n’avait jamais, jamais parlé d’homosexualité ». Avec finesse, elle a, au final, renvoyé chacun à sa conscience, puisqu’il appartient à la population de décider ce qu’elle souhaite et à chaque croyant de faire appel à ses convictions « pour savoir ce qu’il veut faire ou pas ».

Les quelques députés présents – au nombre d’à peine une quinzaine – ont posé quelques questions. De manière unanime, ces parlementaires ont demandé à ce que le débat ait lieu, « non pas dans la rue » mais ici à l’Assemblée nationale, en laissant, selon l’expression du député (PRG) Alain Tourret, « les élus décider puisqu’ils ont été élus pour ça ».

CLAIRE LESEGRETAIN


Article « Le Figaro » - 29 novembre 2012

· Mariage gay : les religions entendues à la sauvette

Par Jean-Marie Guénois Publié le 29/11/2012 à 19:28 Réactions (7)

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Invités à l’Assemblée nationale, les responsables religieux n’ont eu que 4 minutes chacun pour débattre.

Ils sont quarante-huit et manifestent contre André Vingt-Trois. Près de l’Assemblée nationale, ils tournent en rond, munis de pancartes en faveur du mariage homosexuel. « André Vingt-Trois, occupe-toi de ton culte » est leur slogan. Une militante qui tient à son anonymat explique : « Nous sommes très en colère parce qu’il s’oppose à nos droits. » « Il » étant l’archevêque de Paris. Avec cinq autres responsables religieux, il était invité, jeudi, par la commission des lois de l’Assemblée nationale pour dire pourquoi juifs, chrétiens, musulmans s’opposent au projet de loi pour le mariage gay. Travail démocratique que cette jeune femme va toutefois jusqu’à récuser : « L’Assemblée nationale n’a pas à écouter André Vingt-Trois ! »

Dans la salle Lamartine, chacun des religieux dispose de dix minutes pour s’exprimer. Dans l’heure qui reste, le rapporteur de la loi, Erwann Binet (SRC-groupe socialiste républicain et citoyen), lance des questions et donne la parole aux douze parlementaires présents (lui compris : neuf SRC, un RRDP (radicaux de gauche), un écologiste, deux UMP, Xavier Breton et Éric Woerth). Cinq s’exprimeront longuement, essentiellement sur la notion d’égalité et de non-discrimination pour les homosexuels. Il restera donc moins de quatre minutes par religieux pour répondre aux objections.

Ce qui irrite le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, qui appelle alors ses interlocuteurs politiques à un « débat sérieux » : « vous posez une masse de questions : avoir trois minutes pour répondre, c’est frustrant », lance-t-il. Et de critiquer la forme de cette réunion : « nous voyons ici à quoi mène un dialogue fait dans l’urgence. Il faut maintenant nous dépêcher de débattre ! » Et conclut : « Trop pressé d’aller à la solution, on risque de ne pas écouter l’autre. »

« Globalement vous êtes des lobbys »

La solution, elle, semble déjà acquise pour les députés de gauche présents qui sont d’ailleurs les seuls à s’exprimer. L’Assemblée va voter cette loi, cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour eux. Les religions qui auront pu tout de même redire les raisons de leur opposition n’ont d’ailleurs pas grand-chose à apporter car le « débat » se joue pendant cette seule séance. Le plus virulent sur ce thème étant Alain Touret (RRDP) : « Globalement vous êtes des lobbys », lance-t-il, attaquant directement l’Église catholique : « Vous appuyez votre pouvoir sur l’institution du mariage (…) mais à part quelques exceptions vous vous êtes pratiquement trompés à chaque fois (…). La fracture entre vous autres et l’opinion est totale. »

Curieusement toutefois, et comme la plupart de ses collègues, il insiste et conclut son propos sur la nécessité de tenir le débat à l’Assemblée et surtout pas dans la rue. Comme si la majorité avait peur d’une forte mobilisation pour la manifestation nationale du 13 janvier prochain : « Vous lancez vos troupes, vos évêques, jette-t-il à un cardinal Vingt-Trois impassible, vos catholiques s’il en reste » mais « restez plutôt sur le plan philosophique » et« laissez aux élus la responsabilité de décider ! »

Ce qui fera réagir le grand rabbin, Gilles Bernheim. Ces interventions religieuses, argumente-t-il, sont tout, sauf « un front des religions ».« Jamais, ajoute-t-il, je récuserai le droit pour un couple homosexuel d’avoir des enfants » mais comment peut-on « imposer son désir d’enfant sur l’avenir même de cet enfant ? Droit et devoir sont ici remis en question. Et le mot mariage est dévoyé. »

Messages

  • pas vraiment d’accord avec votre point de vue sur le compte-rendu de La Croix. J’aime ce journal pour son ton pondéré. Je considère ses articles comme un point de départ vers d’autres visions des différents évènements. En l’occurence, j’avais commencé par l’article de Mathieu Magnaudeix sur "Médiapart" (l’ineffable Mathieu !) qui donnait, inconsciemment, un bon aperçu de ce qui s’était réellement passé...Le ton mesuré de La Croix a confirmé mon impression...ce qui s’est passé pendant l’émission "complément d’enquête" a montré aussi le côté débile de certaines réactions....ceci dit, je n’admettrai jamais les propos insultants visant surtout le Cardinal-Archevêque.

  • Le quotidien La Croix est d’une bonne tenue dans la forme, mais très politiquement correct quant au fond. L’Eglise ne doit pas être tiède quand ses valeurs sont bafouées jour après jour par les héritiers des conventionnels de 1793 et des laïcards de 1905.
    Seule consolation : l’agressivité mauvaise des socialistes prouve qu’elle est encore bien vivante !
    Allons tous manifester en janvier pour la famille.

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