Monsieur le curé fait sa crise : Sortie de crise, système D. : jubilaire et jubilatoire

par Natalia Bottineau

samedi 10 septembre 2016

« Va-t-il tenir encore vingt ou trente ans ce rôle de Cendrillon du sacerdoce ? » Monsieur le curé se torture. Il n’est pas reconnu. Par son évêque, qui le tance pour avoir insulté la responsable du « Plan triennal de transmission catéchétique », en des termes qui ne lui ressemblent pas : « Evelyne, vous n’êtes qu’une pauvre c… ». Ses paroissiens aussi le torturent. Crêpages de chignon pour le service des fleurs - il joue l’évitement et s’épuise -, réunions où la charité fraternelle fait tout pour se rendre invisible, service liturgique bille en tête, pétition, dénonciation : il aurait dû trouver sept millions pour retaper cette « meringue effritée » de Sainte-Gudule maintenant achetée par un Marocain, ce qui met le feu aux poudres de la calomnie…

Et son « boss » naguère pourtant proche, ne lui confiera pas le poste dont il rêve et auquel son doctorat sur « La force qui s’accomplit dans la faiblesse » lui donnerait droit. Pire, ce sera la nouvelle mission d’un jeune confère auprès duquel il pensait trouver du réconfort.

Il a la cinquantaine et « Monsieur le curé fait sa crise », une crise « de soi », du milieu de la vie, une crise de la transmission impossible aussi. Il a pourtant voulu devenir prêtre pour « sauver des âmes ». Il se trouve nul. Rien ne va plus. Sans compter l’attentat du confessionnal. Il venait de plaider pour une opération vérité et la libération sacramentelle individuelle. L’attentat au cœur de la miséricorde. On y est… Une crise du curé au creux du Jubilé. « Dieu ne se lasse pas de pardonner, c’est nous qui nous lassons de demander pardon » : sous les yeux incrédules des media, le pape François se confesse et confesse. Et dès son premier « angélus » les confessionnaux sont assiégés dans Rome. Ce bouquin est jubilaire.

Et jubilatoire. Une petite comédie humaine grave et légère - castigat ridendo mores -, bienveillante pour ces personnages dont il ne faudrait pas trop chercher les « clefs ». Certes quelques muses auront bien inspiré des traits de Guillemette, Enguerrand, Ildefonse, Jennifer, la journaliste - Jean Mercier est rédacteur en chef adjoint à La Vie, il connaît nos travers -, et de l’abbé Benjamin Bucquoy lui-même, sur le vif. Mais ils se révèlent universels : cette paroisse est bien œcuménique…

On trouvera l’intrigue loufoque ? La sagesse a besoin de la fable. Au bout du « conte », l’Invisible omniprésent inspirera à Monsieur le curé un chemin de sortie de crise, selon son système D. On a pu dire que ce livre, échappé des mains de Jean Mercier à partir d’une distraction pendant un bienheureux sermon, opère une sorte de « remise en forme » de la rentrée. Le retour devient possible, la teshouva biblique, la conversion, au sens du skieur, un changement de route.

Le curé s’en sortira. Pas tout seul. On ne ressuscite pas tout seul. Solidaire de son pasteur, au fond, la communauté fait aussi sa crise, autrement. Grâces en ricochets à partir de Mado, l’ancienne prostituée, lancée, par Marguerite, à travers le chemin des « oubliés », sur les traces du curé disparu. A l’instar de Marie Madeleine, apôtre des apôtres, Mado courra porter la Bonne nouvelle du curé vivant. La miséricorde est à l’œuvre pour transformer le monde de Sainte-Marie-aux-fleurs. « L’idée, explique Jean Mercier, c’est que l’on peut traverser les épreuves et en faire une force pour rebondir ».

A chaque page, la crise endiablée gonfle ses voiles, et une mine explose : une situation comique, une exagération, une cocasserie, un calembour, une image… une baleine sur les pointes, l’impossible éléphant dans un ciboire, une gondole vénitienne déboussolée dans le port de Concarneau…

Le curé passe, en ce « pénible jeudi », où la « routine tourne au cauchemar », d’un « immense découragement » mêlé de ressentiment et de jalousie – l’orgueil est débusqué ! -, à un Vendredi saint, une lame de « poignard » entre les omoplates. Il faut un samedi d’absence et de descente, pour goûter, la confession retrouvée, le jour où l’on revit. Au pire de l’orage la petite espérance pointe, du dedans, dans le mouvement des Confessions.

L’aventure spirituelle pétille, avec un humour qui n’est pas sans rappeler les fables symboliques de C.S. Lewis. La tactique du diable échoue, même si les coups laissent des traces, comme dans la chair du ressuscité. Sa « thèse » avait décortiqué la dialectique, désormais l’abbé sait dans son corps que la force se déploie dans la faiblesse.

Et Monsieur le curé fait le buzz chez les libraires (éditions Qasar, 12 euros).

http://www.avm-diffusion.com/A-135604-monsieur-le-cure-fait-sa-crise.aspx


« Monsieur le Curé fait sa crise », l’abbé Amar le décrypte

https://radionotredame.net/2016/culture/monsieur-cure-crise-labbe-amar-decrypte-61684/

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Mordant, tendance saignant

http://www.lavie.fr/culture/essais/monsieur-le-cure-fait-sa-crise-de-jean-mercier-17-08-2016-75619_680.php

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