Traduit par Bernadette Cosyn

Mitres et meules de moulin

par Stephen P. White

mercredi 30 janvier 2019

J’ai un jour entendu une homélie sur les vocations sacerdotales qui s’achevait avec ce défi aux jeunes hommes de la paroisse : « s’il n’y a pas une part de vous au moins qui désire être prêtre, alors vous ne savez pas vraiment ce qu’est un prêtre ».

A l’époque, étant au milieu de la vingtaine et guère éloigné de mon propre temps de discernement, cela m’avait frappé comme un point important et peu reconnu. D’une part, il s’inscrit contre la notion de prêtrise comme service ecclésial sélectif, certains hommes étant appelés et d’autres non. Mais ce qui m’avait le plus frappé dans le point de vue du prêtre était sa confiance dans l’universalité de l’appel. Il faisait une déclaration subtile mais ferme sur ce que signifie être, non pas seulement un prêtre, mais un homme.

Et il avait raison. Il y a quelque chose de l’essence de la masculinité à trouver dans celui qui se lève du milieu des autres, pour le bien des autres et fait un sacrifice d’offrande au nom de ceux confiés à ses soins. Il n’impose pas son autorité à ses ouailles, il sacrifie sa vie pour elles. Sans se dérober au sujet des vocations particulières, c’est une juste description de la vocation de tous les hommes.

S’il est exact que la prêtrise révèle quelque chose sur ce qu’est être un homme, alors il est également exact que la paternité elle-même doit révéler quelque chose de l’essence de la prêtrise. Si un prêtre ne comprend rien à ce qu’est être père – au sens spirituel si pas au sens naturel – alors même si on l’appelle « père », il va en baver pour bien vivre sa prêtrise.

Et cela nous ramène aux évêques américains qui se réuniront à Baltimore la semaine prochaine pour l’assemblée générale annuelle de la conférence des évêques des USA (NDT : le texte a été rédigé en novembre 2018). La crise des abus sexuels – et spécialement la défaillance des évêques à réagir adéquatement à ces abus – y tiendra le premier plan.

Il y a beaucoup de questions que les évêques vont devoir se poser à eux-mêmes et les uns aux autres. Mais il y a une question qui va au cœur de l’indignation et de la colère ressenties par des millions de fidèles catholiques : quelle sorte de père, quelle sorte d’homme répondrait aux abus sexuels subis par ses propres enfants de la manière dont tant de nos évêques l’ont fait ?

Poser la question, c’est y répondre.

Combien d’évêques comprennent que leurs défaillances sont des défaillances de paternité et que leurs trahisons et leurs mensonges sont ressentis avec la même désolation ? Combien d’évêques ont le courage d’interpeller leurs frères évêques – même en privé – dans de tels termes ?

La réunion de la conférence des évêques, la semaine prochaine, commencera lundi par une journée complète de « prière et de discernement » se terminant par une messe. Cela donnera aux évêques une opportunité d’envisager ces questions, s’ils en ont le courage.

Comme si c’était le désir de la providence, les lectures de la messe de lundi devraient aider à un examen de conscience.

La première lecture est de Paul, qui instruit Tite, son « véritable enfant » dans la foi, pour la sélection des hommes à la prêtrise : « nomme des anciens dans chaque ville, conformément à mes instructions, que chacun soit irréprochable ». Paul dirige alors Tite dans ses responsabilités d’évêques, l’exhortant à la rectitude morale et concluant avec la nécessité « de s’en tenir fermement au vrai message tel qu’enseigné afin que l’évêque soit capable à la fois d’exhorter avec une doctrine solide et de confondre les contradicteurs ».

Ce sont des choses bonnes et édifiantes à entendre, tant pour les évêques que pour nous tous. Mais si les mots de Paul sont édifiants, les paroles du Christ aux Apôtres dans l’évangile de ce lundi pourraient avoir un effet différent :

Des choses causant le péché se produiront inévitablement, mais malheur à celui par qui elles arrivent. Il serait mieux pour lui de lui accrocher au cou une meule de moulin et de le jeter dans la mer plutôt qu’il ne fasse pécher un de ces petits.

Combien d’évêques abordent leurs responsabilités avec crainte et tremblement, de peur d’échanger leurs mitres contre des meules de moulin ?

Notre Seigneur ne se contente pas de cet avertissement. Il n’est pas suffisant pour les Apôtres de tenir leur maison en ordre s’ils ignorent ce qui se passe autour d’eux. Les apôtres sont responsables « des plus petits », mais aussi des autres.

Soyez sur vos gardes ! Si ton frère pèche, reprends-le.

Un évêque qui ne dirait pas la vérité à ses frères évêques, un évêque qui ne procurerait pas (ou qui n’accepterait pas) la correction fraternelle, non seulement manquerait de charité envers ses frères évêques mais ferait également défaut aux « plus petits », ceux qui souffriront le plus de sa négligence.

Encore une fois, ce n’est pas une question d’évêques « voulant commander aux autres », mais d’évêques prenant au sérieux leur vocation comme évêque, prêtre, père, homme.

Et quand un évêque faute ? Que faire alors ?

… et s’il se repent, pardonne-lui. S’il commet une injustice à ton égard sept fois le jour et qu’il reviens vers toi sept fois en disant « je suis désolé », tu devras lui pardonner.

Maintenant, il y a là un sujet d’examen de conscience pour le reste d’entre nous. Nos évêques sont des hommes, ce qui signifie qu’ils sont pécheurs. Sans négliger la nécessité d’une punition avisée et juste, avons nous le désir de pardonner aux évêques quand ils se repentent et demandent pardon ? Et avons-nous le désir de distinguer entre erreurs de bonne foi et manque de jugement d’un part, et dépravation et corruption d’autre part ? Ou sommes-nous si sûrs de la justesse de notre colère pour rendre de telles distinctions inutiles ?

Espérons et prions pour que les évêques aient le courage et l’humilité de faire face aux questions les plus ardues et que nous ayons tous la sagesse de répondre, en toute sincérité, comme les Apôtres l’ont fait aux réprimandes du Seigneur : « augmente notre foi ».


Stephen P. White est membre des études catholiques au centre d’éthique et de politique publique de Washington.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/11/08/miters-and-millstones/

Illustration : « Le sacrement de l’ordre » (le Christ présentant les clefs à Saint Pierre) par Nicolas Poussin, vers 1638 [musée d’art Kimbell, Fort Worth, Texas]. Poussin a peint les sept sacrements sur commande de son mécène, Cassiano dal Pozzo, secrétaire du cardinal Francesco Barberini, neveu du pape Urbain VIII.

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