Histoire de France

Mémoire sélective

par Aymeric Pourbaix

mercredi 28 avril 2021

Rencontre de Napoléon et du pape Pie VII dans la forêt de Fontainebleau, le 25 novembre 1804, Jean-Louis Demarne

Fallait-il célébrer le bicentenaire de la mort de Napoléon, le 5 mai 1821 ? Celui que l’on a appelé «  l’Ogre  » pour avoir fait périr des millions de soldats, se trouve aujourd’hui accusé de racisme et de misogynie, victime d’une autre guerre importée des États-Unis, celle des mémoires, avec la volonté d’« effacer  » – cancel culture – tout ce qui ne correspond pas à une vision de l’histoire en noir et blanc… Au mépris de sa complexité et de son épaisseur, liée à la nature humaine, elle-même marquée par le péché originel. Sans doute cette considération ne fait-elle pas partie du vocabulaire de ces nouveaux cathares – les «  purs  »…

Un moment charnière

Il serait dommage en revanche que cette néfaste entreprise idéologique gagne aussi la pensée catholique, au point de faire oublier un moment charnière de notre histoire : par le Concordat de 1801, le rétablissement de l’Église catholique et romaine – et non gallicane – au «  centre du village  », en France, au lendemain d’une Révolution où elle avait été laminée.
Par la volonté politique d’un homme, Napoléon, et le courage d’un pape, Pie VII, l’Église connut alors un spectaculaire redressement, remarquera plus tard le cardinal Baudrillart.

Tout l’essor formidable des missionnaires au XIXe, dont une très forte majorité de Français, et l’impressionnante moisson de saints français – du curé d’Ars à Thérèse de Lisieux, en passant par Théophane Vénard – allaient en faire la démonstration. La «  victoire de la papauté fut immense et féconde en conséquences pour l’avenir  », peut ainsi affirmer en 1928 le cardinal Baudrillart, à Notre-Dame de Paris.

Victoire ? Certes, cela ne se fit pas sans souffrances ni sacrifices pour Pie VII, qui supporta avec patience toutes les avanies de la part de l’Empereur, au point que Madame de Rémusat écrit, parlant du couronnement impérial : «  Le pape eut toujours l’air d’une victime résignée, mais résignée noblement.  » Mais depuis la résurrection du Christ, il est des victimes apparentes dont la victoire n’en est que plus éclatante !

Ainsi, au terme de cette nouvelle lutte entre les pouvoirs politique et spirituel (cf. p. 12-18), tout n’était pas réglé mais la France reconnaissait que rien ne pouvait se faire dans l’Église sans l’aval du pape, et que la religion catholique était celle de la majorité des Français.

Au passage, cet article du Concordat pourrait encore inspirer nos politiques, en mal d’idées dans la lutte contre un «  séparatisme  » islamiste qui n’en finit plus de faire des victimes. Ils s’éviteraient ainsi des discussions sans fin autour des valeurs de la République et de la laïcité.

Peut-être même seraient-ils frappés de la pertinence de la réponse du cardinal Consalvi, principal négociateur du Concordat, à Napoléon qui lui affirmait, dans un accès de colère, vouloir détruire l’Église : «  Vous n’y parviendrez pas : voilà dix-neuf siècles que nous autres, hommes d’Église, n’y sommes pas parvenus… !  » Belle preuve s’il en fallait de son caractère et de sa force surnaturels !

Messages

  • Difficile ou injuste d’ignorer cette page de l’histoire de France et de nos régions traversées par le cours des conflits, par Napoléon et ses armées.

    Notre pays fut le théâtre de ces affrontements entre l’Espagne et la France.
    Cet anniversaire de la mort de l’Empereur ravive les avis partagés des sympathisants et des opposants du déroulé historique.

    Des monographies épuisées, des numéros thématiques autour de la ville de Bayonne, au cœur de ces tensions militaires entre les deux pays ne sauraient faire fi ou vouloir oublier ce qui s’y est passé.

    France et Espagne décidèrent de leur destin des deux côtés des Pyrénées, en présence des Anglais et Portugais sur le sol des alliés espagnols, du Maréchal Soult et de ses hommes côté français.

    Par des dispositions idéologiques, régionalistes ou autochtones, on ne serait en phase avec la vérité objective de ce passé encore contemporain pour nos populations.

    Bayonne première ville d’Espagne pour les uns, citadelle et rempart de sécurité française pour les autres a défini son histoire sur ces événements militaires qui y ont laissé une empreinte séculaire, dont on mesure la signature par les noms, les victimes, les monuments gravés dans la pierre, pour ne pas les oublier.

    L’anglais, le français, l’espagnol, le basque, le gascon, et tous les autres y posèrent le pied, y laissèrent des victimes mortes au Champ d’honneur, chacun convaincu de défendre son origine, son drapeau et sa cause.

    Une hostilité du clergé espagnol fut notable, contre cette présence française sur le sol national.
    Une complicité silencieuse du clergé français dans le nord des Pyrénées, le nôtre, répondait à l’inverse à l’intérêt national engagé sur ce front de guerre.

    Difficile de refaire cette histoire sans anachronisme.
    Injustifiable de vouloir la passer sous silence.

    Les historiens ayant à cœur de livrer ces clés de lecture du contexte national existant dans des frontières nationales armées par les montagnes qui séparaient les belligérants, ou attisaient sans doute une volonté d’en découdre.
    On sait d’aventure que les rapports entre Etats voisins étaient quasi inexistants en ces temps, ou l’objet belliqueux d’intentions dissemblables.
    Il y faudra des décennies prolongées pour ouvrir les frontières aux échanges de populations sises dans leur périmètre national, armé et peu amène pour ce faire.
    Renoncer à cette histoire serait pire que de la commenter.
    Une régression des esprits, un manque de vérité, une lâcheté de trop !

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