« Mariage pour tous » : Un combat difficile

par Gérard Leclerc

lundi 1er octobre 2012

Le combat où se sont engagés beaucoup de chrétiens contre le projet gouvernemental de mariage homosexuel se déroule dans des conditions difficiles. On ne s’oppose pas impunément à une culture installée, qui dispose de tous les relais médiatiques possibles et qui a imposé depuis plusieurs années ses stéréotypes à l’opinion publique. Un débat sur des questions de société ajoute souvent aux pièges habituels de la dialectique les désagréments des situations personnelles. C’est là toute l’ambiguïté du concept d’homophobie qui empêche en fait de traiter de questions graves sous le prétexte qu’on risque de blesser des individus. Ainsi on finit par soustraire à la réflexion ce qui réclamerait l’examen le plus attentif, en érigeant des interdits paralysants. Cela s’opère au prix de dissimulations, voire de mensonges sur la condition homosexuelle. Celle-ci est unanimement présentée à l’aune d’une normalité équivalente à celle de l’union de l’homme et de la femme, ce qui constitue une contre-vérité dangereuse par la puissance d’illusion qu’elle propage. Le témoignage poignant de Philippe Ariño s’érige à lui seul en déni d’une telle malhonnêteté intellectuelle.

Mais attention ! Les traquenards de l’homophobie ne doivent pas déterminer des conduites dommageables à la dignité des personnes et à la délicatesse des sensibilités. Il faut se méfier également de certains discours catégoriques qui manquent de discernement et risquent de justifier des conduites inadmissibles de réprobation qui aggravent plus qu’elles n’arrangent les situations que l’on stigmatise. Les choses sont assez compliquées pour qu’on ne les complique pas davantage. Certaines croisades comminatoires sont non seulement contre-productives, mais elles rendent de signalés services à la cause adverse qui n’attend que cela pour triompher. On devrait avoir retenu les leçons de la bataille du PACS, où toutes les maladresses et surtout les provocations imbéciles ont été exploitées par l’adversaire pour rendre insupportables les militants du mariage et de la famille. Nous ne disposons pas de trop de temps pour convaincre une opinion toujours conditionnée par une propagande unilatérale.

Gérard Leclerc


Note : La note publiée par le conseil Famille et Société, dépendant de la Conférence épiscopale, est manifestement un texte de travail que l’on consultera utilement mais qui, sur certains points, réclamerait un salutaire réexamen.

Messages

  • Bonsoir,

    Après avoir lu votre éditorial, j’aimerais vous faire parvenir un document de réflexions sur le sujet de 3 ou 4 pages qui est sous forme de fichier Word.

    J’aimerais en effet avoir votre réaction : est-il agressif ou peut-il passer et être diffusé (en particulier à des députés) selon vous ?

    Je vous remercie donc de bien vouloir me faire savoir comment vous faire parvenir ce document (par mél ou par courrier sous forme papier, ou ...).

    Jean Guichené

  • Les opposants au "mariage" civil d’individus de même sexe font fausse route. Comme le dit l’Eglise depuis 1792, le "mariage" civil n’est pas en soi un mariage, mais un concubinage avec effets civils, ce qu’est actuellement le PACS ; le mariage, en jus gentium, est un état de fait, fondé sur le consentement réciproque et prouvé par la possession d’état. Le décret Tametsi du Concile de Trente, en vigueur pour les catholiques là où il a été promulgué, n’a fait que rendre obligatoire pour sa validité le témoin privilégié qu’est le proprius parochus. Au contraire, le mariage civil (constitution de 1791, II 7 ; loi du 20-25 septembre 1792) est radicalement différent puisque l’officier d’état civil, et non les époux, "fait" le mariage. Au fil des ans, il a perdu presque toute signification (divorce ad nutum, suppression de la puissance paternelle et de l’immutabilité des conventions matrimoniales, reconnaissance des enfants adultérins) et s’apprête à en perdre l’ultime. La solution évidente, qui devrait faire l’unanimité des croyants et des incroyants, serait la suppression du mariage civil, le PACS et un éventuel acte notarié suffisant à toutes les fins du "mariage" civil tel qu’il est devenu. Du coup, outre le statut des couples homosexuel, seraient résolus de nombreux problèmes, tels que l’anomalie des art. 199-200 CP exigeant le mariage civil avant le mariage religieux qui continuent à être appliqués après l’abrogation de leur cause civile - l’art.54 de la loi du 18 germinal an X dite loi organique - par la loi du 9 décembre 1905, ou le statut des enfants naturels ou adultérins, la notion civile d’enfant légitime disparaissant.
    Il serait temps que les catholiques, et en particulier la hiérarchie, prennent acte du fait qu’ils vivent dans une société pour laquelle non seulement le droit canon mais aussi le droit naturel n’existent pas. "Quand j’entends parler de nature humaine, je tire mon revolver" disait à peu près Jean-Paul Sartre.

