Traduit par Bernadette Cosyn

Mère de la beauté

par Anthony Esolen

mercredi 19 juin 2019

J’ai souvent dit que le sexe était la première chose que nous remarquons chez quelqu’un et la dernière chose que nous oublions. Il y a quelques jours, j’ai rencontré quelqu’un qui a confirmé cette affirmation, mais de façon perturbante et démoralisante.

Elle n’était habillée ni comme un homme ni comme une femme, avec une chemise boutonnée jusqu’au cou, ponctuée d’un petit nœud papillon. Son cou était gracile et féminin. Sa voix également était gracile et féminine, douce, comme une clochette. Son visage était assez mignon, avec le menton féminin, non pas carré comme celui d’un homme mais comme un triangle arrondi. Elle avait des poignets fins et des doigts graciles. Ses épaules étaient rapprochées et inclinées, et bien qu’elle fut mince, ses hanches étaient plus larges que ses épaules et elle avait cette grâce que même un garçon maigre et peu sportif n’a jamais.

Elle avait coupé ses cheveux court sur les côtés mais ils étaient toujours épais sur le dessus et peignés sur le côté. Saviez-vous qu’un criminologue médico-légal peut reconnaître les cheveux masculins des cheveux féminins sans l’aide de l’ADN ? Elle avait des cheveux de femme. Quand elle a écrit mon reçu, elle a fait usage d’une écriture féminine, ce que j’ai appris à connaître par plus de trente ans de correction de copies. Elle marchait comme une femme. Elle se tenait comme une femme.

Elle n’avait pas de poitrine. Elle s’était fait enlever les seins. Son menton était piqueté d’une légère barbe noire de trois jours, comme celle d’un grand adolescent.

Je me suis senti désolé pour elle. C’était une fille, mais elle avait détruit sa beauté de fille. Elle ne serait jamais un garçon et elle n’atteindrait jamais la très différente sorte de beauté d’un garçon. Et de loin. De très, très, très loin.

Le lendemain, j’ai rencontré une femme sur les réseaux sociaux qui se vantait de ses deux avortements et qui disait qu’arrivée à la cinquantaine et ayant découvert qu’elle ne pouvait plus avoir d’enfant, elle avait crié de joie. Elle est, selon sa propre description, philosophe, romancière, fornicatrice et sorcière.

J’ai pensé à la pure beauté d’un enfant et me suis rappelé cette pensée de C.S. Lewis qui confessait qu’il n’appréciait pas la compagnie des jeunes enfants, il notait que c’était un réel défaut, dû à sa nature déchue ; et alors il s’en est allé écrire quelques-uns des meilleurs livres pour enfants que vous puissiez trouver.

J’ai pensé également à Shakespeare, plus tendre avec les enfants que ses contemporains, qui ne laissait jamais impunie une cruauté envers un enfant, et à Dickens, inspiré par ce verset des Ecritures que Peter Cratchit (un de ses personnages du Conte de Noël) lit à ses frères et sœurs après la mort de Tiny Tim : « Et il prit un petit enfant et le mit au milieu d’eux. »

Quelqu’un d’autre, dans une discussion sur le patriarcat, a dit que Jésus traitait très bien les femmes (un euphémisme) et n’attendait pas d’elles uniquement qu’elles « restent à la maison et aient des gosses ». Je suis en train d’essayer de comprendre où 99 % des gens du temps de Jésus seraient allés – en vacances au bord de la mer ?

Le foyer était un refuge dans un monde rude. Même Ulysse le grand voyageur voulait y retourner et y rester. Et pourquoi de nouveau ce mépris à l’égard des « gosses » ? Jusqu’à la Révolution Industrielle, les femmes normales voulaient avoir des enfants, et étaient fières d’en avoir plusieurs.

Voyez Léa, se vantant de sa fertilité et rendant malheureuse sa sœur Rachel. Les enfants étaient votre force. Le foyer et les enfants sont aussi de belles choses. Un homme digne de ce nom travaille comme un bœuf à la charrue, ou plutôt s’attelle lui-même à la charrue et au bœuf pour ramener de bonnes choses pour sa femme, ses enfants et leur foyer.

Nous semblons étrangement insensibles à la beauté des hommes, des femmes, des enfants et d’un bon foyer bruyant. Je ne comprends pas cela. Dans tout l’univers physique vous ne rencontrerez rien de plus beau que ce que Milton a appelé « le visage humain du divin ».

Le visage est celui d’un homme, buriné par l’âge et le travail, ébouriffé sur les côtés mais sans beaucoup de cheveux sur le dessus. Le visage est celui d’une femme, tendre comme celui d’un enfant mais rayonnant d’intelligence et de sentiments profonds. Le visage est celui d’un enfant, frais, lumineux, tanné par le soleil, innocent de la plupart du péché du monde. Y a-t-il visage plus beau que celui d’un enfant émerveillé ?

On peut m’accuser de sentimentalité. Ce n’est pas cela. La sentimentalité est au sentiment profond ce qu’une flaque est à la mer. Le sentimental est bon marché et éphémère. Il demande une réponse qu’il n’a pas méritée. Il est comme une ennuyeuse musique romantique dans un mauvais film : elle dit : « ici, vous devez ressentir quelque chose », et vous êtes obligé de faire semblant.

« Comme l’humanité est belle ! » s’exclame la Miranda de Shakespeare en voyant un groupe de gens pour la première fois de son existence, et elle a raison, même si elle n’a pas eu d’expérience personnelle des péchés qui gâchent notre beauté. Notre problème est loin d’être que nous ressentons trop de choses à la vue d’un homme, d’une femme ou d’un enfant. Nous ressentons beaucoup trop peu de choses, si même nous ressentons quelque-chose.

Déplacez votre attention du moralement droit au beau. Est-ce beau pour une femme de se réjouir d’avoir tué ses enfants ? Est-ce beau pour une femme d’avoir mutilé son corps dans une tentative vouée à l’échec d’incarner un homme ? Est-il beau pour un enfant d’être né dans une ruelle pleine d’ordures, de verre cassé et de rats quand il n’était pas besoin de cela – je veux dire naître dans un chaos qui ignore les liens du mariage et le foyer ? Est-il beau de souiller l’innocence de cet enfant, comme nous le faisons régulièrement dans nos écoles ? La débâcle est-elle belle ?

L’Eglise a été la mère de la beauté. Est-ce une raison de plus pour qu’elle soit tant haïe à notre époque ?


Anthony Esolen est conférencier, traducteur et écrivain.Il dirige le Centre pour la Restauration de la Culture à l’université de Lettres et Sciences Sociales et Humaines Thomas More.

Illustration : « La joie des parents » par Kirill Vikentievich Lemokh (alias Carl Johann Lemoch), vers 1890 [Musée d’Art de Kaluga, Russie]

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/06/04/mater-decoris/

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