  • Pour parler de ce problème du mariage, il faudrait déjà préciser de quoi on parle : il s’agit en fait du "mariage républicain" ; En effet il n’est pas question de modifier le mariage chrétien...

    Le mariage républicain a été créé par l’Etat pour copier et si possible remplacer le mariage chrétien... Et si au départ le mariage républicain était assez proche du mariage chrétien, il en est devenu progressivement une mauvaise caricature...

    Est-ce vraiment un bon combat de "venir au secours" de ce mariage républicain ? Lequel est d’ailleurs totalement ignoré et négligé par nos dirigeants - dont le premier -

    • Gabriel Adenis dit, mieux et en moins de mots, ce que j’ai voulu dire dans mon message. S’il se trouve un parlementaire catholique "conséquent", la seule chose qui lui reste à faire lors de la discussion du "mariage" homosexuel est de poser une question préalable portant suppression du mariage civil, remplacé par le PACS.

  • Mais vos arguments peuvent aussi se retourner contre le mariage hétéro.

    N’est-ce pas chez les hétéros qu’on trouve le plus grand ramassis de pervers, meurtriers sexuels, pédophiles, de nomades sexuels avec amants et maîtresses, polygames de fait, adeptes de la culture backrooms (appelés bordels en langage hétéro, fréquentés d’ailleurs par des bons pères de familles et qui certains vont à la messe....). Non, vraiment, qu’on permette à ces hétéros de se marier, c’est un scandale, et on leur permet même d’élever des enfants et aussi d’en adopter. Non, vraiment c’est degoûtant !......

    Vous ne voyez donc pas que vos positions antihomo reprennent en fin de compte des préjugés ancestraux. Vous sortez ainsi de la logique chrétienne. Vous désignez à la foule des victimes pour resserrer la communauté. Vous êtes dans la logique du bouc émissaire qui ostracise une minorité pour rassurer une majorité. C’est antichrétien, relisez René Girard.

    • J’ai l’impression qu’on s’enfonce dans le délire lorsque je lis quelques-uns des commentaires sur les thèmes du "mariage" homosexuel.

      Même si, quantitativement, et par la seule force de la différence proportionnelle, c’est « chez les hétéros qu’on trouve le plus grand ramassis de pervers, meurtriers sexuels, pédophiles, de nomades sexuels avec amants et maîtresses, polygames » etc. cela ne constitue en rien un argument ayant la moindre pertinence !

      De tous temps, il y a eu des criminels dans l’humanité. ça n’invalide en rien la légitimité du mariage...

      D’ailleurs, il faudrait que Samuel Katzman veuille bien nous démontrer comment il établit un lien entre "hétérosexualité" et penchants criminels. Il fait appel à ce qu’on appelle des corrélations fortuites.

      Lorsqu’on s’oppose au "mariage gay" et à l’adoption itou, il n’y a là nulle désignation de « bouc émissaire » (pas la peine d’appeler Girard à la rescousse).

      Non, cette opposition découle de lois tout ce qu’il y a de plus naturelles. L’être humain, tout comme la multitude des mammifères, ne peut perpétuer son espèce que dans la seule et unique mesure où il respecte la complémentarité des sexes. Cette complémentarité anatomique et physiologique est l’espace dans lequel s’inscrit nécessairement la procréation.

      Ceci n’a rien à voir avec de quelconques prescriptions religieuses ou « préjugés ancestraux ». Non, c’est très basiquement ce qui découle de la nature des choses telle que n’importe qui ayant un QI supérieur à celui d’une moule sur son rocher peut observer...

      Quant à un invoquer le prétexte d’un mariage “républicain” pour prétendre déserter le combat, on est dans la confusion la plus complète.

      Ce qui est en jeu aujourd’hui, en vérité, ce n’est ni la défense d’un quelconque « mariage républicain » ni celle du sacrement de mariage. On n’est ni sur le terrain du combat religieux ni sur celui d’un système de gouvernement.

      Le mariage, en soi, peut revêtir des formes très différentes selon les temps et la nature des sociétés dans lesquelles il s’inscrit (l’alliance dans une société féodale est très différente de celle de deux individus vivant dans une société individualiste aux liens familiaux distendus).

      Néanmoins, la constante du "mariage" est la procréation qui, quels que soient les temps et les latitudes, ne peut advenir qu’en présence de deux sexes complémentaires : masculin et féminin.

      En outre, quoi qu’en disent les idéologues pervers de cette nouvelle anthropologie qui nie les sexes et les espèces, il existe bien une complémentarité psycho-affective qui se superpose à cette complémentarité biologique des sexes.

      Des montagnes d’études sont venues préciser les conditions psycho-dynamiques du développement de l’enfant. Et même si on n’est pas entièrement d’accord avec certains aspects caricaturaux de la théorie freudienne, il n’empêche que se pencher sur ce qu’est la triangulation oedipienne permet de comprendre bien des problèmes.

      Notamment ceux auxquels se trouvent confrontés les enfants à qui on prétend assigner soit un binôme composé de deux hommes, soit un binôme de deux femmes en guise de père et mère dont ils s’efforcent de singer les rôles.

      Le mariage dont la défense est en jeu, aujourd’hui, est celui de cet espace privilégié où peut éclore naturellement la vie. C’est à dire dans cet ensemble complémentaire - et, si possible, stable - d’un homme et d’une femme qui, malgré toutes les imperfections inhérentes à la nature humaine, reste l’espace le plus approprié, parce que en harmonie avec la nature des choses, pour le développement et l’épanouissement des êtres humains à naître.

    • Très bien, je fais la traduction pour ceux qui n’ont pas compris mon délire (manifestement trop bien simulé) :

      Vous ne voyez donc pas que je reprends, appliqués au mariage hétéro, les arguments sous-jacents de Gérard Leclerc déployés (sans les dire car législation loufoque oblige) contre le mariage homo. Vous avez raison, ils n’ont aucune valeur contre le mariage et notamment celui des homos.

      Par ailleurs, vous réservez donc le mariage à ceux qui peuvent perpétuer l’espèce. Il faut donc absolument refuser le mariage aux couples hétéros stériles. Quelle vision poulinière des choses ! Et vous vous dites défenseurs de la spiritualité….

      Et en plus voila des chrétiens qui font appel à la « triangulation oedipienne » maintenant ! Les montagnes d’études auxquelles vous faites allusion n’ont jamais rien démontré. Où sont donc ces enfants à problèmes ? Dans ces matières, c’est le pragmatisme et la charité qui doivent dominer et rien ne sert de condamner a priori.

  • Bonjour à tous,

    A la veille de l’examen du projet de loi sur le mariage pour tous à l’Assemblée Nationale, France 3 Paris Île-de-France consacre un documentaire sur le thème de l’homosexualité au sein de la classe politique.

    Homopoliticus est un documentaire qui retrace les 50 ans de ce combat, entre images d’archives et actualités, témoignages de militants et responsables politiques tels que Bertrand Delanoë, Jean-Paul Pouliquen, Roselyne Bachelot, Caroline Mécary, Frank Riester...

    Retrouvez ce documentaire sur France 3 Paris Île-de-France samedi 26 janvier 2013 à 15h20.
    Si vous n’êtes pas de la région parisienne, vous pouvez toujours voir ce documentaire à ces chaînes : SATELLITE : Canal Sat 368, Fransat 317, TNTSat 316
    ADSL : Free 319, Orange 318, Bouygues 488, SFR 319, BBox 188, Darty 300

    Bon visionnage !

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